Côtes-d'Armor

Transport

Enquête Les patrons costarmoricains veulent leur part de « l'effet LGV »

Par Julien Uguet, le 02 juillet 2019

Depuis deux ans, grâce à la ligne à grande vitesse (LGV), Saint-Brieuc n’est plus qu’à 2h15 de Paris en train. Vendue comme une formidable opportunité de développement économique par les élus politiques, la dynamique peine à prendre pleinement forme chez les chefs d’entreprise. Des patrons qui restent toutefois mobilisés et entendent bien faire entendre leur voix.

TGV SNCF à quai en gare
Grâce à la ligne à grande vitesse mise en service en juillet 2017, Saint-Brieuc est désormais à 2h15 de Paris en TGV. — Photo : CC BY 2.0 I.Yudai

Flop ou top ? En juillet 2017, après plusieurs années d’investissements colossaux, le train à grande vitesse faisait son entrée en gare de Rennes. Une aubaine pour Saint-Brieuc qui a vu son temps de parcours, vers ou en provenance de Paris, passer de 3 heures à 2h15. Pour vanter l’intérêt de financer une partie de ce chantier pharaonique, les collectivités locales n’avaient pas hésité à communiquer sur son impact économique pour le territoire.

Las. Si l’augmentation du trafic est bien réelle (800 000 voyageurs accueillis en gare de Saint-Brieuc, en hausse de 17 % par rapport à l’avant-LGV), la déception est palpable chez les chefs d’entreprise. Dans leur grande majorité, peu perçoivent un « l'effet LGV » sur leur business, même si l’image du territoire en sort améliorée. Installé depuis plus d’un an à Sables-D'or-les-Pins, après vingt ans passés dans la capitale, Hugo Renouardière, patron de l’hôtel de Diane, confirme ce sentiment. « C’est extrêmement frustrant d’entendre parler d’effet LGV. 95 % de mes clients viennent dans la station en voiture, et je dois aller chercher à Lamballe, donc à 25 km, ceux qui osent venir en train. »

Des bénéfices encore trop faibles

Réunis au sein du club TGV, les patrons costarmoricains veulent rester mobilisés pour faire entendre leur voix. « Nous devons sortir de cette posture de Calimero et prendre les choses en main, confirme Bruno Lorand, directeur adjoint d’Enedis Côtes-d'Armor et président du club TGV Côtes-d’Armor. Oui, il faut reconnaître que les bénéfices annoncés ne sont pas là mais il est encore temps d’inverser la vapeur. Si les patrons attendent que les choses viennent à eux, certains risquent d’attendre encore longtemps. »

Pour alimenter ses réflexions, le réseau club TGV Côtes-d’Armor, qui compte une centaine de membres, a fait appel au consultant en conduite du changement Alexis Kummetat, qui avait accompagné des initiatives similaires lors du lancement du TGV Est. « La Bretagne et encore plus les Côtes-d’Armor présentent la particularité, contrairement à d’autres territoires, d’avancer unis, des institutionnels aux entreprises. Alors certes, la récente enquête menée auprès d’un panel de 400 dirigeants a montré une perception insuffisante de l’effet "grande vitesse" mais les pistes d’optimisation son nombreuses car les maux connus. »

L’enjeu du dernier kilomètre

Dans le viseur des patrons des Côtes-d’Armor, la question du dernier kilomètre, celui qui permet d’amener l’usager du TGV de la gare à son hôtel ou son usine. « Les villes secondaires comme Dinan ou Loudéac sont aujourd’hui très mal connectées à Saint-Brieuc, confirme Bernard Cessieux, patron du cabinet de conseil briochin Vocalyse. Cela augmente le risque fracture territoriale entre les centres urbains et le reste du territoire où l’économie est pourtant florissante. » Un sentiment partagé par Thierry Troesch, président de la CCI 22 : « l’intermodalité est une réponse à cette problématique mais il faut être conscient que la solution ne viendra pas forcément de la SNCF. »

« Si les patrons attendent que les choses viennent à eux, certains risquent d’attendre encore longtemps. »

En ligne de mire, les collectivités locales, auxquelles il est demandé de faire plus et mieux. « C’est un fait, aucune n’a su résoudre ce problème du dernier kilomètre jusqu’à maintenant, confirme Erven Léon, maire de Perros-Guirec et président de Côtes-d’Armor Destination, l’agence d’attractivité touristique et économique du département. Il faut que l’on se serve des outils à notre disposition, notamment numériques, pour mieux faire savoir les solutions qui existent et en inventer des nouvelles. »

Vers une mobilisation générale

Dans cette dynamique, le monde économique a un rôle central. « Les chefs d’entreprise doivent mieux jouer leur rôle d’ambassadeur, plaide Alexis Kummetat. Peu de sites web – même ceux des hôtels – n’indiquent que le territoire n’est plus qu’à 2h15 de Paris. C’est pourtant un véritable argument marketing. Sur la question des transports, Saint-Brieuc Armor Agglomération a mis en place une initiative unique en France : une navette week-end couplée aux horaires du TGV du vendredi et du dimanche soir, qui dessert des villes de l'agglomération. Mais personne ne le sait, donc personne n’en fait la promotion. »

Le club TGV profitera de l’inauguration, en septembre, du pôle multimodal de Saint-Brieuc pour sonner l’heure de la mobilisation générale. Un job dating va être organisé à Paris pour « aller y chercher des talents ». Des réflexions sont également en cours sur l’offre de services. « Il faut travailler à proposer des choses novatrices, comme des véhicules électriques en autopartage, précise Richard Bauzon, directeur général de l’hôtel-restaurant L’Eskemm à Trégueux. Il faut également être plus perméable avec la SNCF pour développer des services en gare, un guide d’accueil, etc. C’est un comble de voir des TGV remplis mais avoir ce sentiment que nous n’en profitons pas. »

TGV SNCF à quai en gare
Grâce à la ligne à grande vitesse mise en service en juillet 2017, Saint-Brieuc est désormais à 2h15 de Paris en TGV. — Photo : CC BY 2.0 I.Yudai

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