Bretagne

International

La Guadeloupe, une terre de business pour la Bretagne ?

Par Julien Uguet, le 12 juillet 2018

Alors que s’élancera, le 4 novembre 2018, la 11e édition de la mythique Route du Rhum, qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, quelques entreprises bretonnes espèrent profiter de l’événement pour faire du business avec les Antilles. Territoire accueillant d’un point de vue climatique et fiscal, la Guadeloupe reste aussi une région insulaire où les problématiques sociales et culturelles s’appréhendent avec prudence et patience.

Le port autonome de Pointe-à-Pitre permet à la Guadeloupe de positionner comme une destination pour les croisiéristes mais aussi comme la porte d’entrée européenne du commerce vers les Caraïbes et les Etats-Unis. — Photo : DR

Paysage de carte postale, la Guadeloupe, à l’instar de sa petite sœur la Martinique, suscite les convoitises économiques. À quelques mois de la 11e édition de la Route du Rhum, course nautique reliant Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, la perle des Antilles entend faire l’actualité pour convaincre les chefs d’entreprise bretons d’investir sur Grande-Terre, Basse-Terre, les Saintes, Marie-Galante ou la Désirade.

Jarry, point d’entrée des entreprises

Depuis la fin de l’année 2017, des représentants officiels de la Guadeloupe (Région, CCI, etc.) multiplient les initiatives pour vanter les atouts de ce petit bout de France situé à 8 h d’avion de Paris. « Cette course à la voile est un argument supplémentaire dans une dynamique de conquête touristique et économique lancée depuis plusieurs années », confirme Deny Celeste, directeur général adjoint du développement économique à la Région Guadeloupe.

L’agrandissement du port autonome de Pointe-à-Pitre a notamment permis à la Guadeloupe de se positionner comme la porte d’entrée pour le commerce de marchandises dans les Caraïbes. « Cet équipement, qui permet aussi de recevoir des paquebots de croisière, est couplé à la zone industrielle de Jarry, la troisième plus importante en France. Elle se déploie sur 300 hectares et compte une partie dédiée au commerce international. »

Décoder les habitudes locales

Idylliques sur le papier, les conditions d’accès au marché guadeloupéen ne sont toutefois pas aussi simples. « L’essentiel avec ces régions, culturellement différentes par leur influence, leur histoire et leur éloignement, est de ne pas s’emballer, confirme Yves Sanquer, délégué régional de l’agence Outremer Solutions à Rennes. Comme en Martinique, la notion d’appartenance au territoire est très forte. Il est essentiel notamment de décoder ce qui n’est pas dit pour réussir dans les affaires. »

La Guadeloupe est un territoire dynamique où l’agroalimentaire, les énergies renouvelables, la construction en milieu tropical, la gestion des déchets ou la silver économie sont autant de secteurs émergents en croissance. - Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

Une position partagée par Michel Bris, cogérant de la société AB Process à Landivisiau (Finistère) qui exporte des lignes de convoyage sur l’île depuis 5 ans. « Il faut accepter une notion du temps différente, souvent beaucoup plus long, et surtout d’être représenté sur place afin d’être pleinement accepté. Un commercial sillonne pour l’entreprise la zone. Sa présence rassure les clients et a clairement généré des affaires, de l’ordre de 10 % notre activité annuel. Car au-delà des professionnels de la banane, nous séduisons aujourd’hui d’autres secteurs industriels. »

Des synergies avec la Bretagne

Avec un taux de chômage proche de 25 %, l’île est régulièrement touchée par des grèves massives et longues. Le souvenir de 2009, avec une paralysie complète du pays, est toujours dans les mémoires. « C’est un peu réducteur de s’arrêter sur cette idée comme de résumer la Guadeloupe à ses plages, ses rhums et ses bananes, modère Deny Celeste. L’agroalimentaire est l’un de nos fleurons mais les énergies renouvelables, la construction en milieu tropical, la gestion des déchets ou la silver économie sont autant de secteurs émergents en croissance. »

L’association Produit en Bretagne a bien compris tout le potentiel de l’île. En marge de la Route du Rhum 2018, un catalogue Bretagne/Guadeloupe, disponible en magasin, va être créé afin de favoriser les échanges entre les deux régions. « Plusieurs de nos adhérents, comme la Laiterie de Saint-Malo, Paysan Breton ou Loc Maria commercent déjà avec les Antilles, confirme Loïc Bourdon, ‎responsable des Relations GMS/Industriels en France et Export chez Produit en Bretagne. L’objectif de cette première est de voir si des synergies encore plus fortes peuvent être mises en place avec d’autres PME et TPE bretonnes. »

Une fiscalité attractive

Pour séduire les investisseurs, l’île peut compter sur une fiscalité avantageuse car elle est identifiée, par l’État et l’Union Européenne, comme une zone franche d’activités. Les entreprises bénéficient ainsi d’un abattement de 30 % sur les bénéfices imposables (avec un plafond de 150 000 euros). En contrepartie d’un engagement de reverser une quote-part de cette exonération à la formation professionnelle des insulaires s’ajoutent certaines ristournes sur les impôts locaux. « Un abattement de 70 % sur la base d’imposition de la cotisation foncière des entreprises et de la cotisation sur la valeur ajoutée est accordé », confirme Deny Celeste.

Côté TVA, les taux sont bien inférieurs à ceux pratiqués en métropole. Le taux normal atteint 8,5 % quand le taux réduit est de 2,1 %. « La défiscalisation des investissements productifs est un autre élément de séduction. Lorsqu’une PME est assujettie à l’impôt sur le revenu, elle peut bénéficier d’un crédit d’impôt égal à 38,25 % du montant investi. Si elle est assujettie à l’impôt sur les sociétés, le montant de l’investissement est entièrement déductible de son revenu imposable. »

Un octroi pour favoriser le local

Enfin, dernière particularité : la Guadeloupe est soumise à l’octroi de mer. Tous les produits sont concernés par cette taxe, qui vise à assurer aux collectivités locales une fiscalité propre, mais les bases sont moins importantes pour la production du cru. « L’ambition est clairement d’encourager la limitation des importations au profit de l’investissement productif sur l’île », conclut Deny Celeste.

Une porte d’entrée vers les Etats-Unis

Située à 4 h d’avion de Miami en Floride, la Guadeloupe ambitionne secrètement de devenir « le » point d’entrée stratégique pour se développer sur le marché nord-américain. « Comme les Caraïbes, cette région est regardée de très près par nos entrepreneurs, confirme Patrick Vial-Collet, président de la chambre de commerce et d’industrie des Iles de Guadeloupe. Toutefois, il faut avancer avec prudence. Nous restons un territoire français avec des atouts mais aussi des obligations en matière de droit social ou de respect des normes européennes. Notre coût du travail est par exemple 20 fois supérieur à celui de la Jamaïque. »

Patrick Vial-Collet, président de la chambre de commerce et d’industrie des Iles de Guadeloupe. Il est propriétaire de plusieurs hôtels. - Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

Pour le patron de la CCI, les Etats-Unis sont à séduire, dans un premier temps, du point de vue touristique. Des liaisons régulières relient désormais, en direct, l’aéroport de Pointe-à-Pitre à Atlanta, Miami et New York. « Afin d’augmenter ses capacités d’accueil, la plate-forme aéroportuaire investit actuellement 141,1 M€. Cet effort s’ajoute aux nombreux projets de modernisation du parc hôtelier privé. La montée en gamme est nécessaire afin d’atteindre notre objectif du million de touristes accueillis à l’horizon 2020. »

Le port autonome de Pointe-à-Pitre permet à la Guadeloupe de positionner comme une destination pour les croisiéristes mais aussi comme la porte d’entrée européenne du commerce vers les Caraïbes et les Etats-Unis. — Photo : DR