Bretagne

Agroalimentaire

La Cooperl s’attend à une baisse de 10 à 20 % de la production de porcs

Par Matthieu Leman, le 28 juin 2022

La coopérative agricole et agroalimentaire Cooperl, spécialisée dans l'exploitation de porcs, a présenté un chiffre d’affaires 2021 en légère diminution et une rentabilité en forte baisse. La hausse du coût de revient des éleveurs et l’insuffisance du prix du porc va entraîner, selon elle, une baisse de 10 à 20 % de la production de porcs à partir de 2023. Ses activités d’abattage et de transformation de l’entreprise seront touchées.

Emmanuel Commault (à gauche), DG de la Cooperl, et Patrice Drillet, président, sont à la tête de la coopérative basée à Lamballe.
Emmanuel Commault (à gauche), DG de la Cooperl, et Patrice Drillet, président, sont à la tête de la coopérative basée à Lamballe. — Photo : Matthieu Leman

La Cooperl est un mastodonte. Les chiffres que la coopérative agricole et agroalimentaire bretonne, basée à Lamballe (Côtes-d'Armor), a dévoilés pour son exercice 2021 en attestent : 2,45 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en légère baisse par rapport aux 2,5 milliards d’euros de 2020, pour un effectif de 7 700 salariés, dont 4 900 en Bretagne. Elle possède des activités d’élevage (groupements de producteurs de porcs principalement, et bovins), de nutrition animale, d’équipements agricoles, de distribution alimentaire, de transformation (salaisons et viande) et de technologies environnementales.

Mais la taille de l’entreprise qui a commercialisé 5,6 milliards de porcs en 2021 (comme en 2020) ne l’a pas prémunie des difficultés conjoncturelles. "Nous connaissons un contexte très particulier lié aux matières premières", appuie Emmanuel Commault, directeur général de la Cooperl, évoquant la hausse substantielle du prix des céréales. "Il se double d’un phénomène nouveau : celui de la revalorisation des matières secondaires, en premier lieu de l’énergie." Du fait de ces hausses et de l’effondrement du prix du porc à partir du premier trimestre 2021 à cause de l’augmentation brutale du cheptel chinois, "le flux de trésorerie des éleveurs est passé de positif à négatif depuis un an", décrit le dirigeant. Et la rentabilité de la coopérative a chuté, passant de 49 millions d’euros en 2020 à 19,6 millions d’euros en 2021.

Une hausse du prix du porc "insuffisante"

"L’hiver a été dur et long", se souvient le Costarmoricain. La guerre en Ukraine puis le retrait des acteurs de la filière ayant le moins de barrières à la sortie, comme les engraisseurs, ont provoqué "la hausse du prix du porc la plus verticale depuis le début de notre industrie. Mais elle reste très insuffisante par rapport aux coûts de revient." Pour Patrice Drillet, président de la coopérative, "il manque 20 à 30 centimes", soit un prix au kilo proche de deux euros.

Les plans d’aides de l’État (270 millions d’euros d’aides directes en février 2022 et le plan de résilience en cours d’exécution) "vont permettre de tenir en trésorerie jusqu’à la sortie de l’été". Mais après ? "Le consensus est que la baisse de production va atteindre de 10 à 20 % chez nous", estime Emmanuel Commault. Elle devrait passer logiquement par des défaillances mais aussi des arrêts. "Il y a du découragement chez certains, ce ne sont pas forcément les plus fragiles qui vont arrêter", anticipe le président. Ce qui est sûr est que cette baisse de la production, qui devrait prendre effet à partir de 2023, va entraîner une surcapacité des outils d’abattage et de transformation.

94 millions d’euros d’investissement en 2021

La coopérative, qui n’a pas vocation à apporter des aides financières directes à ses 2 950 agriculteurs adhérents, sera donc touchée directement dans ses deux activités, avec notamment ses 31 sites industriels et logistiques. Elle possède des activités de salaison (130 000 tonnes en 2021) et commercialise ses produits transformés sous des marques comme Madrange, Jean Caby ou Brocéliande. En 2021, les investissements, notamment d’optimisation de ces outils, se sont élevés à 94 millions d’euros, contre 86 millions d’euros un an auparavant. Cet effort financier concerne également "un grand projet de développement industriel de bio-énergie", sur lequel l’entreprise n’entend pas communiquer davantage. On sait cependant qu’il s’agit de transformer les déchets en ressources, pour qu’ils soient les "intrants de l’économie circulaire de demain". "Des choses révolutionnaires vont se passer dans les mois qui viennent", promet le président. La Cooperl a déjà mis en service fin 2019 un méthaniseur capable de produire 80 millions de kilowattheures par an. 

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