Bretagne

Agroalimentaire

La coopérative du Gouessant touchée par la hausse des prix des matières premières et de l’énergie

Par Matthieu Leman, le 30 juin 2022

La hausse des prix des matières premières et de l’énergie affecte la coopérative agricole du Gouessant, qui fait face à une chute de son résultat net. Mais l’entreprise bretonne peut s’appuyer sur plusieurs relais de croissance et une situation financière saine pour appréhender une année 2022 qui sera encore plus sous tensions.

Le binôme à la tête du Gouessant se compose de Rémi Cristoforetti (à gauche), directeur général, et Thomas Couëpel, président.
Le binôme à la tête du Gouessant se compose de Rémi Cristoforetti (à gauche), directeur général, et Thomas Couëpel, président. — Photo : Matthieu Leman

La coopérative agricole du Gouessant souffre de l’inflation. L’exercice 2021 est qualifié de "difficile" par Thomas Couëpel, le président de l’entreprise basée à Lamballe-Armor (22), qui rassemble 4 500 agriculteurs adhérents. L’année 2022 devrait être "pire" encore, selon le dirigeant breton. En cause, évidemment, la crise sanitaire, mais aussi les hausses des prix des matières premières, commencée dès 2021, et de l’énergie, exacerbées par la guerre en Ukraine.

Le Gouessant
Le Gouessant - Photo : Matthieu Leman

Le groupe spécialisé dans la nutrition animale et la conduite d’élevage souffre particulièrement de l’augmentation vertigineuse du prix des céréales. Par exemple, celui du blé, passé de 220 euros la tonne au début de l’année 2021 à 280 euros à la fin de l’année, pour atteindre 400 euros en 2022. "Un gap en peu de temps" qui a entraîné des adaptations, notamment en termes d’achats. "Les prix des matières premières variaient sur une même journée de quelques euros. Depuis le 24 février (jour du début de l’invasion russe de l’Ukraine, NDLR), c’est en moyenne entre 20 et 40 euros", souligne Rémi Cristoforetti, directeur général du Gouessant. Face à cette situation, la coopérative a travaillé sur sa politique d’achat en cherchant à optimiser ses positions et engagements sur les marchés de matières premières. Elle a également optimisé ses ressources et ses process. Six millions d’euros ont ainsi été investis en 2021 à ce titre, pour améliorer par exemple les performances et diminuer la consommation énergétique du broyeur du site de Lamballe. Insuffisant toutefois pour compenser les effets de l’inflation : à activité égale, la direction du Gouessant estime l’augmentation globale des coûts à 15 à 20 millions d’euros sur une année, aux prix actuels.

Trop de production en bio

Dès 2021, des dispositions avaient été prises pour tenter de lisser cette hausse des matières premières et de l’énergie. La coopérative a incité ses adhérents à diminuer ou réorienter leur production. Les adhérents ont ainsi diminué leur production d’œufs de plus de 790 millions d’unités, soit une baisse de 15 %, tandis que la baisse du cheptel de porcs entraînait une diminution de 9 à 10 % de la production d’aliments pour ces animaux. Et pour compenser la baisse du marché bio, la coopérative a déclassé des œufs bio, qui ont été vendus en appellation "œufs plein air", tout en maintenant la rémunération "bio" des éleveurs jusqu’à l’échéance de leur contrat.

Son analyse est que les hausses répercutées sur l’aval se heurtent in fine au consentement du consommateur. "Les six œufs bios coûtaient entre 2,30 et 2,80 euros en 2021. Aujourd’hui, on en voit à trois euros dans des grandes surfaces pas plus loin qu’à Lamballe. Nous atteignons la limite du consentement du consommateur." Une adéquation entre hausse des coûts de revient et augmentation des prix difficile à trouver pour toutes les filières de la coopérative : volaille (410 000 tonnes d’aliments produits en 2021 sur un total de 849 000 tonnes), porc (268 000 tonnes), ruminant (138 000 tonnes) et poisson (32 000 tonnes).

Performances des relais de croissance

Malgré ces nuages, les comptes de la coopérative ne plongent pas dans le rouge. Le chiffre d’affaires a augmenté de 30 millions d’euros, pour s’établir à 657 millions d’euros en 2021, en hausse de 4,5 %. Le résultat net de la coopérative ressort à 3,5 millions d’euros, toutefois loin des dix millions d’euros dégagés les années précédentes.

À côté de l’activité historique de production d’aliments pour animaux d’élevage, Le Gouessant peut compter sur plusieurs relais de croissance, qui sont en hausse globale de 30 % et pèsent 18 des 82 millions d’euros d’augmentation de chiffre d’affaires enregistrée par la coopérative. En mars, l’entreprise a ainsi acquis Aqualia, dans les Landes, fabricant d’aliments aquacoles. 32 000 tonnes ont été produites en 2021, avec l’objectif de passer à 50 000 tonnes sous deux ans, grâce notamment à un investissement sur site de 500 000 euros.

Par ailleurs, deux marques de la coopérative se développent. Créée en octobre 2021, DAR’win regroupe les aliments pêche, bassins d’ornement, zoos et parcs. Et Terre de Breizh, née en 2011, commercialise en GMS des pommes de terre, œufs, produits issus de porcs et produits laitiers. Cette marque, en progression de 8 %, pourrait se positionner sur le marché de la distribution hors domicile. Des chips viennent d’être lancées en collaboration avec la société Katell (56). Plus largement, 28 000 tonnes de pomme de terre ont été commercialisées par le Gouessant, dont une partie toujours plus importante est destinée à l’industrie agroalimentaire. Enfin, les aliments nutritionnels destinés aux animaux de rente et de compagnie progressent de 30 %, à la suite du rachat de Vetinnov en janvier 2020.

Ayant accru ses effectifs d’une centaine de salariés pour les porter à 850 collaborateurs, la coopérative dispose de 130 millions d’euros de capitaux propres et d’un taux d’endettement de 32 %. Une situation financière, grâce notamment au cash généré par les activités nouvelles, qui laisse la direction du Gouessant confiante pour l’avenir. "Le trou d’air passera et les bonnes années reviendront. En attendant, on continue notre travail, qui est essentiel pour le pays", conclut Thomas Couëpel.

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