Côtes-d'Armor

Agroalimentaire

Interview « Je suis inquiet pour l'avenir de Stalaven en Bretagne »

Entretien avec Thierry Meuriot, ex-PDG du groupe Stalaven

Propos recueillis par Julien Uguet - 26 avril 2018

Alors qu’un nouveau plan de sauvegarde de l’emploi touche le pôle alimentaire d'Euralis, basé à Lescar (Pyrénées-Atlantique), Thierry Meuriot sort une nouvelle fois de sa réserve. L’ex-PDG du groupe Stalaven dénonce « les choix incohérents de la coopérative » jusqu’à émettre des doutes sur l'avenir même de l’entreprise d'Yffiniac (Côtes-d'Armor), fondée par son grand-père Jean Stalaven.

Thierry Meuriot. — Photo : @JulienUguet

Le Journal des Entreprises : Quel regard portez-vous sur la situation de Stalaven qui va vivre son troisième plan de sauvegarde de l’emploi depuis l’arrivée d’Euralis à la tête de l’entreprise, fondée par votre grand-père Jean Stalaven ?

Thierry Meuriot : Mon inquiétude est grande. Lors d’une rencontre en juillet 2009 avec Christian Pèes, président d’Euralis, il m’avait confié vouloir faire d’Euralis le Veolia de l’agroalimentaire. Je pense plutôt qu’il a créé le Titanic de l’agroalimentaire.

Comment expliquez-vous cette situation ?

T.M. : Le business model de Stalaven était assis sur l’activité "marque de distributeur" (MDD) qui générait des volumes importants mais surtout des capacités d’investissement pour soutenir la croissance du pôle commerce de proximité, aux besoins plus spécifiques, notamment au niveau logistique. Avec mon frère Franck, qui partage mes inquiétudes, nous avions compris que ces deux piliers étaient complémentaires mais surtout indispensables.

« Le président d’Euralis voulait faire de son groupe le Veolia de l’agroalimentaire. Il a plutôt créé le Titanic du secteur. »

L’une des premières erreurs d’Euralis a été de fermer l’usine de Saint-Agathon. C'était un outil très performant sur les marques de distributeurs. J’ai peur que l’histoire se répète à Yffiniac, car cette politique de fuite en avant ne mène nulle part. Les conséquences vont être lourdes en termes de baisse d’activité et d’emplois.

Aller vers plus de premium n’est pas une stratégie pertinente ?

T.M. : En réduisant l’activité MDD, Euralis va mécaniquement voir ses prix de revient augmenter. Stalaven aura moins de volumes d’achat, moins de productivité, un écrasement moindre de ses frais fixes, etc. Quand la direction parle de premium, cela me fait sourire car l’entreprise est déjà reconnue pour la qualité de ses produits auprès des bouchers et des charcutiers traiteurs. Ces nouvelles orientations n’inventent rien.

Euralis annonce pourtant une enveloppe d’investissement de 9 millions d’euros à l’horizon 2020 ?

T.M. : Je reste dubitatif sur un tel engagement car je ne fais plus confiance aux annonces d’Euralis. J’ose espérer que les dirigeants ont la capacité d’investir cette somme sur le site d’Yffiniac mais pour en faire quoi ?

Thierry Meuriot a toujours fait des produits MDD et du commerce de proximité les deux piliers de la réussite de Stalaven, comme le montre ce document. Cette stratégie est aujourd’hui remise en cause par Euralis, selon lui. - Photo : @DR

Vous êtes inquiets pour l’avenir même de l'usine d’Yffiniac ?

T.M. : Je pense que c’est le début de la fin malheureusement. Je suis triste pour tous les salariés de l’entreprise. Heureusement que mon grand-père, Jean Stalaven, ne voit pas cela.

Existe-il à vos yeux des pistes pour éviter cette catastrophe industrielle que vous prédisez ?

T.M. : La seule chance de se sauver pour Stalaven est qu’Euralis passe la main. Je ne vois pas, aujourd’hui, d’autres solutions. J’aurais toujours ce regret d’avoir choisi cette coopérative comme partenaire capitalistique et industriel.

L’absence de réaction des élus politiques locaux vous étonne également ?

T.M. : Je pense que les élus locaux ne prennent pas la mesure des difficultés qui s’annoncent pour Stalaven et le territoire. Ils devraient se mobiliser pour faire pression sur Euralis.

Thierry Meuriot. — Photo : @JulienUguet