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Interview Eric de Rancourt : « L'abandon du 4e quai sur le port du Légué est une erreur »

Entretien avec Eric de Rancourt, ancien directeur de la CCI 22

Propos recueillis par Julien Uguet - 10 septembre 2020

Directeur de la CCI Côtes-d’Armor de 2002 à 2010, Eric de Rancourt revient, dans son dernier livre, sur la renaissance du port du Légué, réalisée notamment autour de la requalification du Carré Rosengart en centre d’activité économique.

Eric de Rancourt, ex-directeur général de la CCI 22.
Eric de Rancourt, ex-directeur général de la CCI 22. — Photo : @DR

Pourquoi avoir écrit ce livre sur le port du Légué à Saint-Brieuc, son histoire mais surtout sa mutation portée par le monde économique au début des années 2000 ?

Ces deux dernières années, certaines personnes, notamment dans le monde politique, ont tenté de réinventer l’histoire du port du Légué, de s’approprier une partie du succès voire de critiquer ceux qui étaient à l’origine de la requalification du site à partir des années 2000. Ce livre est un moyen de rappeler certaines vérités et de démontrer que, sans la volonté des chefs d’entreprise, élus à la chambre de commerce et d’industrie des Côtes-d’Armor, dont j’assurais à l’époque la direction générale, le port du Légué n’en serait sûrement pas là aujourd’hui.

En 2002, peu de patrons élus à la CCI 22 croyaient pourtant au projet porté par le président de l’époque Alain Daher…

Effectivement, nous n’étions très peu à croire à la réussite de ce projet structurant pour la CCI 22. Des voix discordantes se sont même fait entendre en interne. Il a fallu convaincre afin de remporter une adhésion loin d’être gagnée, même si la chambre disposait de fonds propres solides. Il faut avouer que le projet de départ portait sur le rachat et la requalification des friches Chaffoteaux-et-Maury en centre d’activité maritime, autour d’une enveloppe d’investissement de 12 millions d’euros. Porté par Alain Daher et son vice-président, Marcel Diouron, le concept ciblait l’implantation d’entreprises dans ce port où plus personne ne voulait venir. Près de 20 ans plus tard, le succès du Carré Rosengart est incontestable et, malgré le temps que cela a pris, c’est une véritable fierté collective.

Estimez-vous que cette réussite est le point de départ de la renaissance du port ?

Bien entendu. La CCI a impulsé, par sa prise de risque financière, la mutation du port du Légué. Elle a également pris des décisions fortes comme l’évacuation du squat Le Wagon, lieu alternatif autour de la culture punk. Le Carré Rosengart a entraîné dans son sillage la création d’un véritable écosystème avec l’implantation de bars, de restaurants, d’entreprises, de centres de formations, etc. tout en confortant ses bastions historiques de la plaisance, du commerce et de la pêche. La force de ce port, à cheval entre Saint-Brieuc et Plérin, est aujourd’hui cette multi-activité. Il faut que cette dynamique se poursuive avec la requalification des nombreuses friches encore présentes.

Pourtant, son avenir ne semble-t-il pas s’assombrir du côté des activités de commerce avec l’abandon annoncé du projet de 4e quai ?

Je pense que cet abandon est une erreur car les activités, situées à l’avant-port, notamment le déchargement d’intrants pour l’agroalimentaire, sont l’une des atouts du Légué. Elles font vivre de nombreuses entreprises dans le département. La création du quatrième quai était prévue pour 2024. Or, les récentes élections politiques, et celles à venir en 2021, ont fait basculer l’équilibre et signer l’arrêt de cet équipement structurant.

Le port du Légué - Histoire d’une renaissance - Eric de Rancourt

Eric de Rancourt, ex-directeur général de la CCI 22.
Eric de Rancourt, ex-directeur général de la CCI 22. — Photo : @DR

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