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Ekinops veut encore grossir pour devenir un grand des télécoms

Par Matthieu Leman, le 18 novembre 2021

Ekinops vient d’annoncer un chiffre d’affaires semestriel record. Le spécialiste des solutions de télécommunications ouvertes et interopérables entend se massifier pour mieux peser sur un marché très concurrentiel. Outre la croissance organique, l’entreprise basée à Lannion va réaliser des rachats d’entreprise et mise sur des technologies prometteuses.

Didier Brédy, PDG d’Ekinops, apprécie l’implantation bretonne historique de l’entreprise.
Didier Brédy, PDG d’Ekinops, apprécie l’implantation bretonne historique de l’entreprise. — Photo : DR

Ekinops doit "devenir plus gros et plus vite". C’est la volonté du PDG du spécialiste de solutions de télécommunications ouvertes et interopérables, dont le siège social se situe à Lannion. Pour Didier Brédy, entouré des deux fondateurs de l’entreprise née en 2003, François-Xavier Ollivier, directeur général adjoint, et Jean-Luc Pamart, cette massification est la clé pour continuer la croissance de la société et rendre encore plus prégnant l’objectif de "construire un acteur breton, français, européen dans les Télécoms. Il n’y en a plus vraiment en France, nous avons l’envie et le désir de continuer l’histoire."

Cet objectif qui a des airs de mission a été conforté par une année 2020 solide, au même niveau que 2019 malgré un marché en contraction. "Nous sommes très fiers de cela car nous avons gagné des clients et gardé un niveau de profitabilité au même niveau qu’en 2019", commente Didier Brédy. Un objectif également confirmé par un premier semestre 2021 record. Ekinops a enregistré une croissance de 13 % à taux de change constants, qui a porté son chiffre d’affaires annuel à 50,8 millions d’euros. C’est la première fois que l’entreprise franchit la barre des 50 millions sur un semestre. Une marge brute de 54,7 % et un Ebitda de 9,4 millions d’euros, en hausse de 43 %, sont venus consacrer sa rentabilité, tandis que sa trésorerie nette de 20 millions d’euros et une capacité d’autofinancement de 9,2 millions d’euros, en hausse de 38 %, venaient conforter les volontés de croissance externe. "C’est le sujet sur lequel nous passons le plus de temps", confie Didier Brédy. "Notre principale faiblesse est notre taille. Les opérateurs de rang 1 peuvent dépenser dans l’optique entre 50 millions et 100 millions d’euros par an. Nous ne pouvons y prétendre. C’est pourquoi nous étudions toutes les options pour nous massifier. "

Des opérations de croissance externe

Ekinops a déjà changé de dimension avec une opération de croissance externe. C’était en 2017, lorsque l’entreprise bretonne a racheté One access, qui réalisait un chiffre d’affaires trois fois plus important que le sien. "L’intégration s’est très bien passée", savoure le PDG. L’activité amenée par ce rachat, les routeurs d’entreprise (un peu l’équivalent des boxes pour les particuliers), représente aujourd’hui près de 55 % de l’activité de la société.

Autre opération, en 2019, Ekinops a acquis la technologie OTN, mise en vente par la société brésilienne Padtec. Une technologie qui permet de réaliser les commutations du trafic optique. "Avec la ligne de produits OTN, nous allons arriver à avoir comme clients les grands opérateurs alors que dans le domaine de l’optique, nous n’avions que les petits et moyens opérateurs", souligne François-Xavier Ollivier. Le transport optique pèse désormais plus de 35 % de l’activité et se trouve en "très forte croissance".

Ces deux opérations réussies ("faites et bien faites", comme les qualifie le président) et cette volonté de grandir vite appellent à d’autres rachats. "Nous sommes à l’affût de nouvelles acquisitions. Il y en aura", confirme Didier Brédy. Les cibles ? "Nous sommes intéressés par des sociétés ayant des actifs logiciels et qui ont des gros clients que nous n'avons pas ou avec lesquels ils travaillent plus que nous. Car il faut des années avant de pouvoir entrer chez les grands opérateurs. Et si en plus, ils ont de la techno, c’est super ! "

Un pari vertueux en termes de rentabilité

Mais Ekinops, qui emploie 470 salariés, compte également sur la croissance organique pour grandir. Et notamment sur le développement d’une activité qui présente le charme supplémentaire d’avoir une excellente rentabilité : la virtualisation des réseaux au moyen de logiciels. Cette technologie qui remplace le hardware par des logiciels façon appli de smartphone pour toutes les fonctions des réseaux (voix, wi-fi, routage…) représente environ 10 % de l’activité d’Ekinops et ne cesse de progresser. Cet axe de développement, baptisé SND (Software Defined Network) pèse 12 % au premier semestre 2021. "Nous sommes très actifs dans ce domaine qui permet de s’affranchir de la couche physique des réseaux. Nos logiciels ont été validés par des opérateurs comme Orange, Verizon ou Swisscom. Notre volonté est d’augmenter encore la part des logiciels dans notre CA. Et en plus, c’est vertueux en termes de rentabilité", commente Didier Brédy. Les deux autres axes de développement sont la technologie OTN, ainsi que les routeurs d’entreprise. Le dernier né de ces derniers, un routeur 5G, a été validé par le plus gros client de l’entreprise dans ce domaine, Orange, et d’autres opérateurs. Une réussite qui vient couronner un gros développement.

La R & D, dirigée par François-Xavier Ollivier, constitue le ciment et le carburant de cette croissance organique. "Elle représente la moitié de nos effectifs et plus de 20 % de notre chiffre d’affaires est dépensé en R & D", souligne le directeur général adjoint. Soit environ 20 millions d’euros par an. "Dans les grands groupes, c’est plutôt 10, 12 %. Notre meilleure arme contre les Nokia ou Cisco, c’est l’innovation et la R & D ", ajoute le PDG. Côté effectifs, ce sont 235 salariés qui œuvrent dans ces domaines. Ils travaillent à Lannion, à Nice, en Belgique (20 ingénieurs), en Inde (70) et au Brésil (25). Une subvention de 3,6 millions d’euros, au titre du Plan France relance, a été attribuée à Ekinops pour le projet NGopt (Next Generation Optical Network) qui vise à "inventer et développer le système de transmission du futur", rien de moins." Il s’agit de développer des technologies pour élargir la bande passante transmissible et sa capacité", raconte François-Xavier Ollivier. La société consacre à ce projet 3,6 millions d’euros.

Le poids de l’export

Une politique d’innovation qui a porté ses fruits cette année avec le gain de plusieurs nouveaux clients comme Slovak Telecom, Grosse Point (USA) et United Group. De quoi augmenter encore la part de l’export dans le chiffre d’affaires, qui représente 60 %, entre l’Europe (40 %) et les États-Unis (20 %, en croissance de 25 % au premier semestre 2021). Ekinops a également  développé une petite activité en Asie Pacifique, qui fluctue entre 5 % en 2020 à 9 % en 2019 du CA. "Nous allons attendre d’être un peu plus gros pour nous attaquer vraiment à cette région", confie Didier Brédy. "La Chine et l’Inde demandent beaucoup de ressources pour pouvoir être un fournisseur majeur."

Didier Brédy, PDG d’Ekinops, apprécie l’implantation bretonne historique de l’entreprise.
Didier Brédy, PDG d’Ekinops, apprécie l’implantation bretonne historique de l’entreprise. — Photo : DR

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