Côtes-d'Armor

Agroalimentaire

Eau Plancoët lance une canette et mise sur les bouteilles consignées

Par Matthieu Leman, le 07 décembre 2022

Eau Minérale Naturelle Plancoët lance une canette qui contient l’une de ses eaux déjà disponibles en 33 cl, la Plancoët Intense. Le marché visé est notamment la vente à emporter et les distributeurs automatiques. L’entreprise va également basculer en quasi totalité vers la consigne pour ses bouteilles en verre, au prix d’un investissement de plus d’1,2 million d’euros.

Eau Minérale Naturelle de Plancoët devrait produire 29 millions de bouteilles en 2022 sur ses chaînes d’embouteillage.
Eau Minérale Naturelle de Plancoët devrait produire 29 millions de bouteilles en 2022 sur ses chaînes d’embouteillage. — Photo : Matthieu Leman

C’est un petit objet qui se trouve ce jour-là sur le bureau de Nicolas Cherdronnet, directeur de la SAS Eau Minérale Naturelle Plancoët (12 millions d’euros en 2021, 22 salariés et 7 ETP en intérim), mais il a représenté un défi de taille pour l’entreprise costarmoricaine. Cette canette, dont la commercialisation a débuté fin octobre 2022, est le premier produit en métal de la société, qui exploite la source Sassay depuis 1928.

"C’est un sacré pari pour une société familiale de trouver des solutions pour répondre à la concurrence et aux attentes des consommateurs", souligne le dirigeant. Cette "société familiale" est le groupe Ogeu (85 M€ de CA en 2021, 250 salariés) basé à Ogeu-les-Bains, dans les Pyrénées-Atlantiques. Il est propriétaire de l’eau de Plancoët depuis fin 2013 et est leader des eaux minérales régionales en France. "Nous préparons le projet depuis deux ans. La ligne prototype a été développée en interne", explique celui qui est également directeur commercial de la zone Nord du groupe. Le produit lancé en canette est l’eau gazeuse Plancoët "Intense", qui a été commercialisée en 2018 en bouteille de 33 cl pour le secteur des cafés-hôtels-restaurants (CHR). "Un très gros succès" sur le créneau festif que la PME espère rééditer. "Notre ambition est de vendre 300 000 canettes la première année." Un chiffre à rapprocher des 29 millions de bouteilles qui seront produites sur le site costarmoricain en 2022.

Une offre complète

Ce nouveau contenant, qui vise notamment les distributeurs automatiques et la vente à emporter, vient compléter la gamme. "Avec cette offre additionnelle, nous répondons à toutes les demandes des consommateurs en matière d’eau minérale naturelle : bouteille plastique (depuis 2014 et un investissement de 6 millions d’euros dans une ligne d’embouteillage PET) et verre, avec des contenances de 33 cl, 50 cl, 1 l et 1,5 l", se félicite Nicolas Cherdronnet. Cette offre complète a notamment permis de passer des contrats d’exclusivité avec les restaurateurs.

Outre l’eau plate naturelle historique, une eau gazeuse "Fines Bulles" a été lancée en 2011, suivie de l'"Intense", plus pétillante, en 2018. Entretemps, en 2016, l’entreprise costarmoricaine a lancé une limonade à l’eau de Bretagne, reprenant une recette ayant fait ses preuves dans le Sud Ouest sous une autre marque, Ogeu. 700 000 bouteilles de cette limonade sont vendues chaque année, représentant 4 % du chiffre d’affaires.

Eau de Plancoët va également mener une petite révolution dès l’année prochaine. Alors que la part de ses bouteilles en verre consignées représente aujourd’hui 80 %, elle devrait monter jusqu’à 95 % en 2023. Pour cela, un gros investissement sera nécessaire. L’entreprise va installer début 2023 une nouvelle soutireuse, qui est l’élément le plus important d’une ligne d’embouteillage, tant en termes techniques que sanitaire. Cet effort financier d’1,2 million d’euros permettra de placer sur la ligne de production des bouteilles plus lourdes, spécifiquement conçues pour résister aux lavages successifs et à la pression des passages répétés en opérations de remplissage.

Durée de vie limitée pour les bouteilles

"On estime que les bouteilles sont réutilisées entre douze et quinze fois. Leur durée moyenne de vie est de trois à quatre ans", explique Nicolas Cherdronnet. Les bouteilles utilisées sont plus épaisses mais aussi plus chères. 300 000 euros par an pendant trois ans seront investis dans l’achat de ces récipients mais aussi de caisses pour les transporter.

L’objectif de ce passage au presque tout consigne est bien sûr de limiter l’impact écologique de l’entreprise. "Nous sommes sans doute le plus gros acteur du réemploi en produit breton", se félicite le directeur. Il est soutenu par différentes initiatives dans le domaine de la livraison de particuliers ou de surfaces de ventes. L’une d’elles est portée par le costarmoricain Cozigou (150 M€ en 2021, 600 collaborateurs) en collaboration avec la récente start-up Drink Dong qui, depuis octobre 2022, relance la consigne de contenants en verre chez les particuliers, un service qui inclut la gamme Plancoët. Distro, filière solidaire de réemploi des contenants en verre en Bretagne, basé à Plérin, et Bout' A Bout', son homologue nantais, participent à la dynamique, tout comme Le Fourgon, service de livraison de boissons consignées, sur Rennes, Nantes et Angers. Quatre Carrefour (deux hypers et deux supermarchés) du Finistère vont également proposer un service de consigne.

20 000 bouteilles à l’heure

Mais ce passage possède également une vertu financière, celle de limiter l’impact de la hausse du prix du verre. "Elle est très importante, entre 20 et 100 % depuis début 2020, suivant les flacons", note le dirigeant costarmoricain. "Nous avons répercuté une partie de ces hausses auprès de nos distributeurs. Il nous faut rester compétitifs mais nous sommes inquiets face à la crise énergétique. Nous serons obligés de la répercuter, en restant très compétitifs par rapport aux marques nationales."

Les produits vendus en bouteille en verre représentent 25 % du total de l’activité de l’Eau de Plancoët. Le site costarmoricain possède deux lignes d’embouteillage. Celle consacrée au verre emploie entre neuf et onze personnes et 4 000 à 9 000 bouteilles, suivant les flacons, en sortent chaque heure. La ligne PET possède un rendement de 20 000 bouteilles par heure, avec la participation de trois à quatre salariés. Au total, l’Eau Plancoët emploie 22 salariés et sept ETP en intérim. Les grandes et moyennes surfaces (GMS) représentent 70 % du chiffre d’affaires, tandis que le réseau des cafés, hôtels et restaurants (CHR) pèse 30 %. 98 % de la distribution est réalisée dans un rayon de 200 kilomètres autour de Plancoët. "Nous exportons le reste vers Paris, pour répondre aux sollicitations des Bretons exilés", s’amuse Nicolas Cherdronnet. "Nous sommes les leaders des eaux minérales naturelles en Bretagne."

Cette implantation régionale se trouve à la base de la constitution du groupe Ogeu, qui possède cependant une eau distribuée au niveau national, Quézac (Tarn), intégrée en 2017. Ses autres marques sont cependant bien régionales et situées principalement dans le sud de la France : l’eau Ogeu, l’eau Luchon (Haute-Garonne) acquise au groupe Intermarché en 2022, celle de Sainte-Baume (Var), l’eau de Valecrin (Alpes) et la francilienne Lutecia (Vallée de Chevreuse) ainsi que la brasserie des Pyrénées qui produit les marques Uhaina, Hapchot, Belharra et Sarriat. Le groupe est dirigé par un frère et une sœur : Pascale Lapassade et Jean-Hervé Chassaigne.

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