Côtes-d'Armor : Wild Rose œuvre pour le festival Art Rock depuis plus de 30 ans

Par Julien Uguet, le 11 mai 2016

Cheville ouvrière du festival Art Rock depuis sa création, Wild Rose reprend les codes d'une PME traditionnelle tout en revendiquant son exception culturelle et associative.
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On dit souvent que la culture et l'économie ne font pas bon ménage. Par sa longévité dans un paysage national, durement chahuté ces dernières années, le festival Art Rock à Saint-Brieuc parvient à démontrer que cette alchimie des contraires est finalement envisageable. Devenu un rendez-vous incontournable en France, mêlant musique, danse et performance urbaine, Art Rock doit une grande partie de sa réussite à l'association Wild Rose qui le porte depuis ses débuts en 1983. « C'est l'histoire d'une bande de potes étudiants qui souhaitaient organiser des concerts afin de faire bouger le territoire, précise Jean-Michel Boinet, directeur général d'Art Rock, expert-comptable de formation et pierre angulaire de la manifestation depuis plus de trente ans. L'histoire a débuté à Quessoy en 1979 avant de migrer sur Saint-Brieuc quatre ans plus tard. »

Un statut associatif assumé
De 100.000 francs la première année, le budget du festival atteint aujourd'hui 2,5 millions d'euros. « Avec globalement les mêmes personnes aux commandes de l'association. Notre chance de passionnés a été d'évoluer professionnellement dans des milieux totalement différents. » Un directeur d'un établissement pour personnes handicapées, un P-dg d'une importante entreprise d'ingénierie culturelle parisienne, un architecte local, etc. L'exhaustivité des profils des membres de Wild Rose a grandement bénéficié à la structuration de l'événement. « Nous n'avons jamais imaginé changer de forme juridique. Le caractère associatif est l'essence même d'Art Rock. »

Le virage de 1998
Longtemps géré à 100 % par des bénévoles, l'événement a entamé une mutation salvatrice dans son organisation en 1998 avec l'arrivée de ses deux premiers permanents. « Cela peut paraître fou d'avoir attendu plus de 15 ans avant de franchir le pas. Même si le bénévolat nous avait permis d'accueillir des pointures comme Royal de Luxe, Miles Davis ou encore La Mano Negra, nous touchions les limites du système. » Un administrateur général et un responsable de communication viennent épauler l'équipe historique. « Cette période a été marquée par le déplacement de la manifestation des vacances de Toussaint au week-end de Pentecôte ». Au-delà d'une météo plus clémente, cette évolution permet à Art Rock d'être en phase avec les tournées estivales des artistes nationaux et internationaux.

Le recul des subventions
Malgré un léger trou d'air au début des années 2000, rien n'entame la confiance des organisateurs. « Je reste persuadé qu'Art Rock contribue au dynamisme de Saint-Brieuc. Nous avons pris des risques, techniques et artistiques, pour imposer un modèle unique en France de festival organisé en plein coeur de ville. » L'événement aura également su trouver les ressources pour adapter son modèle économique aux réalités du marché. « En 2003, nous étions subventionnés par les pouvoirs publics à hauteur de 60 %. En 2016, ce sera seulement 28 % et je suis bien conscient que nos partenaires, même fidèles, continueront de réduire leur engagement. »

Une évolution du modèle
Ce contexte amène en permanence Wild Rose à réfléchir à une diversification de ses fonds propres. « La plus récente date de 2015 avec le passage de la jauge de la scène principale à 9.000 places. C'est un risque économique car il faut que la billetterie soit au rendez-vous. Cela nous offre toutefois un meilleur amortissement de nos frais fixes et la possibilité d'accueillir des stars mondiales comme Placebo dont le cachet a atteint 100.000 euros l'an passé, le plus important de toute notre histoire. » Avec l'embauche d'un responsable des partenariats, Art Rock a assumé la nécessité de se tourner vers les entreprises. Mécénat, échange de marchandises, partenariat, etc. La manifestation sait aujourd'hui tirer l'ensemble des ficelles nécessaire pour séduire plus d'une centaine de sociétés en Côtes-d'Armor.

Une rentabilité serrée
De quoi voir l'avenir en rose ? À 62 ans, Jean-Michel Boinet reste confiant mais est aussi prudent. « La concurrence entre les festivals estivaux s'accentue. Même en se professionnalisant, notre modèle économique reste fragile. Si l'année 2015 a marqué un tournant avec plus de 75.000 entrées, dont 45.000 payantes, je sais, par expérience, que le vent peut vite tourner. Il faut bien être conscient que notre rentabilité nette moyenne ne dépasse pas 2 %. À nous d'être créatifs et imaginatifs pour surprendre les spectateurs. » Depuis 30 ans, à la vue de la liste impressionnante des artistes français et internationaux passés sur Saint-Brieuc, Art Rock tient là sa meilleure carte de visite pour appréhender l'avenir avec sérénité.

Wild Rose / Art Rock
(Saint-Brieuc)
Président : L. Haffray
Directeur : J.-M. Boinet
4 salariés
Budget 2016 : 4 millions d'euros
02 96 68 46 24
www.artrock.org

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