Côtes-d'Armor

Agroalimentaire

Interview Cooperl : « Nous avons été condamnés sur la base d’un faux document »

Entretien avec Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique

Propos recueillis par Julien Uguet - 21 octobre 2020

Condamné par l’Autorité de la concurrence à une amende de 35,5 millions d’euros pour entente sur les prix, Cooperl Arc Atlantique, leader français du porc, réplique en accusant son concurrent Campofrio d’avoir produit un faux document pour l’incriminer.

Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique.
Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique. — Photo : DR

Sur quelle base contestez-vous la décision de condamner Cooperl et d’autres opérateurs à de lourdes amendes pour entente sur les prix ?

Un récent rapport d’expertise graphologique réalisé par un expert agréé à la Cour d’appel et à la Cour de cassation infirme la conclusion du rapport de l’expert judiciaire cité dans la décision de l’Autorité de la concurrence à l’encontre de Cooperl. Ce document atteste que la pièce maîtresse de cette affaire est un faux fabriqué de toutes pièces. Le carnet d’appels téléphoniques du directeur commercial MDD de la société Aoste, filiale du groupe Campofrio, n’a pas été rempli sur deux années au fil des conversations mais rédigé de manière continue dans un laps de temps relativement court puisqu’il ne porte notamment aucune trace de manipulation, d’usure et de vieillissement.

Ces conclusions indépendantes n’ont fait que renforcer votre position…

Cooperl clame son innocence depuis l’origine de cette affaire. Elle a, de fait, toujours catégoriquement refusé les propositions de transactions de l’Autorité de la concurrence. Cette nouvelle expertise est une étape majeure et constitue une nouvelle information qui sera cruciale lors du procès en appel. En effet, démonstration est désormais faite que ce cadre du groupe Campofrio a menti. Dès lors, il apparaît très clairement que Cooperl a été condamné sur la base d’un faux document et d’un faux témoignage, ce qui constitue une atteinte extrêmement grave aux droits de la défense.

Pour vous, qui est à la manœuvre dans cette histoire ?

En dénonçant cette soi-disant entente, le groupe Campofrio a souhaité profiter de la procédure de clémence offerte par l’Autorité de la concurrence afin de blanchir ses malversations et de porter atteinte à la réputation de ses concurrents, dont Cooperl et Brocéliande, les exposant en outre au risque d’importantes sanctions financières. Cette affaire apparaît de plus en plus au grand jour comme une instrumentalisation de la procédure de clémence par le groupe Campofrio.

Une telle entente aurait été un contresens économique et idéologique ?

Les faits confirment que Cooperl et sa filiale n’ont pas pu s’entendre avec leurs concurrents. Brocéliande agit sur le marché dans le souci de défendre l’intérêt des éleveurs. Cela vaudra d’ailleurs à Brocéliande, sur la période 2009/2012, chiffres à l’appui, de perdre 25 % de ses volumes de jambon cuit vendu à marque distributeur et premiers prix au rayon libre-service alors que ses concurrents développeront leurs propres parts de marché. Au contraire d’une entente, c’est une compétition acharnée qui se déroulait alors entre une marque de coopérative agricole et ses concurrents qui s’approvisionnaient largement hors de nos frontières, notamment auprès de producteurs allemands ou espagnols capables de produire à bas coûts car pratiquant un dumping social, fiscal et environnemental.

>> Cooperl envisage un plan de restructuration de ses activités

Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique.
Emmanuel Commault, directeur général de Cooperl Arc Atlantique. — Photo : DR

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