Côtes-d'Armor

BTP

Interview Arlette Labbé (FFB 22) : « Dans le bâtiment, la rentrée va être animée  »

Entretien avec Arlette Labbé, présidente de la fédération française du bâtiment en Côtes-d'Armor

Propos recueillis par Julien Uguet - 17 septembre 2019

Alors que le marché du bâtiment retrouve globalement des couleurs, Arlette Labbé, présidente de la Fédération française du bâtiment dans les Côtes-d’Armor, s’inquiète des récentes réformes fiscales annoncées par le gouvernement avant l’été. La dirigeante bretonne le promet : les prochaines semaines risquent d’être mouvementées.

Arlette Labbé, présidente de la FFB 22.
Pour Arlette Labbé, présidente de la FFB 22, la disparition annoncée de l'abattement pour frais professionnels qui existe dans le bâtiment depuis 1931 serait « un véritable cataclysme pour nos entreprises et pour les salariés ». — Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

Après plusieurs années de difficultés, le secteur du BTP semble avoir retrouvé un certain dynamisme. Cette conjoncture se confirme en Côtes-d’Armor ?

Arlette Labbé : Sur le plan national, les chiffres ne le démentent pas. Depuis le 2e trimestre 2017, notre secteur a retrouvé des couleurs avec une forte activité, et ce, malgré une pénurie de main d’œuvre et des difficultés récurrentes de recrutement. Pour autant, et c’est le paradoxe de la situation, le logement neuf continue de décrocher partout en France. C’est la conséquence directe de la remise en cause du dispositif Pinel, des coups de rabot au crédit d’impôt et des conséquences du bras de fer entre le gouvernement et les bailleurs sociaux. Pour la Bretagne, nous retrouvons la même tendance. Le repli du logement neuf est significatif. La baisse du nombre des permis de construire atteint 11,4 % sur un an. Les Côtes-d’Armor sont encore plus touchés avec une chute de 13,4 %. Pour les mises en chantier, le recul breton s’établit à 3,8 % quand en Côtes-d’Armor, la baisse atteint 9,8 % Heureusement que le marché de l’entretien et de la rénovation offre des perspectives plutôt favorables pour les mois à venir.

Le contexte social et réglementaire n’a pas été globalement favorable…

A.L. : Si l’on fait un premier bilan de l’exercice écoulé, il faut reconnaître que nous avons vécu avec les gilets jaunes un contexte totalement inédit, très dense du fait des multiples événements et particulièrement agité, ce qui n’est pas de nature à apporter la sérénité nécessaire aux chefs d’entreprise. Parallèlement, le contexte réglementaire et législatif a été lui aussi très dense : mise en place du RGPD, passage au prélèvement à la source, réforme de la formation et de l’apprentissage, mise en place d’un bonus/malus sur les contrats courts, etc. Aux dernières nouvelles, le secteur du bâtiment et des travaux publics ne serait pas concerné par cette mesure et heureusement car, vu les intérimaires que nous employons, ce serait économiquement dramatique pour nos entreprises.

Le recrutement est au cœur de vos préoccupations ?

A.L. : Notre priorité actuelle, c’est l’emploi et la formation des jeunes et des demandeurs d’emploi. Nous multiplions les actions, les outils comme la plateforme Emploi Bâtiment Bretagne, les rencontres avec l’ensemble des acteurs de l’emploi et de la formation pour valoriser nos métiers. Il faut rappeler qu’en Bretagne il y a actuellement plus de 6 500 emplois à pourvoir et que plus de 1 000 entreprises cherchent à recruter un apprenti. Toutefois, Si le recrutement est un enjeu vital pour nos professions, nous devons aussi continuer à construire le bâtiment de demain. Il faut accompagner encore plus les dirigeants sur des sujets comme la dématérialisation des marchés publics ou des factures, sans oublier le développement du BIM, cette maquette 3 D qui révolutionne les pratiques.

Nos sphères professionnelles sont en ébullition. Les discussions des prochains mois risquent d’être animées !

Les récentes annonces ne sont toutefois pas en mesure de vous rassurer…

A.L. : Dans son discours de politique générale du 12 juin, Édouard Philippe a annoncé, pour financer la baisse d’impôt de 5 milliards promise à l’issue du grand débat, vouloir mettre fin à la déduction forfaitaire spécifique, à savoir le fameux abattement de 10 % pour frais professionnels qui existe dans le BTP depuis 1931 ! Ce serait véritable cataclysme pour nos entreprises et pour les salariés. Supprimer cet abattement revient à diminuer le salaire net des ouvriers et à augmenter l’assiette des cotisations, ce qui va venir percuter et réduire les allègements Fillon pour les salaires compris entre 1 et 1,6 SMIC. Autre exemple : la fin de la fiscalité réduite sur le gasoil non routier va également impacter directement le BTP. Nos sphères professionnelles sont en ébullition. Les discussions des prochains mois risquent d’être animées !

Dans ce panorama inquiétant, le BTP a quand même des raisons d’espérer ?

A.L. : Bien entendu car notre voix continue de se faire entendre. Suite à un lobbying très actif, la FFB a obtenu le dispositif De Normandie, sorte de dispositif Pinel dans l’ancien soutenant l’acquisition de logements anciens dans les 222 villes concernées par le plan action Cœur de Ville. De même, à l’initiative du Medef et de la FFB, Action Logement a décidé d’un plan d’investissement de 9 milliards d’euros pour répondre à la crise sociale du moment. Ce sont autant de signaux positifs pour les 4 608 entreprises du BTP en Côtes-d’Armor et leurs 14 000 actifs.

Arlette Labbé, présidente de la FFB 22.
Pour Arlette Labbé, présidente de la FFB 22, la disparition annoncée de l'abattement pour frais professionnels qui existe dans le bâtiment depuis 1931 serait « un véritable cataclysme pour nos entreprises et pour les salariés ». — Photo : Julien Uguet / Journal des entreprises

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