Côtes-d'Armor

Procédure collective

Après la résilience en 2022, le tribunal de commerce de Saint-Brieuc "inquiet" pour 2023

Par Matthieu Leman, le 30 novembre 2022

Les entreprises ont vécu une année 2022 globalement bonne, avec une progression du chiffre d’affaires et des investissements par rapport à 2019, selon le tribunal de commerce de Saint-Brieuc. Mais la flambée des coûts énergétiques et les difficultés de recrutement pourraient mettre en difficulté la locomotive de l’économie du département : l’agroalimentaire.

Gilles Henrio, président du tribunal de commerce de Saint-Brieuc, s’attend à une année économique 2023 plus difficile dans le département.
Gilles Henrio, président du tribunal de commerce de Saint-Brieuc, s’attend à une année économique 2023 plus difficile dans le département. — Photo : Matthieu Leman

Gilles Henrio, président du tribunal de commerce de Saint-Brieuc, qualifie l’année 2022 comme celle de la "résilience" pour les entreprises des Côtes-d'Armor. "Après la période surréaliste de la pandémie, où les entreprises n’avaient pas de chiffre d’affaires mais pas de charges non plus et pendant lesquelles elles ont été bien accompagnées par l’État et les banques, l’année 2022 a été bonne", analyse-t-il.

Pour illustrer ses propos, le président de la juridiction présente des chiffres qu’il compare à ceux de l’avant pandémie, en 2019. "À fin juillet, le chiffre d’affaires (des entreprises costarmoricaines, NDLR) déclaré est en augmentation de 16 %, contre 9,8 % en Bretagne. Même si ces chiffres ne sont pas corrigés par l’inflation, ils donnent une tendance."

Parmi les secteurs d’activité qui sur-performent dans le département, on note le bâtiment (+ 25,5 %), l’industrie (+ 22 %) et le commerce (+16,6 %). "L’agroalimentaire tire les bons résultats", reprend Gilles Henrio.

Loudéac et Lamballe en plein emploi

A fin juillet toujours, les investissements progressent de 13,23 % (13,22 % en Bretagne). Le taux de chômage s’établit à 6,3 %, mieux que la moyenne nationale (7,2 %) mais moins bien que la Bretagne (5,9 %). Un chiffre départemental qui cache de grandes disparités. "On sait que les secteurs de Loudéac et de Lamballe approchent le taux incompressible de 3 %."

Toujours en comparaison avec 2019 mais cette fois à fin octobre, le nombre de redressements judiciaires est en diminution de 29 % (37 contre 52) et celui des liquidations judiciaires en baisse de 19 % (118 contre 146). Des niveaux qui sont cependant en progression sur un an (16 liquidations en octobre 2022 contre 11 un an auparavant). "Nous assistons à une régularisation des procédures collectives. Les entreprises qui se trouvaient en difficulté avant la crise ne peuvent plus faire face à leurs charges et n’ont plus de possibilité de retournement", décrit Gilles Henrio Ces procédures ont permis de sauvegarder 296 emplois, selon les calculs du tribunal de commerce.

De son côté, le remboursement des prêts garantis par l’État (PGE) ne semble pas poser problème. "Il n’est pas constaté de difficulté à rembourser cet emprunt", assure Gilles Henrio. Pour rappel, 4 460 entreprises des Côtes-d’Armor en ont bénéficié pour un montant total de 589 millions d’euros, tandis que 14 000 bénéficiaient du fonds de solidarité pour un montant de 248 millions d’euros. Concernant le registre du commerce, 3 755 immatriculations ont été enregistrées contre 2 092 radiations.

L'agroalimentaire en souffrance

Si 2022 a été l’année de la résilience, Gilles Henrio qualifie 2023 d’année "de la complexité et des incertitudes". "Une diminution des carnets de commandes et une augmentation des délais de paiement sont régulièrement évoquées" parmi les dirigeants, relève le président. "Mais c’est surtout l’augmentation des tarifs de l’énergie qui cristallise les tensions car elle vient s’additionner à l’inflation, à l’augmentation des coûts des matériaux et à la difficulté de recruter."

Gilles Henrio souligne que les entreprises comptant jusqu’à 10 salariés et dont le chiffre d'affaires est inférieur à 2 millions d’euros, qui représentent "un tiers des entreprises du département", bénéficient du bouclier tarifaire mis en place par l’État.

Malgré cela, l’agroalimentaire pourrait se trouver en difficulté, ce qui "aurait un impact fort sur l’économie départementale". "Ce sont les entreprises dont l’activité implique une relation directe avec le consommateur final qui seront dans une probable difficulté car certains produits de consommation courante ne résisteront pas à l’augmentation du coût de la vie et à la baisse de la consommation. Incapables de répercuter les hausses dans le prix final du produit, les dirigeants seront dans l’obligation de réduire la voilure au détriment des investissements et des développements", prévient Gilles Henrio. Le Conseiller Départemental à la Sortie de Crise, guichet unique des mesures d’aides, et les mesures préventives du tribunal de commerce (mandat ad hoc et conciliation, qui sont en augmentation), "efficaces à 85 %", sont présents pour amortir ces difficultés.

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