Bordeaux

Informatique

Scandale des implants médicaux : le bordelais Ehtrace a une solution

Par Astrid Gouzik, le 16 janvier 2019

Depuis 2015, la start-up bordelaise Ehtrace (15 salariés, CA non-communiqué) développe une technologie de traçabilité mobile pour les dispositifs médicaux. En pleine affaire des "implant files" (scandale sanitaire mondial concernant plusieurs types d'implants médicaux), sa solution a de quoi séduire les établissements de santé.

Acte chirurgical.
Un décret européen de 2007 impose à tous les établissements de santé d'enregistrer les données de santé des dispositifs médicaux. — Photo : CC0

Fin 2018, la révélation d'un nouveau scandale sanitaire a fait trembler les fabricants de dispositifs médicaux. L'enquête internationale "Implant files" révélait l'insuffisance de la réglementation ainsi que la faiblesse des contrôles autour des implants et des prothèses. Le constat a pris d'autant plus d'épaisseur que, quelques jours plus tard, l'industriel américain Allergan perdait le marquage CE pour ses implants mammaires texturés et était sommé de procéder au rappel de ces derniers. 

Pendant ce temps, à Pessac (Gironde), dans les locaux de la start-up Ehtrace, le téléphone se mettait à sonner de façon inhabituelle. « Des futur patients nous appelaient pour savoir si les hôpitaux dans lesquels ils allaient bientôt être opérés étaient équipés de notre solution », raconte Laurent Olivier, cofondateur de la société en 2015.

Cibler les établissements de santé

Et pour cause : Ehtrace a développé scanDM, une technologie de traçabilité mobile pour dispositifs médicaux implantés et non-implantés. Son invention, brevetée, permet de lire et d'interpréter les codes-barres collés sur les boîtes des dispositifs médicaux. Sa cible ? Les établissements de santé, groupes de cliniques et groupements d’achats. 

En effet, depuis 2007, un décret européen impose à tous les établissements de santé d'enregistrer les données de santé des dispositifs médicaux et de fournir aux patients un document précisant quel dispositif a été implanté, le nom du fabricant et le numéro de lot. Pourtant une enquête du ministère de la Santé, en 2014, montrait que plus de 50 % des dossiers audités étaient erronés ou incomplets. « Plus de 68 % des patients ne disposent même pas de cette fiche de traçabilité », insiste Laurent Olivier. « Certains patients ne savent pas quel dispositif leur a été implanté. Cela devient encore plus problématique quand l'implant a été posé il y a plusieurs années. C'est hallucinant qu'aujourd'hui on soit capable de rappeler des voitures mais pas les patients dont l'implant aurait un défaut. »

Proposer une traçabilité globale

Dix-huit mois après le lancement de la commercialisation, 15 établissements de santé se sont équipés de la solution développée par Ehtrace. Il faut dire qu'elle revêt un autre intérêt non-négligeable. Le logiciel peut interpréter tous les codes-barres : fil de suture, compresse, etc. Elle permet donc de connaître assez précisément le coût global de chaque intervention. « Tous ces coûts n’étaient pas suivis. Notre logiciel permet d'établir une base de données, dont les établissements de santé peuvent se servir pour procéder à des améliorations d’usage et de coût à l’intervention », précise Laurent Olivier.

Les hôpitaux et les cliniques étant pris en étau entre la baisse des remboursements et la hausse des coûts des opérations, Ehtrace a habilement saisi cette opportunité d'étoffer son offre, pour passer de la traçabilité des implants à la traçabilité totale des interventions. Un argument de plus pour convaincre de potentiels clients.

Acte chirurgical.
Un décret européen de 2007 impose à tous les établissements de santé d'enregistrer les données de santé des dispositifs médicaux. — Photo : CC0