Financement

Pragma Industries : « J’ai collecté 2 millions d’euros sur Internet »

Par Cyrille Pitois, le 19 juillet 2018

Pierre Forté, dirigeant de Pragma Industries, qui fabrique à Biarritz des vélos à hydrogène, a choisi de délaisser les classiques fonds d’investissement pour préférer le financement participatif (ou crowdfunding). Il a réussi à collecter 2 millions d’euros, soit le double de la somme escomptée.

Photo : Cyrille Pitois

Pierre Forté et son équipe ont mis au point le premier vélo à assistance électrique à hydrogène. Mais pour développer ce produit innovant, il a fallu lever des fonds alors que la jeune société était au bord du gouffre.

Le virage stratégique s’est négocié en 2014. À l’époque, l’entreprise réalise 800 000 euros de chiffre d’affaires et s’est déjà fait un nom dans le tout petit milieu de la pile à hydrogène qui alimente les systèmes militaires. Cette année-là, elle met au point la pile rechargeable qui va équiper des vélos. « Nous avons choisi d’attaquer le secteur de la mobilité où la pile à hydrogène avait toute sa place. Sauf qu’il n’y avait pas encore de marché. »

Pierre Forté démarche des fonds d’investissement même des fonds d’investissement corporate, ces fonds mis à disposition par des grandes entreprises pour aider les plus petites. « Je parvenais à les convaincre de nous financer en leur présentant des tableaux Excel qui disaient ce qu’ils avaient envie de voir. Ce qu’ils visent c’est un retour sur investissement, même si les conditions sont très dures pour les actionnaires. » Une posture qui met le dirigeant basque mal à l’aise. Il finit même par refuser de signer avec un fonds d’investissement. « J’avais l’impression de me lancer dans un truc où je ne me reconnaissais pas. Même si refuser un financement, en accord avec son comité stratégique, reste un moment un peu difficile ». Retour à la case départ. Au même moment, le chiffre d’affaires s’érode à 480 000 euros en 2015, puis 280 000 euros en 2016.

900 investisseurs

Pierre Forté se rapproche de la plateforme de crowdfunding Wiseed. « Je l’ai choisie parce que c’est la principale en nombre d’inscrits. Mais c’est surtout elle qui a choisi Pragma ! » Car la plateforme, spécialisée dans le crowdequity, a son pôle d’experts qui sélectionne les dossiers : « Bilans, table de capitalisation, brevets… j’ai dû fournir un paquet de justificatifs. » Des éléments financiers, juridiques et techniques remis à la plateforme mais pas aux investisseurs. « Cependant, il faut bien calibrer les infos qu’on livre. Sur les 900 investisseurs, on ne peut pas exclure que certains tentent de faire de la veille technologique à pas cher, » se méfie Pierre Forté.

« Le financement participatif, c’est humainement enrichissant et très gratifiant. Nous partageons du financement, mais aussi de l’enthousiasme avec nos investisseurs particuliers. »

Il a toutefois joué le jeu de la transparence en répondant à plus de 600 questions, pendant trois à quatre mois. Mais l’état d’esprit de ces petits financeurs lui plaît bien au final : « Comme le fond d’investissement, l’investisseur particulier cherche un retour sur investissement. Mais il est aussi intéressé par le parcours de l’entrepreneur. Il fait le chèque avec son propre argent. Alors qu’il mette 1 000 ou 10 000 euros, il veut s’approprier notre produit. C’est humainement enrichissant et très gratifiant pour une petite boîte comme la nôtre. Les gens qui ont investi dans notre développement ne passent pas leur temps les yeux rivés sur nos compteurs. Ils ont envie d’échanges. Je ne manque jamais de leur dire qu’il y a un risque et qu’ils peuvent tout perdre. Mais quand je pars sur un salon à Tokyo, je les invite sur Facebook Live pour leur montrer comment se passe l’aventure. Nous partageons du financement, mais aussi de l’enthousiasme. »

Il lève cinq fois le montant espéré

L’échange a dû être à la hauteur, car le montant collecté a explosé les prévisions. Pragma attendait 400 000 euros via Wiseed et autant de la part d’un pôle de business angels. « Nous allons finalement atteindre 2 millions d’euros, » compte Pierre Forté. « Je m’estime très chanceux. J’ai aussi un produit, le vélo, qui plaît à tout le monde. » Le bilan du recours au financement participatif se solde donc par un gros plus, même s’il a fallu concéder près de 10 % des sommes collectées. « Une plateforme sérieuse coûte cher et exige des droits. C’est un nouveau partenaire qui a sa place au comité financier. »

Pour la prochaine levée de fonds, Pierre Forté n’exclut pas de revenir vers les fonds d’investissement. D’autant que la société a cette fois bien identifié son marché. Elle a engrangé 700 000 euros de commandes en 2017 et vise toujours la livraison en 2020 de 5 000 vélos (à 4 000 euros pièce) à des particuliers. Avec encore des projets de mutation industrielle : adapter l’autonomie et la souplesse de la pile à hydrogène à un triporteur, un scooter, un drone ou des outils médicaux… et surtout devenir équipementier pour d’autres marques de cycles. « Faire des vélos n’est pas notre métier », conclut Pierre Forté.

Photo : Cyrille Pitois