Bordeaux

Attractivité

LGV : Bordeaux sera-t-elle le terminus de la grande vitesse ?

Par Agnès Baritou et Yann Buanec, le 15 juin 2017

Bordeaux sera bientôt reliée à Paris par 2h de TGV. Alors que les Toulousains défendent vigoureusement le projet de ligne grande vitesse jusqu'à la Ville rose, élus et patrons bordelais jugent le projet séduisant, mais irréalisable financièrement.

Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Le 2 juillet, la mise en place de la LGV mettra Bordeaux à 2h04 de Paris. Les Toulousains grappilleront également des minutes pour se rendre dans la capitale, mais resteront tout de même à 4h19 de Paris. La 5e ville de France s'est vue promettre la LGV depuis des années, et le GPSO (Grand projet du Sud-Ouest), qui doit notamment relier Bordeaux à Toulouse en 1h, est annoncé pour 2024. Alors les Toulousains font comme si... Ils aménagent leur gare, réhabilitent le quartier de Matabiau... Ils font comme si la LGV allait arriver dans leur ville en 2024, pour nier une réalité : plus grand monde hors d'Occitanie ne croit en la faisabilité du projet. Le premier à avoir publiquement brisé le tabou a été Guillaume Pepy, président de la SNCF. En déclarant « Pour le moment (...), il n'y a pas de projet de ligne à grande vitesse au-delà de Bordeaux », il s'est attiré une volée de bois vert des élus toulousains. S'il jure depuis qu'il a été mal compris, il a eu le mérite d'ouvrir un débat : où trouver les 8,3 milliards d'euros nécessaires au GPSO ?

Faire de Bordeaux le « hub » du grand Sud-Ouest

À Bordeaux, pendant de nombreuses années, élus locaux et représentants patronaux ont défendu dans une quasi-unanimité le projet de LGV jusqu'à Toulouse. La solidarité avec l'autre grande capitale du Sud-Ouest jouait à plein, et surtout la volonté de faire de Bordeaux un « hub », au croisement de l'Espagne, de Toulouse et de Paris. Mais le consensus se fissure. Le député Gilles Savary, qui a beaucoup oeuvré à la réalisation de la LGV Tours-Bordeaux, est désormais un farouche opposant de la LGV Bordeaux-Toulouse. Celui-ci considère que le contexte a changé avec le succès du covoiturage et des bus Macron, l'endettement record de SNCF Réseau et les contraintes budgétaires de l'Etat comme des collectivités. Certes, on peut objecter que la présence du tracé sur sa circonscription influence ses prises de position. Mais personne, à ce jour, n'a trouvé de solution au financement de la LGV jusqu'à Toulouse.

Alain Rousset prisonnier de ses alliés EELV

Pour tenter de trouver une solution, une mission a été mise en place pour proposer un protocole de financement avec les collectivités. La copie devrait être rendue cet été. Virginie Calmels, vice-présidente de Bordeaux Métropole en charge de l'attractivité, ne voit pas émerger une solution miracle : « Il faut dire la vérité et reconnaître ses limites. Il n'y a pas l'argent pour réaliser une telle infrastructure ». La dauphine d'Alain Juppé à la mairie de Bordeaux n'est pas opposée à la LGV, et souhaite, comme lui, que le projet puisse voir le jour, mais elle refuse de faire semblant. D'autant plus que comme opposante au sein du conseil régional Nouvelle-Aquitaine, elle constate les difficultés du président Rousset à imposer ses vues : « Il ne présente pas le projet au vote car il sait qu'il n'aura pas de majorité pour le soutenir ». Ardent défenseur du GPSO, Alain Rousset paye aujourd'hui le prix de son alliance avec EELV, qui refuse qu'un euro du conseil régional soit investi dans cette infrastructure. Du côté du patronat régional, on refuse également de céder à l'utopie. Pour Jean-François Cledel, président de la CCI Nouvelle-Aquitaine, « la LGV vers Toulouse est souhaitable, mais au mieux en 2030, pour des raisons budgétaires. Il faut faire une pause dans ce type de projet et conforter le modèle actuel avant de passer au tronçon suivant ». Même le très diplomate Ceser Nouvelle-Aquitaine « s'interroge sur l'inscription de la LGV vers l'Espagne et Toulouse dans les priorités régionales. Dans un contexte budgétaire contraint, la priorité ne devrait-elle pas porter sur les transports du quotidien qui relèvent de sa pleine compétence ? ».

« Créer un immense bassin d'emploi dans le Sud-Ouest »

Si le projet de GPSO semble mal engagé, il trouve tout de même des supporters décidés à le défendre coûte que coûte. André Delpont, qui a quitté récemment Euratlantique, et qui publie un ouvrage sur la grande vitesse (1), considère que les partisans du projet doivent revoir leur communication. « Le GPSO passe pour un caprice de grands élus. Mais il serait utile de rappeler l'intérêt pour Bordeaux et Toulouse d'être reliés en une heure. Un temps de parcours aussi court permettra de créer un bassin d'emploi à l'échelle du Sud-Ouest. Nous avons besoin à Bordeaux et Toulouse de main-d'oeuvre qualifiée. Or cette main-d'oeuvre vit la plupart du temps en couple. La LGV permettrait aux salariés de chercher un travail dans l'autre grande métropole du Sud-Ouest. L'enjeu du GPSO est certes de mettre Toulouse à 3h10 de Paris, mais c'est surtout de rapprocher Bordeaux et Toulouse pour créer un immense bassin d'emploi dans le Sud-Ouest. C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut créer des pôles d'emploi et d'habitat à côté des gares ». Cet enjeu, Alain Rousset et Alain Juppé le défendent, en continuant d'affirmer que l'achèvement de la LGV jusqu'à Toulouse et l'Espagne demeure la première des priorités pour l'avenir. Mais aucun ne propose de solution pour le financement...

(1) " Bordeaux, business et grande vitesse ", d'André Delpont et Jean-Bernard Gilles, éditions Mollat

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