Nouvelle-Aquitaine

Industrie

Le grand chantier de la filière cosmétique

Par Astrid Gouzik, le 21 février 2018

Les travaux ont commencé en 2013 mais l’ouverture d’une antenne de la Cosmetic Valley à Bordeaux pourrait faire accélérer le grand chantier de structuration de la filière cosmétique. Elles sont une centaine en Nouvelle-Aquitaine, principalement des PME-ETI, et peinent parfois à exporter leurs produits. Le pôle de compétitivité entend offrir une meilleure visibilité à ces entreprises. 

Photo : D.R.

Il en est peu des secteurs industriels qui, à leur simple évocation, suggèrent la prospérité et les performances sensationnelles. En France, la cosmétique fait partie de ces exceptions, talonnant de près l’aéronautique. En 2017, la cosmétique tricolore a encore étincelé : un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros, 150 000 emplois sur le territoire et des exportations dépassant allègrement la barre des 13 milliards d’euros (en progression de 12% par rapport à 2016). Avec une balance commerciale positive de 10,5 milliards d’euros, qui augmente de près de 14%, elle reste l’un de nos moteurs à l’export. En meneurs d’allure, la région Centre-Val de Loire, berceau historique de cette industrie, l’Ile-de-France, la Picardie et Paca. En queue de peloton, la Nouvelle-Aquitaine fait triste mine.

En 2014, elle contribuait à moins de 0,7% des exportations françaises de ces produits (source Douanes).  Elle exhibe pourtant des forces indéniables… mais la filière peine à se structurer. « Alain Rousset, le président du Conseil régional, était convaincu de l’importance de structurer la filière », raconte Marc-Antoine Jamet, président de la Cosmetic Valley, justifiant du même coup la décision du pôle de compétitivité d’ouvrir sa deuxième antenne régionale à Bordeaux.  

Animation du territoire 

Depuis janvier 2018, un bureau a été ouvert à Bordeaux, dirigé par Nathalie Simonin. « Elle aura pour mission évidemment de recruter de nouveaux adhérents mais elle aura surtout un rôle d’animation du tissu économique local », déroule Marc-Antoine Jamet. Un écosystème composé d’une centaine d’entreprises, majoritairement de TPE-PME, représentant 1800 emplois et un chiffre d’affaires de 250 millions d’euros (selon une étude réalisée par la CCI Nouvelle-Aquitaine en mars 2016). « Nous mettrons tous ces acteurs en relation pour favoriser les projets transversaux et leur permettre de participer à des appels à projet », souligne Nathalie Simonin. Il s’agit surtout de les rendre plus performantes à l’export. « Nous les accompagnons sur les grands salons internationaux. On les conseille, on gère la logistique, surtout ces petites entreprises sont regroupées sous un même pavillon pour avoir davantage d’impact. On applique le concept du « chasser en meute » », insiste le président de la Cosmetic Valley.  

La première brique du chantier de structuration de la filière a consisté à trouver une identité à la Région. « Pour lui donner une visibilité, il faut mettre en avant son domaine d’excellence : les lipides », selon Marc-Antoine Jamet. Une force non négligeable puisque 70% des matières premières utilisées dans les émulsions cosmétiques sont des lipides. Une nuée d’entreprises s’est développée autour l’Iterg, Institut des Corps Gras, basé à Canejan, devenu la référence européenne pour la connaissance, l'analyse et la technologie des corps gras. C’est le cas du laboratoire Phenobio, à Saucats, qui produit une gamme d’huiles essentielles solubilisées dans l’eau ou encore de Perles en Gascogne, producteur et distributeur d’huile vierges rares. Ce savoir-faire de l’Iterg a naturellement structuré le tissu industriel davantage sur l’amont. L’expertise girondine en termes de sécurité et de performance est également reconnue. Cosderma, par exemple, évalue la tolérance et l’efficacité des produits cosmétiques. HPBio TECH, à Léognan, a développé un procédé de stérilisation d’actifs ou de produits cosmétiques.  

Peu positionnées sur l’aval 

Un point noir demeure : les entreprises régionales sont peu positionnées sur l’aval. Et les usines se font rares. Il y a bien le site de production du façonnier Fareva en Dordogne et l’usine du poids lourd de la cosmétique bio Léa Nature, en Charente-Maritime… mais on est encore loin du grouillement de la vallée de la Loire. Même le célèbre Caudalie ne fabrique pas ses produits sur ses terres girondines. Il a pourtant bâti toute son image sur les précieux grains de raisins qui y poussent. Restent quelques initiatives, relevant parfois plus de l’artisanat que de la grosse machine industrielle, mais elles valent le détour.

C’est le cas de la marque Soin de Soi, à Gradignan. De petit institut de beauté, créé il y a 18 ans, Nelly Pelissier et Marion Teulière en ont fait une marque qui grimpe, habilement positionnée sur un segment qui a le vent en poupe : la cosmétique naturelle et bio. « Au départ, nous utilisions des marques conventionnelles qui contenaient beaucoup de substances allergisantes. On a commencé à chercher des marques plus naturelles mais on ne trouvait pas ce qui nous convenait. On était exigeantes sur les garanties bio et il nous fallait une gamme cosmétique complète puisqu’on avait un spa. On a finalement décidé de créer notre marque en octobre 2015 », racontent-elles. Elles viennent de lancer une campagne de crowdfunding sur Ulule pour financer la construction de leur nouveau laboratoire et l’embauche de deux ingénieurs chimistes. Quant à savoir si elles envisagent de monter leur cadence de production : « on veut augmenter nos volumes bien sûr mais nous ne passerons jamais à des quantités industrielles. Nous ne le voulons pas d’ailleurs », garantit Nelly Pelissier. Peu importe la taille de la brique, c’est en les assemblant que l’on construit l’édifice !

Photo : D.R.

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