Gironde

Nautisme

Le chantier naval B2Marine mise sur de plus grands bateaux

Par Anne Cesbron, le 24 janvier 2019

En moyenne, deux bateaux sortent chaque semaine de l'usine du chantier naval B2Marine, à Latresne (Gironde). Ces voiliers et bateaux à moteur viennent grossir la flotte des 10 000 embarcations conçues depuis 1986. À la barre du chantier, Bernard Badets, qui a su résister à de bien fortes houles.

Bernard Badets, fondateur et président de B2Marine.
Bernard Badets, fondateur et président du chantier naval girondin B2Marine, a investi en 2018 dans une nouvelle unité de production pour atteindre la capacité d’un bateau sorti de chaîne toutes les six heures. — Photo : Anne Cesbron

Fin de journée de travail à l'usine. Mouleurs et stratifieurs ont quitté le navire. Demeurent des coques et des ponts en résines et fibre de verre en attente d'être assemblés. Un voilier et deux bateaux de plaisance, siglés Cap-Ferret, sont prêts pour les eaux de Porquerolles, d'Arcachon et du Lac Léman. Ils sortent du chantier naval B2Marine (1,5 M€ de CA, 15 salariés), fondé en 1986 par Bernard Badets à Latresne, au sud de Bordeaux, sur les rives de la Garonne.

Le dirigeant assure la visite, la passion est intacte. « J'ai passé ma jeunesse dans les barcasses, à tel point qu'en mai 68, alors que tout le lycée s'agitait, je préférais partir sur l'eau ». Le bachelier de 69 échoue en fac d'économie. Puis rejoint l'entreprise familiale de peintures au Bouscat. Le jeune homme y fait ses premières armes puis prend le large. Il croise le sillon d'Area, un fabricant de remorques porte-bateaux et deviendra associé. En 1986, Bernard Badets se jette à l'eau et crée B2Marine. Il rachète des moules pour confectionner ses premiers bateaux transportables et dépose la marque Cap Ferret. « Il me fallait alors sortir un bateau par semaine pour vivre, or la première année d'exercice nous en avons vendu 150 ! ».

Associé à un géant américain

« En 1991, la guerre du Golfe a fait trembler l'économie mondiale », évoque Bernard Badets. L'univers nautique voit alors les cartes se rebattre, les motoristes japonais Yamaha et Suzuki gonflent le torse, les marques américaines Mercury et Outboard Marine Corporation (OMC) Evinrude ripostent et achètent des chantiers pour vendre leurs moteurs. Une opération de ce genre à Arcachon alerte le constructeur. « J'ai contacté la filiale européenne de l'américain OMC et on s'est associés », se souvient-il. À la clé : la signature d'un contrat de 1 000 bateaux à livrer en cinq ans. Et un chiffre d'affaires qui gonfle à trois millions d'euros. « En 1995, le contrat ne fut pas renouvelé et, en 2000, la marque de moteurs Evinrude disparaissait ». Au même moment, les concurrents délocalisaient leurs chantiers en Pologne. Les années fastes s'effaçaient à l'horizon.

Le virage du luxe

Mais le vrai choc pour Bernard Badets fut celui de 2008. « Au salon nautique de Paris nous n'avons fait aucune vente de petits modèles, une clientèle avait disparu. En revanche, nous avons vendu les plus chers. » Il faut à B2Marine négocier ce virage au plus vite. Les bateaux de 7 mètres prennent le pas sur les 4 et 5 mètres. Les finitions, les équipements rognent les marges. En 2015, l'entreprise est placée en sauvegarde. La solution est apportée par la vente d'une partie du foncier.

L'entreprise se relance et investit en 2018 dans une nouvelle unité de production pour atteindre en 2020 la capacité d’un bateau sorti de chaîne toutes les six heures. Déjà, l'export frémit, avec des commandes de Suisse et de Nouvelle-Calédonie. L'objectif est désormais d'atteindre 30 % des ventes à l'international, contre 5 % ces dernières années. Prochain rendez-vous : le salon nautique du Grand Pavois, à La Rochelle. B2Marine y présentera son premier 8 mètres, témoin du nouveau segment commercial à conquérir pour l'entreprise.

Bernard Badets, fondateur et président de B2Marine.
Bernard Badets, fondateur et président du chantier naval girondin B2Marine, a investi en 2018 dans une nouvelle unité de production pour atteindre la capacité d’un bateau sorti de chaîne toutes les six heures. — Photo : Anne Cesbron

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