Gironde

Industrie

La fonderie Le Bélier s'appuie sur un partenaire chinois pour prendre le virage de l'électrique

Par Cyrille Pitois, le 12 mars 2020

Le Bélier, l’historique fonderie de pièces en aluminium pour l’automobile née à Vérac, en Gironde, va passer sous contrôle chinois courant 2020. L’OPA boursière par le groupe Wencan répond à une fin de règne de la famille Galland mais aussi au besoin d’évoluer vers le marché des véhicules hybrides et électriques.

Depuis près de trente ans, le groupe Le Bélier a déjà largement assuré son développement en se tournant vers l’international. 2020 sera une étape supplémentaire dans la mondialisation de cet acteur automobile.
Depuis près de trente ans, le groupe Le Bélier a déjà largement assuré son développement en se tournant vers l’international. 2020 sera une étape supplémentaire dans la mondialisation de cet acteur automobile. — Photo : DR

Le directeur général de Le Bélier, Philippe Dizier, 62 ans, ingénieur des mines, fort de 30 ans d’expérience, dans la sous-traitance automobile, est formel : « Sans ce rapprochement avec un partenaire, nous aurions dû préparer l’évolution vers le marché de la voiture électrique en installant une première machine de fonderie sous-pression sous vide dans le coin d’une usine et en faisant des essais pendant des mois. Nous n‘avions ni les procédés ni les technologies pour répondre aux enjeux de l’électrification du marché. »

Depuis près de trente ans, le groupe Le Bélier a déjà largement assuré son développement en se tournant vers l’international. 2020 sera une étape supplémentaire dans la mondialisation de cet acteur automobile. C’est le Chinois Wencan qui prendra les rênes à la fin du processus boursier engagée depuis décembre dernier.

« Partir seuls sur ce marché de la fonderie sous pression sous vide nous aurait fait courir des risques »

Le Bélier fournit en direct les constructeurs automobiles français PSA et Renault Nissan, l’allemand BMW ainsi que de nombreux équipementiers parmi lesquels Valeo, Bosch, Benteler ou ZF. Ses pièces en aluminium sont moulées et usinées pour les freins, les turbos ou les châssis des voitures. Les freins et les châssis équipent bien sûr, tous les véhicules et les turbos sont également nécessaires sous le capot des voitures hybrides. « La maîtrise de l’aluminium est un atout quand tous les constructeurs automobiles cherchent à gagner du poids sur ces nouveaux véhicules.  Partir seuls sur ce marché de la fonderie sous pression sous vide nous aurait fait courir des risques avec des savoir-faire trop compliqués à acquérir.»

L’expérience de l’industriel chinois Wencan sur ce segment va permettre à Le Bélier d’intégrer de nouvelles technologies dans ses usines. De quoi nourrir de futurs investissements et même la construction de nouvelles usines en Europe centrale, « dans des pays où notre capacité de production est compétitive », indique Philippe Dizier. Avec de conséquentes créations d’emplois dans la corbeille de mariage.

Complémentarité industrielle et géographique

Le rapprochement avec les Chinois n’est donc pas qu’une solution capitalistique face à une difficulté de succession aux commandes de l’entreprise. « Nous avons pris le temps de chercher un groupe qui avait la capacité technologique et déjà bien impliqué dans la partie électrique. Wencan n’est pas un concurrent, précise Philippe Dizier. C’est une entreprise tout à fait complémentaire qui a développé des technologies et des procédés différents. La voiture électrique pèse déjà 30 % de son activité, (Wencan a réalisé un chiffre d’affaires de 206 M€ en 2019, ndlr). Nous allons réunir une grande complémentarité de produits. Nos positions de leaders sur les différents marchés de la planète sont également complémentaires sur le plan géographique. »

Le Français et le Chinois partagent aussi une certaine histoire familiale. « C’est un groupe coté en Bourse avec une famille à sa tête, partie de rien il y a vingt ans. Industriellement, on se comprend bien. »

Autant d’ingrédients qui permettent à Philippe Dizier de rassurer à l’interne comme auprès des partenaires institutionnels de l’entreprise. Loin d’une fusion-absorption par un fonds de pension à la chasse à la rentabilité immédiate, ce rapprochement doit permettre à Le Bélier de rester une société et une marque à part entière. Wencan va se servir du Bélier comme plateforme mondiale pour répondre aux besoins du marché européen et nord-américain. « Compte tenu de son poids sur ces deux régions du monde, Le Bélier y restera forcément le leader, tandis que Wencan l’ aidera à se développer en Chine. » 

Philippe Dizier ne le cache pas : la perspective a pu susciter quelques inquiétudes préalables. « Il y a eu beaucoup d’échanges avec les équipes. Il a fallu démontrer que la société resterait indépendante et serait managée de façon autonome. Mais si le groupe reste performant, l’équipe Le Bélier continuera de gagner et d’assurer son avenir. »

Porté par la logique industrielle, le mariage avec Wencan « est une histoire industrielle cohérente et qui prend du sens. Tout le monde le comprend. Mais c’est à l’usage que la démonstration sera vérifiée. » L’autre hypothèse était le rachat d’un confrère. « Nous avons cherché dans cette direction sans trouver la capacité technologique qu’on attendait à un prix raisonnable », relate Philippe Dizier.

83 innovations en 2020

L’année 2020 doit permettre de renouer avec la progression de l’activité, après une année 2019 qui a connu un ralentissement du marché à hauteur de –5%. L’Allemagne a connu une moindre production automobile et la Chine s’est retrouvée au cœur des enjeux d’une guerre commerciale mondiale. « Globalement, le marché est incertain et le consommateur diffère sa décision faute d’y voir clair sur qu’il convient d’acheter : thermique, hybride ou électrique. » 

« Après dix années de croissance, l’abaissement du poids mort et des économies substantielles nous rendent plus robustes pour l’avenir. »

La performance économique de Le Bélier a pu être maintenue grâce à un plan d’économies engagé dès le premier semestre. « Nous avons mis en œuvre des mesures énergiques de réductions d’effectifs en Chine et en Europe centrale. Ce qui nous a permis de terminer l’année avec une trésorerie positive. Après dix années de croissance, l’abaissement du poids mort et des économies substantielles nous rendent plus robustes pour l’avenir. »

Les analystes prévoient un marché plat en 2020 pour l’automobile, mais au regard des nouveaux produit lancés par Le Bélier, c’est la croissance qui est prévue pour le groupe girondin. Il va mettre 83 nouvelles pièces sur le marché dont une vingtaine est différée de 2019. « Le début d’année est délicat avec les événements sanitaires en Chine, mais ça ne devrait pas durer trop longtemps. Nos usines chinoises vont subir un impact avec un décalage de quelques semaines. Mais les mesures prises permettent de rester confiants », rassure Philippe Dizier.

Reste à mener le processus de changement d’actionnaire dans les règles de l’art boursier. « Nous travaillons sur les autorisations chinoises, les règlements anti-trust en Europe et les autorisations françaises. » Les différents avis seront rendus d’ici à la fin du premier semestre. Une fois que la cession du bloc majoritaire sera effective, l’offre publique d’achat pourra être lancée pour l’acquisition des parts détenues par les actionnaires minoritaires.

Des différences pas si nombreuses 

Un virage stratégique et financier qui aura mobilisé beaucoup d’énergies. « Depuis le rachat d’une usine en Chine en 2014, nous avons appris à travailler avec les Chinois, » retrace Philippe Dizier. « Nous avons acquis les codes et appris à discuter avec des clients chinois. Cette culture mérite d’être connue et nous avons pratiqué la méthode de ceux qui cherchent à s’intégrer, à prendre le ton et à accepter les différences. Et au final, il n’y en a pas tant que ça : les préoccupations sont souvent proches. Quand on se développe à l’international, il faut s’intégrer aux cultures et adapter son modèle aux pays qui vous accueillent. » Une progression subtile, des approches délicates que le dirigeant a orchestrées sans dévier de ses convictions : « Ce qui compte quand on dirige un groupe, c’est cette volonté au fond de soi de travailler à la pérennité pour ce groupe et l’envie de faire ce qu’il faut pour y arriver, au bénéfice des actionnaires, mais aussi des clients et des salariés. »

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