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Interview Jean-Marc Epplin (Solinet) : « Nous, métiers de service, sommes oubliés alors que nous sommes partout »

Entretien avec Jean-Marc Epplin, gérant de Solinet

Propos recueillis par Yoan Denéchau - 09 juin 2020

Jean-Marc Epplin est gérant de l’entreprise de nettoyage Solinet, basée à Artigues-près-Bordeaux. Solinet étant spécialisée dans le nettoyage de locaux d’entreprises, l’activité a chuté pendant le confinement, avant de reprendre peu à peu fin mai. Le chef d’entreprise regrette le manque de reconnaissance du public vis-à-vis des métiers de service.

Jean-Marc Epplin, gérant de Solinet, à Artigues-Près-Bordeaux.
Jean-Marc Epplin, gérant de Solinet, à Artigues-Près-Bordeaux. — Photo : Solinet

Quelles répercussions à la crise sur votre entreprise Solinet (300 salariés et 5,6 M€ de CA) ?

Jean-Marc Epplin : Notre activité n’a pas explosé. Nous sommes spécialisés dans le nettoyage de locaux d’entreprises, et un grand nombre de nos clients ont fermé. Au plus fort de la crise, 50 % de nos salariés se sont retrouvés au chômage partiel ou en congé maladie pour garde d’enfants.

C’est une période très compliquée : il faut réorganiser tous les plannings. Encore aujourd’hui, beaucoup d’entreprises restent fermées, ce qui représente à peu près 5 % de notre clientèle, mais d’un autre côté, les crèches et les écoles ont rouvert rapidement, notamment pour les enfants du personnel soignant. Nous sommes très sollicités, mais cela ne comble pas nos pertes. Nous avons perdu 50 % de notre chiffre d’affaires pendant le confinement. Sur l’année, les pertes sont estimées à 10 % environ.

Vous évoquez une reprise « compliquée » pour Solinet, comment appréhendez-vous les semaines qui arrivent ?

Jean-Marc Epplin : On navigue à vue. En ce moment 10 % de l’entreprise n’est pas en activité. Nous approchons des congés d’été, une période déjà difficile en temps normal. Il faut recruter et remplacer celles et ceux qui partent en vacances, beaucoup de nos salariés sont en plus à temps partiel. Nous avons déjà des difficultés de recrutement hors Covid-19. Notre métier n’est malheureusement pas attractif et nous souffrons d’un énorme manque de reconnaissance.

Que voulez-vous dire ?

Jean-Marc Epplin : Les métiers de service ne sont pas ou peu valorisés, alors que nous faisons partie des métiers essentiels. Pendant le confinement, tout le monde parlait du personnel soignant et des salariés des EHPAD, ça me faisait bondir. Dans tous ces locaux, il y a du personnel de nettoyage, et sans lui, l’épidémie se serait propagée beaucoup plus rapidement. Nous sommes oubliés alors que nous sommes partout.

Ce sentiment est partagé par mes confrères : on reste dans l’ombre, personne ne se rend compte de ce qu’on fait, c’est la dure loi de notre profession. Dans la majorité des cas, les personnels de service qui s’occupent du nettoyage travaillent avant l’arrivée des salariés, ils ne croisent personne… C’est comme ça.

Qu'attendez-vous de l’État ?

Jean-Marc Epplin : Tout ce que je demande, c’est de la reconnaissance. Le confinement a été national. Solinet couvre toute la Nouvelle-Aquitaine, qui a été une région peu touchée par l’épidémie. Je ne saurais pas dire si généraliser le confinement a été une bonne ou une mauvaise chose, mais ce que je sais, c’est que même si Solinet a perdu 50 % de son chiffre pendant la crise sanitaire, nous avons peut-être sauvé des vies.

Jean-Marc Epplin, gérant de Solinet, à Artigues-Près-Bordeaux.
Jean-Marc Epplin, gérant de Solinet, à Artigues-Près-Bordeaux. — Photo : Solinet

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