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Interview Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles : « Le spatial est porteur des richesses économiques de demain »

Entretien avec Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, membre du bureau de la Communauté des Villes Ariane

Propos recueillis par Anne Cesbron - 12 juin 2019

Créée en 1998, la Communauté des Villes Ariane (CVA) regroupe quinze villes européennes et les entreprises industrielles parties prenantes du programme spatial européen. La présidence tournante de l'association sera confiée en 2020 à Bordeaux Métropole. Pour Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de la métropole et membre du bureau de la CVA depuis 2015, 2020 est une année qui va particulièrement compter pour la filière spatiale.

Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole et représentant de la Communauté des Villes Ariane.
Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole. Le représentant de la Communauté des Villes Ariane veut "bousculer les décideurs pour leur ouvrir les yeux sur les enjeux industriels et de souveraineté liés au secteur spatial". — Photo : DR

Le Journal des Entreprises : C’est la première fois en vingt ans d’existence que la présidence de la Communauté des Villes Ariane (CVA) est confiée à Bordeaux. Comment l’explique-t-on ?

Jacques Mangon : ll y a des années qui valent plus cher que d’autres. 2020 sera une année centrale au sein du mouvement des villes Ariane et dans l’espace européen avec le premier tir d’Ariane 6. Le fait que la candidature de Bordeaux Métropole ait été retenue pour la présidence de l’exercice 2020 est assez logique : 3 500 emplois des 9 000 que compte ArianeGroup sont ici (dont 2 500 à Saint-Médard-en-Jalles, NDLR), Thales c’est 2 700 emplois et bientôt autant pour Dassault. Autour de ces trois acteurs mondiaux, le nombre de sous-traitants économiques et d’emplois indirects constitue une grosse force de frappe sur le plan aéronautique et spatial.

En quoi cette présidence correspond-elle, selon vous, à une période charnière ?

J. M. : Il y a une vingtaine d’années, la CVA consistait plutôt en un club censé entretenir la flamme auprès de la jeunesse. Depuis, cette organisation a évolué pour devenir un lobby qui aide les décideurs à ouvrir les yeux. C’est urgent, le secteur spatial est à un tournant. Nous quittons un secteur spatial quasiment « en régie », porté par la commande publique, pour ce qu’il est convenu d’appeler le « new space », sous l’impulsion des Américains en particulier.

Cette arrivée massive du privé dans ce secteur est fondée sur le fait que le spatial n’est plus seulement un terrain de recherche ou de prospective industrielles. Il est porteur des richesses économiques de demain : Internet passera entièrement par le spatial, la conduite des engins autonomes sera totalement dépendante de la précision que pourra lui apporter le spatial, sans parler des enjeux militaires…

Face à cette concurrence américaine, comment l’Europe réagit-elle ?

J. M. : Jusqu’à présent, dans le spatial européen, le seul mot d’ordre était celui de la qualité. Ce n’était pas une logique de marché, mais une logique de présence qui gouvernait. Confronté à la concurrence américaine, notamment de l’entreprise Space X, soutenue massivement par l’État fédéral américain, il fallait qu'ArianeGroup réduise de moitié les coûts d’exploitation de chaque tir. 2020, avec le premier tir d’Ariane 6, va être l’année symbolique de l’adaptation du choix fait par l’Europe de s’inscrire dans l’acceptation de la concurrence et de la compétition. C’est une révolution dans le spatial européen, il faut continuer.

Comment cette présidence bordelaise s’inscrit dans ce changement de cap ?

J. M. : Les entreprises des secteurs spatial et aéronautique, historiquement très marquées « défense », ne sont pas habituées à rendre compréhensibles leurs activités par le grand public, à montrer le potentiel de compétitivité et de rayonnement qu’elles représentent. La CVA n’est pas un instrument d’investissement, c’est un instrument de communication autour de ces potentialités. Nos initiatives de mise en lumière comptent : pour qu’une revendication soit comprise et entendue des décideurs, il faut qu’elle soit légitime, soutenue dans la population. Aujourd’hui, aucun secteur économique ne peut se passer de cette adhésion.

Quels événements vont ponctuer cette année bordelaise ?

J. M. : Du 30 juin au 5 juillet, nous accueillons des lycées originaires des 'villes Ariane' pour des « vacances scientifiques » au sein du lycée Jehan Dupérier à Saint-Médard-en-Jalles. À l'été 2020, 200 étudiants seront reçus en séminaire d’été. Des conférences, temps de formation, des réunions avec les villes et industriels de la CVA, des visites de décideurs sont en cours de programmation. Un des temps forts sera la retransmission du premier tir d’Ariane 6 (pour l’heure prévue le 16 juillet 2020, NDLR), un moment pour faire prendre conscience à tous que des barrières sont franchies.

En novembre 2018, ArianeGroup confirmait une réduction de ses effectifs (2 300 postes concernés). Qu’en est-il pour les sites du Haillan et de Saint-Médard-en-Jalles ?

J. M. : Cette annonce a été faite dans un climat d’incertitude, à un moment où seule la France avait confirmé ses commandes pour trois vols. Depuis, selon l’Agence spatiale européenne, il y aurait 3 ou 4 clients institutionnels de plus. Or, le plan d’affaires prévoit 14 tirs par an, il en faut d’autres pour stabiliser le programme et espérer que le plan de réduction d’emplois soit revu à la baisse. À l’automne, des annonces quant aux orientations seront faites à Séville à l’occasion d’une conférence européenne. Quoi qu’il en soit, ici on ne craint pas vraiment de licenciements secs. Et d’ici là, le ciel peut s’éclaircir à nouveau !

Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole et représentant de la Communauté des Villes Ariane.
Jacques Mangon, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole. Le représentant de la Communauté des Villes Ariane veut "bousculer les décideurs pour leur ouvrir les yeux sur les enjeux industriels et de souveraineté liés au secteur spatial". — Photo : DR

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