Énergie

Hydrogène de France monte en pression 

Par Anne Cesbron, le 24 février 2020

Pari réussi pour Hydrogène de France (HDF), basée à Lormont, en Gironde. Le bureau d'études, spécialisé dans les solutions de stockage à grande échelle, massives, d'énergies renouvelables, annonce la création de son usine de piles à combustible de forte puissance. Ce développement industriel repose notamment sur un partenariat et un transfert technologique avec un leader mondial, le canadien Ballard Power Systems.

Hydrogène de France en Martinique.
Hydrogène de France a inauguré en décembre dernier en Martinique, une pile à combustible au sein de la Sara, la société anonyme de raffinerie des Antilles. — Photo : HDF

Un pied en Martinique, l’autre en Guyane, la tête à Bordeaux : Hydrogène de France se déploie, ainsi que l’avait ambitionné son équipe dirigeante, depuis la création de ce bureau d’études. À sa tête, Damien Havard, entrepreneur local, créateur entre autres, du salon professionnel Aquibat en 2006, revendu à Congrès et Exposition de Bordeaux.

Ce Parisien, arrivé à Bordeaux à l’âge de quatre ans, passé des bancs de la fac de philo à ceux d’une école de commerce, s’est tourné vers les énergies renouvelables, alors le photovoltaïque, pour créer un premier bureau d’études en 2010 : Immosun. C’est en décidant de s’orienter vers l’hydrogène, qu’il crée HDF (Hydrogène de France), deux ans plus tard. « Dès lors, l’objectif était d’aller vers le stockage massif des énergies renouvelables et de pallier l’intermittence, en utilisant l’hydrogène, pour monter des projets principalement destinés aux gestionnaires de réseaux », rappelle le dirigeant.

Dans le sillage du bus pallois

L’ambition du trentenaire d’alors a pu susciter quelques réactions intriguées, notamment dues à la taille de la structure - elle compte trois collaborateurs. Pourtant, Damien Havard fonce, d’abord en empruntant la voie ouverte en matière de mobilité. « Nous nous sommes intéressés à des sujets complémentaires, tels que la mobilité hydrogène. Nous avons, par exemple, été mandatés par l’Europe, dans le cadre du lancement du bus hydrogène en France. Nous avons ainsi conseillé la ville de Pau, au démarrage de cette démarche. Cette maturité technologique autour de la mobilité hydrogène qui arrivait m’a donné envie de pousser le sujet », se souvient Damien Havard.

Les années qui passent lui donnent raison. Les évolutions en termes d’industrialisation, de performances et de qualité se produisent partout à travers le monde, principalement en Asie, au Canada, en Europe.

L'hydrogène, une technologie mature

Pour l’entrepreneur, le puissant secteur de l’automobile investit dans ces technologies comme il l’a fait pour la batterie lithium, permettant à la mobilité hydrogène de devenir crédible et concrète : « Des véhicules sortent en petites séries chez des grands fabricants, des bus tournent dans des villes avec des nombres d’heures d’utilisation élevées. »

Dans ce contexte, la France tente de rattraper son retard. Devant elles, des champions asiatiques, américains et européens font la course en tête. Le canadien Ballard Power Systems, pionnier et leader de la pile à combustible, qui équipe 80 % des bus hydrogène en Europe, est de ceux-là. HDF (CA 2019 : 2,5 M€) va en faire un partenaire de poids pour l’accompagner sur ses projets industriels.

Cap sur les Antilles

Si les Outre-mer ont permis à HDF, via sa branche HDF Energy, d’inaugurer, en décembre 2019, un projet de près de 10 millions d’euros, portés à 40 % par l’Europe, au sein d’une raffinerie martiniquaise, c’est en Gironde, au Bec d’Ambès que HDF aurait pu installer sa première pile d’un megawatt (MW), génératrice d’énergie propre. « Nous n’avons pas trouvé d’accord avec la commission de régulation de l’énergie pour pouvoir revendre l’électricité », rappelle Damien Havard.

Le projet trouvera un débouché en 2015, à plus de 6 000 kilomètres de la pointe de l’Entre-deux-Mers. La société anonyme de raffinerie des Antilles (Sara) l’accueille au sein de ses infrastructures. Il s’agit, à l’instar de ce que prévoyait le projet girondin, de valoriser le surplus d’hydrogène non-valorisé, qui partait à la torchère. HDF est chef d’orchestre de ce projet baptisé Cleargen. Un investissement de plus de 9 millions d’euros pour intégrer, installer et exploiter une pile à combustible, fabriquée par Ballard, de 1 MW. « Nous pouvons dire que la pile que nous avons installée en Martinique est notre prototype industriel mis en œuvre sur un projet concret. C’est, par ailleurs, une première mondiale dans une raffinerie », se félicite le dirigeant.

Un modèle à dupliquer

Une autre prouesse ultramarine est au programme, après trois années de développement : en avril, HDF va lancer la construction d’une centrale qui va produire de l’électricité stable pendant 20 ans. La Centrale électrique de l’Ouest guyanais (CEOG) produira, dans deux ans, 10 MW le jour et 3 MW la nuit pour le réseau, en associant un parc photovoltaïque et un stockage massif d’énergie, de batteries lithium et de stockage hydrogène. « Il s’agit du plus grand projet mondial de stockage d’énergie renouvelable sur site. » Sur 80 hectares, à Mana, près de Saint-Laurent du Maroni, la centrale a été conçue sous la forme d’une société projet. Pour l’accompagner dans cet investissement de 100 millions d’euros, « sans subventions », HDF a ainsi fait entrer deux investisseurs au capital : le fonds français Méridiam, à hauteur de 60 %, et la Sara, 30 %, le bordelais restant actionnaire à 10 %.

Cette centrale, par sa taille notamment, constitue le standard qu’HDF souhaite désormais dupliquer dans une dizaine de pays, dont les futurs noms seront bientôt connus. La création de filiales et de sociétés projets a fait grandir Hydrogène de France, notamment en Indonésie et en Australie. « Des entreprises sont prêtes à les construire, en fournissant toutes les garanties de performances. Des investisseurs, des banques, sont prêtes à les financer. C’est le vrai sujet sur lequel nous sommes concentrés en termes de développement. C’est notre métier de base », déclare le PDG. Damien Havard prévoit un chiffre d’affaires de 7,5 millions d’euros en 2020.

Une usine bordelaise en 2022

Pour ce faire, et ainsi développer à travers le monde ses projets d’énergie renouvelable stable, dits « renewstable », via sa branche HDF Energy, l’entreprise monte en puissance. En décembre 2019, Hydrogène de France a ainsi annoncé qu’elle construirait son usine de piles. Une structure contrôlée à 100 % par le bordelais, qui s’autofinancera.

Sous la marque « HDF Industry », cette usine intégrera les cœurs de pile de la société canadienne Ballard. D’une capacité de 50 MW de production annuelle, elle sera la première au monde à fabriquer en série des PAC de forte puissance (supérieure à 1 MW) de technologie PEM (Proton Exchange Membrane). HDF Industry doit créer une centaine d’emplois localement et concentrera 70 % de la valeur ajoutée en France. Un foncier de 4 000 mètres carrés reste à trouver. « Nous serons nos premiers clients. Nos projets nous permettent d’ores et déjà, à eux seuls, de faire tourner l’usine pendant un an et nos perspectives commerciales sont formidables : c’est la fin de l’intermittence des énergies renouvelables ! »

Hydrogène de France en Martinique.
Hydrogène de France a inauguré en décembre dernier en Martinique, une pile à combustible au sein de la Sara, la société anonyme de raffinerie des Antilles. — Photo : HDF

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