Gironde

Agroalimentaire

Fermentalg : PME innovante cherche rentabilité

Par Astrid Gouzik, le 11 avril 2018

La biotech girondine Fermentalg, spécialisée dans la production de microalgues pour la nutrition et la santé, se met en ordre de marche pour atteindre la rentabilité. Première étape : la commercialisation de ses produits dès cette année. Philippe Lavielle, son PDG, nous a expliqué comment il resserre la stratégie de l'entreprise. 

La plateforme technologique de Fermentalg permet des productions en quantités limitées. Pour les plus gros volumes, un contrat d'industrialisation a été signé avec ARD en 2016. — Photo : Astrid Gouzik/JDE

Un jour de grand soleil (et ils sont rares ces derniers mois), dans une ruelle libournaise longée par l'Isle, les façades métallisées de l'unité de production sont rutilantes. Rien à envier à une usine du futur dernier cri. Pourtant le bâtiment érigé par l'ancien patron de Fermentalg est une coquille vide, aménagée mais pas équipée.

« C'est une question que l'on me pose souvent. Je mettrai cette usine en route le jour où les volumes de production le justifieront et où j'aurai de la visibilité sur ces volumes », garantit Philippe Lavielle, PDG de la PME girondine. Patience et prudence résonnent, en creux, comme un leitmotiv. L'entreprise semble avoir tiré les leçons du passé. Et le nouveau patron, nommé fin 2016 après que le fondateur Pierre Calleja a démissionné, n'y est pas étranger. 

Recentrage stratégique

Dans ses locaux libournais, Fermentalg a deux activités principales : elle collecte et caractérise des souches de microalgues pour enrichir sa « souchothèque », puis sa chaîne de montage biotechnologique lui permet de produire ces microalgues. A sa création, en 2009, ses ambitions étaient variées : des huiles pour l'alimentation au biofuel en passant par les actifs cosmétiques... La PME tirait tous azimuts ! « Nous avons resserré la stratégie sur le marché de la nutrisanté. Nous avons sélectionné uniquement les programmes qui avaient un intérêt connu et réel », détaille Philippe Lavielle. Exit le biofuel et les programmes accessoires, l'entreprise se concentre sur les projets qui pourront, un jour, rapporter du cash ! Car l'entreprise est cotée sur Euronext et les investisseurs commencent à trépigner d'impatience. « L'objectif de mon mandat est clair : utiliser notre plateforme technologique pour commercialiser une gamme de produits... et créer de la valeur », raconte Philippe Lavielle. A demi-mot, le dirigeant lâche que Fermentalg devrait croiser le chemin de la rentabilité dans le courant de l'année 2020 mais ne souhaite pas s'engager fermement sur un calendrier.

Accords de distribution

Pour atteindre la rentabilité, la biotech doit commercialiser ses produits, et ce dès cette année. Elle commencera par DHA Origins, une gamme d'huile algale riche en oméga 3, un acide gras polyinsaturé essentiel au bon développement des cellules. Et c'est en bon chemin. Le mois dernier, les produits DHA Origins ont obtenu le statut « Generally Recognized As Safe » (GRAS) délivré par un panel d’experts américains. Cela permet leur commercialisation dans les applications dédiées à la nutrition humaine et à l’alimentation infantile. Un accord de distribution aux Etats-Unis et au Canada a été conclu avec la société Stauber. La deuxième gamme de produits concerne les pigments naturels pour l'alimentation, toujours issus des microalgues. En octobre, Fermentalg s'est adossé au japonais DIC Corporation pour développer deux pigments. Dans le même temps, le chimiste nippon a souscrit à une émission d'obligations convertibles en actions d'un montant nominal total de 5 millions d'euros.

Trois gammes de produits sur le marché en 2020

Troisième et dernier projet, le Girondin planche sur des protéines algales. Les pigments, tout comme les protéines, devraient arriver sur le marché en 2019 et 2020. « Ces produits innovants répondent aux grandes tendances de fond qui transforment le marché de l’agroalimentaire : le besoin croissant de naturalité - moins de synthétique dans nos aliments -, l’alliance de plus en plus étroite entre nutrition et santé - se soigner en mangeant - et le respect croissant de l’environnement - pas d’OGM ni d’exploitation trop intensive des ressources naturelles », assène Philippe Lavielle. 

« L'incubation a été longue pour Fermentalg. Nous venons d'appuyer sur l'accélérateur », rassure le PDG, ancien dirigeant de la biotech Genencor. Quant à fournir des objectifs de vente chiffrés pour ses produits, il n'en démordra pas : « Quand nous aurons un degré de maturité plus avancé, nous pourrons faire des projections. Pas pour le moment. Je suis confiant dans l'avenir industriel de notre entreprise mais chaque chose en son temps ». Pour l'exercice 2017, l'entreprise affichait une perte de 7 millions d'euros mais réussissait à renforcer significativement sa trésorerie (21,8 millions d'euros). De quoi mettre en œuvre sa stratégie industrielle et commerciale et s'assurer la confiance des marchés : sur un an, le titre Fermentalg a gagné 20 %. « Patience et longueur de temps », enseigne la morale de la fable...

La plateforme technologique de Fermentalg permet des productions en quantités limitées. Pour les plus gros volumes, un contrat d'industrialisation a été signé avec ARD en 2016. — Photo : Astrid Gouzik/JDE

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