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Enquête En Gironde, la filière biotech commence à se structurer

Par Astrid Gouzik, le 07 juin 2019

Sur toute la chaine de valeur des biotechs, des laboratoires de recherche aux entreprises matures en passant par quelques start-up prometteuses, des acteurs sont bien positionnés. Premiers signes d’une filière qui se structure en Gironde. 

Pour continuer à se développer, les biotechs girondines ont besoin de laboratoires équipés de matériel souvent trop coûteux pour ces jeunes structures. — Photo : D.R.

Des bruissements, un frémissement… certes, nous sommes encore loin du bouillonnement francilien ou lyonnais, mais les principaux ingrédients sont là. Sur les 1 500 biotechs recensées par l’association France Biotech dans tout le pays, des pépites sont tapies dans l’ombre des paillasses girondines. D’autres se font progressivement une place sous les projecteurs, à l’instar de la bordelaise LNC Therapeutics (12 salariés, chiffre d'affaires non communiqué), qui a opéré début 2018 un habile recentrage stratégique.

LNC Therapeutics, le chef de file

Fondée en 2010, l’entreprise développait initialement des produits de nutrition pour faciliter la perte de poids. Quelques années de R & D plus tard, la start-up entrevoit tout le potentiel du microbiote intestinal (l’ensemble des micro-organismes localisés dans l’intestin grêle et le colon) et décide de se focaliser sur le développement de médicaments pour combattre l’obésité. Huit ans après sa création, LNC Therapeutics devient une biotech et recrute un PDG aguerri aux problématiques du secteur : Georges Rawadi a fait ses armes chez Celyad et Cellectis. En mars 2019, la jeune entreprise a décroché un brevet mondial portant sur les applications thérapeutiques de la bactérie Christensenella. La délivrance d’un "sésame" par l’office des brevets américain sur les applications thérapeutiques de ce groupe de bactéries intestinales est une première mondiale. « Cela nous confère une position de leader dans cette bactérie et ses applications », fait valoir Georges Rawadi.

Désormais, l’objectif est de démarrer, mi-2020, une première étude pour traiter l’obésité chez l’homme. L’autre programme en cours permettra de comprendre les mécanismes d’action de Christensenella afin de découvrir des applications pour d’autres pathologies. Pour mener à bien ces deux programmes, les besoins de LNC Therapeutics ont évolué. En juin, la jeune pousse va inaugurer ses propres laboratoires de R & D au sein de la plateforme technologique d’innovation biomédicale (PTIB) de Pessac. « Nous allons recruter une équipe de R & D d'environ 5 personnes pour nos laboratoires sur place », précise Georges Rawadi.

« Quand s’est posée la question d’installer notre propre R & D, nous avons évidemment pensé à Paris. Mais la Région Nouvelle-Aquitaine s’est mobilisée pour nous trouver les laboratoires adaptés. Et pour nous il y a un véritable intérêt de rester dans la métropole bordelaise, où nous pourrions devenir un 'vaisseau amiral' du territoire, plutôt que d’aller dans une région hypercompétitive où nous aurions du mal à nous démarquer », analyse Georges Rawadi.

La nécessité de locaux et équipements adaptés

Mais en Gironde, les mètres carrés de laboratoires sont rares. Le constat est partagé par Poietis (35 salariés, 340 000 € de CA en 2018), une autre biotech girondine spécialisée dans le développement et la fabrication de tissus humains par bio-impression 4D assistée par laser. « L’immobilier est un véritable sujet de préoccupation pour nous en termes de croissance. Nous l'avons fait remonter à la Région et à Bpifrance. Pour devenir une PME, on a forcément besoin d’espace et d’installations ad hoc. Il faut anticiper ces besoins-là », insiste ainsi Bruno Brisson, cofondateur et directeur général de Poietis. La biotech est aujourd’hui installée au cœur du Bioparc de Pessac, le parc d’activités dédié aux entreprises spécialisées dans les technologies du vivant. « Nous disposons de 1 200 m2, c'est assez pour cette année. Ensuite, cela dépendra de notre croissance. Nous commençons à réfléchir de manière assez sérieuse à la solution la plus adaptée pour la suite : location, construction… », commente Bruno Brisson.

Un peu plus au sud du département, à Martillac, des projets sont en cours pour accompagner aussi les porteurs de projet en phase d’amorçage. Au sein de la technopole Bordeaux Montesquieu, une plateforme technologique dédiée à la biotech devrait voir le jour à la rentrée 2019. « Nous avons rencontré des porteurs de projet et des entreprises pour évaluer leurs besoins en matériel qui pourrait être mutualisé. L’investissement prévisionnel pour ce matériel s’élève à 250 000 euros », informe Hasina Ravononarimanga, responsable de service innovation et transfert de technologies pour la technopole. Un projet de nouveau bâtiment est également dans les cartons : « Nous pourrions y transférer toute notre activité économique d’ici à 2021 et nous disposerions d’un ensemble de laboratoires dont des salles blanches, sous forme de pépinières », commente-t-elle.

La "vitrine" Merck Biodevelopment

Dès cet été, la technopole accueillera également l’allemand Weiss Technik, spécialiste de la simulation environnementale. L’entreprise et ses 100 salariés quitteront leurs locaux de Saint-Médard-d’Eyrans pour un bâtiment flambant neuf de 9 000 m2, et un investissement total d’1,1 million d’euros. Mais c’est un autre allemand qui fait figure de vitrine pour la technopole et sa centaine d’entreprises : Merck Biodevelopment (ex-Sorebio, puis Serono), qui est à l’origine de la création de la technopole en 1989. « Certains porteurs de projet que nous prospectons sont motivés par la proximité de Merck », reconnaît Hasina Ravononarimanga.

Merck Biodevelopment, filiale du laboratoire pharmaceutique allemand, et ses 300 salariés produisent pour des biotechs réparties dans le monde entier depuis leur site girondin. « Localement, nous avons tout ce qu’il faut pour développer la filière sur le territoire : un savoir-faire universitaire à la française et des laboratoires. Une structure comme l’École nationale supérieure de technologie des biomolécules de Bordeaux (ENSTBB) forme des ingénieurs avec une véritable qualité de travail. Nous avons plutôt tendance à exporter notre savoir-faire du site de Martillac vers nos autres sites à travers le monde que l’inverse », avance Sébastien Ribault, président de Merck Biodevelopment.

Attirer les investisseurs

Pour ces biotechs qui peuvent mettre une décennie avant de dégager du chiffre d’affaires, la recherche d’argent frais est le nerf de la guerre. Et la nouvelle dynamique bordelaise attire des investisseurs solides. C’est le cas notamment de Seventure Partners, l’un des leaders européens du capital-risque, spécialisé dans les sciences de la vie. Cette filiale de Natixis est d’ailleurs l’investisseur principal de LNC Therapeutics. « La région bordelaise est très dynamique pour les biotechs, avec de plus en plus d’évènements régionaux d’envergure internationale qui facilitent les rencontres entre start-up et investisseurs. L’implantation des sociétés dans la région y est simple et facilitée. La proximité de Paris grâce au TGV permet à de nombreux consultants de s’y relocaliser », commente Isabelle de Crémoux, présidente du directoire de Seventure Partners.

« Sur un an, la recherche de fonds peut représenter entre 40 et 50 % de mon activité », quantifie Georges Rawadi. Et le dirigeant a de quoi faire puisque LNC Therapeutics cherche à boucler un nouveau tour de table afin d’assurer son financement jusqu’à la fin 2020 !

Pour continuer à se développer, les biotechs girondines ont besoin de laboratoires équipés de matériel souvent trop coûteux pour ces jeunes structures. — Photo : D.R.

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