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Témoignage Coronavirus - Château Lanessan : « Le coronavirus vient tout faire exploser dans la viticulture »

Par Yoan Denéchau, le 27 mars 2020

Alors que l’épidémie de coronavirus balaye la France, Paz Espejo, directrice du Château Lanessan dans le Médoc, évoque la période difficile que traverse son secteur d’activité, « le vin n’étant pas considéré comme un produit de première nécessité ».

Le Château Lanessan, à Cussac, en Gironde
Pour Paz Espejo, directrice du Château Lanessan, dans le Médoc, « c’est le chaos, nous ne pouvons plus nous projeter. On gère au jour le jour et on essaie de survivre ». — Photo : DR

« C’est la circonstance de trop », pour Paz Espejo, directrice du Château Lanessan (29 salariés et 3 M€ de CA), dans le Médoc. Depuis plusieurs mois déjà, le monde de la viticulture subit de nombreux aléas : épisodes de gel successifs, répercussion de l’actualité internationale avec la taxe américaine sur les vins français, ce à quoi s’est ajoutée la baisse des ventes en Chine.

« Le coronavirus vient tout faire exploser, ajoute Paz Espejo. Aujourd’hui, c’est le chaos, nous ne pouvons plus nous projeter. On gère au jour le jour et on essaie de survivre ». En effet, contrairement à de nombreux produits de l’agriculture, « le vin n’est pas de première nécessité, tandis que nous avons besoin des agriculteurs pour vivre », reconnaît Paz Espejo.

L’Espagnole, d’ordinaire optimiste, reste circonspecte face à la situation. « Nous avons déjà traversé des crises par le passé, affirme-t-elle, mais là, notre futur dépendra vraiment du comportement des consommateurs ». Paz Espejo reprend un mot prononcé par le président de la République, lors de son discours à Mulhouse : la résilience. Pour la directrice du Château Lanessan, « la viticulture est un monde de résilience, elle a toujours su s’adapter. Dans une situation comme celle-ci, il faut lever la tête et se battre, plutôt que de subir et s’enfermer ». Peut-être que l’après Covid-19 sera un moment où les viticulteurs commercialiseront autrement ? Une évidence pour Paz Espejo, « même si, dans ces adaptations, certains seront laissés sur le carreau, faute de moyens ».

Le négoce à la peine, mais prêt à repartir

Dans les vignobles du Médoc, les viticulteurs sont dépendants du négoce, un phare pour certains, dont Paz Espejo. « Dans des situations pareilles, où vous n’avez aucune visibilité pour l’avenir, si le négoce est à la peine, nous nous effondrons, c’est ça qui fait peur », confie-t-elle. En effet, depuis plusieurs mois, le négoce souffre de la situation à l'international, notamment en Chine, même si les ventes commencent à reprendre. « En Chine, la situation commence à se débloquer. Certains clients reprennent les commandes. C’est marginal, mais c’est un signe que ça va mieux là-bas ».

Pour ce qui est du marché américain, « il reste dynamique pour une exploitation comme Lanessan, affirme Paz Espejo. Les consommateurs là-bas sont de plus en plus connaisseurs, c’est ce qui fait que les ventes vont repartir, tout dépendra de l’état dans lequel sera l’économie après la crise ».

« La crise sanitaire est une leçon pour tous »

Au Château Lanessan, la situation est quasi-normale malgré le confinement. Seul le personnel administratif est en télétravail ou au chômage partiel, mais dans les parcelles, pas grand-chose n’a changé. « La vigne n’attend pas. Nous allons entrer dans une période très inquiétante pour nous au niveau du gel. Nous respectons bien évidemment les mesures sanitaires mais il faut à tout prix protéger la récolte 2020 », admet Paz Espejo. L’impact de la crise sanitaire pour la propriété s’avère économique plutôt qu’humain. En effet, Lanessan a dû annuler les Primeurs – sorte d’avant-première du dernier millésime –, au grand dam de Paz Espejo. « La campagne des Primeurs est très importante pour beaucoup de viticulteurs. C’est une bonne partie de notre trésorerie annuelle. Le millésime 2019 est magnifique. Il ne peut pas être mort-né ».

Au Château Lanessan, la stratégie est avant tout de protéger la récolte à venir et de rassurer les négociants. « Même si nous sommes moins nombreux, il faut faire plus : être réactif, faciliter encore plus le flux d’information ». Pour Paz Espejo, la crise est une leçon pour tous. « La situation nous apprend à vivre autrement. Nous sommes tous très liés, au-delà de la mondialisation. Les efforts de l’un se voient sur l’autre et inversement. Nous nous aidons les uns les autres ».

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