Gironde

Agriculture

Comment Les Nouvelles Fermes cultive son modèle de "ferme aquaponique"

Par Astrid Gouzik, le 07 mai 2021

Cinq jeunes entrepreneurs développent en Gironde un modèle de fermes urbaines aquaponiques. Après une première expérimentation à Lormont, Les Nouvelles Fermes a levé 2 millions d’euros pour ouvrir une seconde structure à Mérignac.

Thomas Boisserie a cofondé l’entreprise Les Nouvelles Fermes avec quatre associés.
Thomas Boisserie a cofondé l’entreprise Les Nouvelles Fermes avec quatre associés. — Photo : Astrid Gouzik

C’est l’histoire de Pauline, une petite ferme urbaine "expérimentale", qui s’écrit à quelques pas du centre-ville de Bordeaux, nichée entre les chantiers du quartier Brazza et le bas Lormont. Depuis 2019, les cinq jeunes fondateurs de cette étonnante structure et leurs trois salariés font cohabiter sous une serre de 1 000 mpousses de salades et truites arc-en-ciel. Le credo des Nouvelles Fermes : la culture en aquaponie pour promouvoir une agriculture durable et rapprocher les producteurs des lieux de consommation. L’aquaponie est un système en circuit fermé qui unit la culture des plantes et l’élevage des poissons. Chez Pauline, les plants de fruits et légumes sont intégrés à des tapis en mousse, flottant sur des bassins alimentés par l’eau des aquariums où sont élevés les poissons dont les déjections servent d’engrais. Ainsi cinq kilos de produits frais sortent quotidiennement de cette serre froide, cultivés sans aucun produit chimique.

"Nous allons devenir rentables en 2021 sur cette ferme", se réjouit Thomas Boisserie, cofondateur des Nouvelles Fermes. "Nous avons commis pas mal d’erreurs depuis le lancement, on faisait notre apprentissage". Maintenant que les apprentis fermiers ont appris de leurs erreurs, place à Odette ! Une seconde ferme aquaponique de 5 000 m2 qui emploiera 17 personnes et commencera à sortir de terre à Mérignac au mois de septembre 2021, pour une première récolte prévue au premier trimestre 2022. La production sera ensuite répartie entre les grandes et moyennes surfaces alentour, les restaurants, la vente directe ainsi que des réseaux tels que La Ruche qui dit oui. L’entreprise est également en discussion avec le département de la Gironde pour la restauration scolaire collective.

100 fermes en 10 ans

Pour financer leur second projet, Les Nouvelles Fermes a levé 2 millions d’euros auprès du fonds d’investissement régional IRDI Capital Investissement, de business angels, ainsi que de la Banque des Territoires, du Crédit Agricole Aquitaine et du CIC. Un premier tour de table mené avec l’appui de l’Agence de Développement et d’Innovation de Nouvelle-Aquitaine (ADI).

Cette fois, les dirigeants ont vu plus grand, pour réaliser des économies d’échelle plus significatives et atteindre la rentabilité plus rapidement. "Odette sera notre prototype, on pourra ensuite le répliquer. Notre objectif serait d’ouvrir 100 fermes en 10 ans", glisse le dirigeant. "Dans un premier temps, en nom propre". En creux se dessine le business model des Nouvelles Fermes : vendre leur concept de ferme urbaine aquaponique une fois qu’ils l’auront largement éprouvé. Il faut dire que Thomas Boisserie n’en est pas à son coup d’essai. Le jeune Girondin est également à l’origine de la start-up Loisirs Enchères. "J’en avais un peu fait le tour, j’avais envie d’autre chose", raconte-t-il. Il embarque alors avec lui trois anciens salariés de la start-up qui deviennent ses associés pour les Nouvelles Fermes : Laura Gaury, Clément Follin-Arbelet et Paul Morel. Ils sont aussitôt rejoints par Édouard Wautier, ancien directeur général de la start-up bordelaise Jestocke.com.

Réunir de la donnée

L’autre axe de développement de l’entreprise se cache dans les données générées par leur activité. "Il y a très peu de capitalisation scientifique sur ce genre de culture", raconte Thomas Boisserie. Par exemple, aucun semencier ne fabrique de graines spécifiquement pour l’aquaponie. Pour Pauline, 250 graines ont été testées, seules 30 ont finalement été retenues pour être cultivées. Sur les 2 millions d’euros levés, 1,2 million sera dédié à la construction d’Odette et 800 000 euros seront destinés à la recherche et au développement. "Nous avons même un comité scientifique et technique avec des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique", précise le dirigeant. Un partenariat stratégique a par ailleurs été conclu avec la société Orange afin de développer le modèle technologique qui sera déployé dans ses futures fermes.

D’ici quelques mois, la ferme mérignacaise produira des fruits et légumes frais, ainsi qu’un beau bouquet de données qui permettra de valider le modèle d’exploitation afin de le reproduire à proximité immédiate des grands centres urbains de France et d’Europe. L’une des clés de ce modèle reste évidemment de mettre la main sur un foncier délaissé, à un prix raisonnable. Pour Odette, les Nouvelles Fermes a acheté une parcelle située entre la rocade et l’aéroport. Le poste d’Édouard Wautier, l’un des associés, est d’ailleurs consacré à la recherche de foncier.

Thomas Boisserie a cofondé l’entreprise Les Nouvelles Fermes avec quatre associés.
Thomas Boisserie a cofondé l’entreprise Les Nouvelles Fermes avec quatre associés. — Photo : Astrid Gouzik

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