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Sport

Interview Rossignol : « Nous ne lâchons pas les sports d'hiver mais nous explorons d’autres secteurs »

Entretien avec Bruno Cercley, PDG du groupe Rossignol

Propos recueillis par Déborah Berthier - 29 septembre 2020

Le groupe Rossignol a annoncé la suppression de 92 postes en Haute-Savoie et en Isère, soit la moitié de l'effectif. Ce redimensionnement de l’activité ski doit s’accompagner d’un recentrage sur le textile et le vélo électrique, en forte croissance, explique le PDG du groupe Bruno Cercley.

Bruno Cercley, PDG du groupe Rossignol
Depuis une trentaine d'années, les ventes de skis ont chuté de moitié au profit de la location, estime Bruno Cercley, PDG du groupe Rossignol. — Photo : © Rossignol

Le groupe Rossignol (CA 2019 : 370 M€ / 1 310 salariés) a annoncé le 22 septembre la suppression de 92 postes. Ces licenciements sont-ils le résultat de la crise sanitaire ou d’une baisse structurelle de votre activité ?

Bruno Cercley : Avec le Covid, nos commandes ont chuté de 20 à 25 % et nous avons peu de visibilité. Mais, dans tous les cas, ce redimensionnement de l’activité ski était nécessaire : notre métier de base, la construction de skis, évolue. Malgré une pratique stable ces trente dernières années (en moyenne 350 millions de journées skiées par an dans le monde), les ventes de skis ont chuté de moitié, au profit de la location. Cela va dans le sens de l’histoire de louer plutôt que d’acheter. Mais cela nous oblige à nous réorganiser. Nous pensons que les suppressions de postes annoncées seront suffisantes. Si les stations étaient amenées à fermer cet hiver pour raisons sanitaires, la situation serait peut-être différente. Nous préférons ne pas réagir trop vite, rester calme et faire le dos rond.

Allez-vous accélérer votre diversification sur les quatre saisons ?

B.C. : Les équipements de sports d’hiver représentent 70 % de notre chiffre d'affaires. Nous ne lâcherons rien mais nous explorons d’autres secteurs. Notre activité textile, notamment, lancée il y a six ans, grimpe vite et enregistre un chiffre d'affaires de 60 M€. Nous proposons une gamme de vêtements, à porter toute l’année, avec un fort degré de technicité. Sur les activités outdoor (extérieures, NDLR), le vélo électrique se développe très bien. Nous avons doublé notre chiffre d'affaires sur l'outdoor par rapport à l’an dernier.

Alors que vous défendez une fabrication en France et en Europe de l’Ouest pour les skis, vos vélos sont entièrement fabriqués en Asie. Pour quelle raison ?

B.C. : C’est là-bas que se trouve l’expertise. Et les coûts de production sont bien moins élevés. Cela dit, nous réfléchissons à réimplanter le montage dans la zone de distribution. Cela permettrait de différencier et personnaliser les produits au dernier moment et d’optimiser les coûts de stockage.

La marque de vélos haut de gamme Time, qui devait être vendue cet été est annulée. Pour quelle raison ?

B.C. : Le dirigeant François Gers n’a pas réussi à réunir son financement et, par conséquent, le groupe Rossignol discute avec d'autres parties intéressées. Nous ne pouvons donner plus de commentaires à ce jour, les discussions restant confidentielles.

La marque américaine de vélo Felt présente, comme Time, peu de synergies avec les autres activités de Rossignol. Pourriez-vous être amené à vous en séparer ?

B.C. : Felt est en effet très spécialisée sur les vélos de route et de triathlon. Mais ce sont les services R & D et design produits de Felt, basés aux États-Unis, qui conçoivent tous les modèles de la gamme VTT Rossignol et coordonnent la production. L’activité de Felt est très importante pour nous.

En août, vous avez revendu Raidlight, spécialisée dans le trail, alors même que vous souhaitez renforcer votre présence dans les activités de marche et de course en montagne. N’est-ce pas contradictoire ?

B.C. : Lorsque nous avons acquis Raidlight, en 2016, nous voulions vraiment rentrer dans cet univers. Il s’agit d’une tendance de fond du marché. Cette opportunité nous a permis d’apprendre beaucoup sur le design des produits. Mais promouvoir ces articles à l’international – et c’est notre ambition — demandait des frais marketing très importants pour faire connaître la marque Raidlight. Maintenant que nous avons acquis les savoir-faire, il était plus intéressant de nous développer sous la marque Rossignol. Le fondateur de Raidlight (Benoît Laval, NDLR), voyant que nous étions frileux à l’idée de développer la marque, a manifesté son désir de reprise.

Où comptez-vous flécher vos investissements dans les années à venir ?

B.C. : Sur les trois pôles de Rossignol ! Dans le développement de nouveaux produits et dans nos sites de production pour le secteur hiver, nous investissons déjà en moyenne 5 millions par an dans nos usines en France. Dans le textile, nous mettrons l’accent sur l’e-commerce et plus prudemment dans nos boutiques. Sur l’outdoor, nous développons le vélo et le trail, avec une action sur les services.

Bruno Cercley, PDG du groupe Rossignol
Depuis une trentaine d'années, les ventes de skis ont chuté de moitié au profit de la location, estime Bruno Cercley, PDG du groupe Rossignol. — Photo : © Rossignol

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