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Pourquoi Boostheat devrait supprimer près de la moitié de ses effectifs

Par Audrey Henrion, le 08 octobre 2020

La start-up industrielle lyonnaise Boostheat a été contrainte d'arrêter la production de ses chaudières innovantes peu de temps après son entrée en bourse, en fin d'année 2019. Avec des pertes atteignant 5,5 millions d'euros fin juin, sa direction a décidé de fermer le site de Toulouse et projette un plan social. Une quarantaine de postes serait supprimée avant la fin de l’année. Récit de neuf mois de turbulences.

L'usine Boostheat de Vénissieux
Après un printemps horribilis, au cours duquel les chaudières innovantes Boostheat n’ont pas présenté des résultats conformes aux attentes, la production a été stoppée. Elle devrait redémarrer au second semestre 2021. — Photo : © Boostheat

La start-up industrielle Boostheat, créée à Lyon en 2011 et identifiée comme futur fleuron industriel national grâce à ses chaudières innovantes, sera-t-elle sauvée ? Le plan drastique "Efficiency 2022" doit lui en donner les moyens. Il doit permettre à la PME de trouver une rentabilité d’ici 2022. Car depuis début 2020, elle traverse une période chahutée durant laquelle la production de ses chaudières, qui combinent les caractéristiques de la pompe à chaleur et celles de la chaudière à condensation et promettent un rendement de 200 % par rapport à des appareils classiques, a été arrêtée.

Conséquence, au cœur de l’été, le fondateur et dirigeant Luc Jacquet a annoncé une restructuration des activités commerciales et techniques de Boostheat. L’entreprise va rassembler l’ensemble de ses compétences (production et R & D) sur son site de Vénissieux, qui emploie 46 salariés près de Lyon, afin de "gagner en efficacité et de réduire ses coûts structurels", indique un document officiel. En clair, une restructuration, avec la fermeture annoncée du site R&D de Ramonville-Saint-Agne, près de Toulouse, comptant 23 personnes. Un projet de plan social a été annoncé aux organisations syndicales le 7 juillet et réexaminé le 24 août. « Ce projet de plan de sauvegarde de l'emploi encore en cours de discussion pourrait conduire à la suppression d’une quarantaine de postes », a confirmé Luc Jacquet le 7 octobre. Après le licenciement de 9 salariés de Boostheat, une trentaine de postes seraient encore supprimée. Il resterait ainsi 56 salariés sur 96. La finalisation de ce plan devrait intervenir avant la fin de l’année, soit presque un an après l’arrêt de l’usine de Vénissieux.

Des performances en deçà des attentes

Pour Boostheat, société adoubée à ses débuts par l’ex-patronne d’Areva Anne Lauvergeon et labellisée entreprise innovante par Bpifrance et French Fab, tout avait pourtant bien commencé. En décembre 2019, elle avait réussi son introduction en Bourse, sur Euronext Paris, levant 37 millions d’euros auprès d’investisseurs français et internationaux (dont le belge Holdigaz à hauteur de 21 millions d’euros). Dans le même temps, la start-up industrielle annonçait à ses actionnaires des coûts de personnel en hausse de +51,7 % au 31 décembre 2019, lesquels devaient être compensés par un carnet de 381 commandes, près de deux fois supérieur à l’objectif de 200 commandes fixé lors de l’introduction en Bourse.

Le compresseur Boostheat
Le compresseur Boostheat - Photo : © Boostheat

« Un choix difficile mais raisonnable »

Mais les semaines qui ont suivi ont fait office de douche froide. Les performances réelles relevées sur les premières chaudières en fonction sont apparues bien en deçà des attentes. Conduisant à la décision d’arrêter la production, l’installation et la commercialisation. « On ne pouvait pas prendre le risque d’une dégradation de notre image qui aurait été plus rude à gérer », décrypte Luc Jacquet. « Un choix difficile mais raisonnable », selon l’ingénieur. « Il fallait contenir les problèmes à notre niveau et ne pas les faire vivre à nos clients. Nous avons pris le temps de comprendre que, dans certaines configurations, Boostheat 2.0 s’arrêtait et se remettait en route avec des fréquences trop importantes qui ne permettaient pas d’avoir une consommation d’énergie et un rendement de 200 % attendu », retrace l’ingénieur.

Bouffée d’oxygène

À ce problème s’est ajouté un tout autre écueil : les pertes de 18,5 millions d’euros au 31 décembre 2019. Par "chance", l’arrêt de la production intervenu simultanément ou presque avec le confinement a été de nature à faciliter les discussions avec les banquiers. Un prêt garanti par l’État de 6 millions d’euros a apporté une bouffée d’oxygène à la société qui, sur les six premiers mois de 2020, n’a enregistré que 400 000 euros de chiffres d’affaires, pour des pertes de 5,4 millions d’euros sur la même période. Avec une trésorerie estimée à 17,2 millions d’euros au 30 septembre 2020, le rythme des dépenses découlant de ce plan « Efficiency 2022 » permettrait de financer l’activité jusqu’en septembre 2021.

« On ne voulait pas simplement corriger des problèmes mais revoir fondamentalement les choses »

Luc Jacquet, fondateur et dirigeant de Boostheat
Luc Jacquet, fondateur et dirigeant de Boostheat - Photo : Audrey Henrion

Par ailleurs, d’un point de vue industriel, la régulation et l’architecture électronique de la chaudière sont en passe d’être modifiées, assure la direction de Boostheat. « On ne voulait pas simplement corriger des problèmes mais revoir fondamentalement les choses, et les premiers résultats sont là, on avance dans le bon sens », assure Luc Jacquet. Au point de pouvoir, dès cet hiver 2020-2021, réaliser les mises à jour sur les 52 chaudières installées autour de Lyon et pour lesquelles des pièces électroniques, logicielles et parfois certains composants mécaniques seront remplacés.

Vers un Ebitda positif en 2022 ?

Si la nouvelle génération d'appareil, Boostheat 2.0 Connect, est en phase avec les attentes, la société relancera la commercialisation au premier semestre 2021, et la production au second semestre. Après une première phase de vente directe aux particuliers, qui a permis de tester le discours commercial et de tester l’appétence du marché, la société change aussi sa stratégie commerciale afin d’atteindre un effet d’échelle, et annonce s’appuyer sur des réseaux structurés de distributeurs en France et en Allemagne.

« Notre objectif est de générer en 2022 un Ebitda positif avec la vente d’au moins 2 000 chaudières. La réduction de notre structure pourra nous permettre de tendre vers ce résultat », plaide la direction de Boostheat. Malgré les fortes turbulences traversées ces derniers mois, Luc Jacquet, qui a recruté en septembre une nouvelle directrice financière, croit plus que jamais dans la résilience de son projet, et assure que « ces difficultés sont le prix à payer quand on travaille sur des technologies fortement innovantes. Cela nous amène à prendre les choses avec beaucoup d’humilité ».

L'usine Boostheat de Vénissieux
Après un printemps horribilis, au cours duquel les chaudières innovantes Boostheat n’ont pas présenté des résultats conformes aux attentes, la production a été stoppée. Elle devrait redémarrer au second semestre 2021. — Photo : © Boostheat

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