Loire

Mécanique

Interview Philippe Maurin-Perrier (HEF) : « Nous travaillons sur des axes de diversification dans l'énergie »

Entretien avec Philippe Maurin-Perrier, coprésident de HEF

Propos recueillis par Gilles Cayuela - 24 avril 2019

Basé à Andrézieux-Bouthéon (Loire), le spécialiste ligérien de l'ingénierie et des traitements de surface HEF (2 700 salariés dont 600 en France ; 240 M€ de CA en 2018) mise sur la R&D, l'international et des diversifications, notamment dans l'énergie du futur pour les transports, pour poursuivre sa croissance dans les années à venir. Explications avec son coprésident Philippe Maurin-Perrier.

Philippe Maurin-Perrier, coprésident de HEF (Hydromécanique et Frottement), dans la Loire
Pour le coprésident de HEF (Hydromécanique et Frottement) Philippe Maurin-Perrier, les planètes sont aujourd'hui "alignées" pour le développement de l'hydrogène dans les transports. — Photo : HEF

Vous avez annoncé il y a quelques mois un investissement de 7 M€ dans une nouvelle plateforme de R&D. Où en êtes-vous de ce projet et quel est sa finalité ?

Philippe Maurin-Perrier : Nous sommes aujourd'hui dans la phase de génie civil. Cette plateforme de 1 000 m², qui verra le jour au sein de la Fabrique 5000 (en face de la Cité du design, NDLR), sera opérationnelle en décembre. Elle s'inscrit dans le cadre du projet collaboratif Imotep (Innovation Moteur Propre) que l'on mène avec Peugeot, Volkswagen, Total, l'Université Jean Monnet et l'école Centrale Lyon, et qui vise à réduire les frottements dans les moteurs des véhicules pour abaisser les émissions de CO2 de 5 à 10 %. Pour mener à bien ce projet, il faut s'adosser à un moment donné à des moyens de caractérisation des différentes étapes de frottement au sein d'un moteur (la culasse, le contact entre le piston et la chemise)... Or, nous avons fait le constat que chez les motoristes il y a de moins en moins de moyens de caractérisation et que le fossé commençait à se creuser entre nos moyens de  caractérisation, très amont, et les leurs, très aval. Nous nous sommes donc dits qu'il fallait boucher ce trou dans la raquette pour éviter qu'il ne soit combler par des technologies étrangères et notamment allemandes. Nous préférons créer de l'emploi en France plutôt qu'en Allemagne.

Justement, combien d'emplois va générer cette plateforme de R&D ?

P-M.P : Nous allons démarrer avec 5 personnes et des doctorants. L'idée est aussi de faire de cette plateforme un endroit dédié à la recherche à l'échelle 1, comme cela se fait en Allemagne ou au Royaume-Uni. Jaguar Land Rover fait par exemple développer son haut moteur par l'Université de Leicester. En France, c'est presque impensable. Nous avons tendance à penser que la recherche scientifique doit se faire sur des objets de laboratoires. Or, pour accélérer l'innovation, il faut développer la recherche à échelle réelle. Et c'est ce que nous allons faire en lançant des thèses de doctorat avec Centrale Lyon et l'Insa.

Et le business dans tout ça ?

P-M.P : Cette plateforme est d'abord un moyen de R&D dédié à notre projet Imotep et à la recherche amont. S'il nous reste du temps, nous l'ouvrirons peut-être à des motoristes, des pétroliers qui ont des problématiques de gains de frottement. Nous ne nous interdisons pas de faire de la prestation de services mais ce n'est pas la priorité. Le business viendra plus tard lorsqu'Imotep entrera en phase d'industrialisation. Ce qui est important pour nous, c'est d'innover en continue et de poursuivre notre développement à l'international car notre croissance est toujours le résultat logique des investissements que l'on fait sur ces deux volets.

Où en êtes vous de votre développement à l'international ? Vous avez des projets d'implantation dans de nouveaux pays ?

P-M.P : Nous continuons à nous développer en fonction des homologations et des déplacements des industries manufacturières qui se font à travers le monde. Mais avec 75 implantations dans 24 pays, nous avons aujourd'hui une couverture mondiale a peu près complète. Le seul trou dans la raquette, c'est la Russie. Nous y réfléchissons sérieusement car il y a là-bas une industrie manufacturière, une industrie mécanique et donc des besoins de traitement de surface.

En 2018, vous avez renforcé votre implantation en Allemagne par une croissance externe (H+K Gruppe). Vous pourriez également miser sur une acquisition pour pénétrer le marché russe ?

P-M.P : Tous les schémas sont ouverts. L'intérêt de la croissance externe, c'est que c'est plus rapide et moins coûteux que de créer une structure ex nihilo. Le plus dur quand on veut s'implanter à l'international, ce n'est pas de créer une usine, c'est de se créer un réseau et d'être reconnu. Et c'est pourquoi nous nous sommes adossés à H+K. Pour la Russie, il est évident que l'on ne va pas y aller avec le béret et la baguette. Créer une structure n'aurait pas de sens. Cela peut passer par une acquisition, une joint-venture avec un acteur local ou en s'appuyant sur un partenaire qui est sur une activité connexe et qui a déjà son réseau. Nous ne nous interdisons rien. Le déclencheur, c'est souvent le fruit d'une rencontre. Trouver la bonne personne au bon moment. Notre modèle impose d'avoir des gens avec lesquels nous partageons des valeurs et à qui nous pouvons déléguer des responsabilités.

R&D, international... HEF mise sur d'autres vecteurs pour poursuivre sa croissance ?

P-M.P : Nous travaillons sur des axes de diversification dans l'énergie et l'optique à partir de briques technologiques que nous maîtrisons déjà. Nous croyons beaucoup à l'hydrogène dans la mobilité par exemple. Depuis quelques années, nous avons une petite activité dans les piles à combustible. Nos premiers projets dans ce domaine remontent à une dizaine d'années. À cette époque-là, il n'y avait pas de nécessité à accélérer sur ce sujet, mais aujourd'hui les planètes sont alignées.

HEF pourrait prendre part à la filière régionale hydrogène que souhaite développer le président de Région Laurent Wauquiez ? 

P-M.P : La maîtrise que nous avons acquise dans les dépôts sous vide ou encore la micro-texturation des surfaces fait que nous pensons que nous sommes aujourd'hui en mesure d'amener des choses intéressantes dans ce domaine. Nous commercialisons déjà des revêtements pour des piles à combustible mais sur des marchés de niche. Cela reste encore relativement coûteux. À quel moment, nous allons faire du chiffre d'affaires significatif sur de la fabrication de masse ? À quel moment l'hydrogène dans les transports va devenir un produit de masse ? Nous ne le savons pas. Personne ne le sait d'ailleurs ! Il faut travailler, faire ses devoirs à la maison pour être prêt le moment venu. Nous avons pour l'instant une équipe de cinq personnes qui travaille sur ce sujet. Mais nous allons rapidement accélérer pour passer à une dizaine de personnes. Toute la difficulté c'est qu'il y a beaucoup de sujets. Il y a les piles à combustible hydrogène, les batteries à flux pour les véhicules électriques... Il y a plein de voies possibles. Mais nous ne savons pas quelle sera l'énergie du futur dans les transports. Nous travaillons donc sur tous les sujets.

Philippe Maurin-Perrier, coprésident de HEF (Hydromécanique et Frottement), dans la Loire
Pour le coprésident de HEF (Hydromécanique et Frottement) Philippe Maurin-Perrier, les planètes sont aujourd'hui "alignées" pour le développement de l'hydrogène dans les transports. — Photo : HEF

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