Drôme

Textile

Portrait Philippe Joffard : après Lafuma et Béaba, un entrepreneur encore à la barre

Par Pierre Lelièvre, le 08 janvier 2020

À 64 ans, l'ex-président de Lafuma (1984-2013) poursuit son périple d'entrepreneur. Après avoir présidé durant trois ans l'entreprise Béaba, spécialisée dans la puériculture, Philippe Joffard est aussi depuis 2013 à la tête de la start-up drômoise TopTexCube qui conçoit des textiles innovants et connectés.

Philippe Joffard
Après avoir dirigé de grosses entreprises, Philippe Joffard s'est lancé à la tête de la start-up TopTexCube. — Photo : DR

Début 2020, l’ancien PDG de Lafuma investira dans un fonds de plusieurs dizaines de millions d’euros. Objectif ? Accompagner des PME et ETI de la région pour changer d’échelle. De la tempête financière de 2008 vécue lorsqu’il était à la tête de Lafuma, à la mer d’huile qu’il parcourt aujourd’hui comme président de TopTexCube, Philippe Joffard valorise son ancrage régional tout en gardant le cap.

« En quittant Lafuma en 2013, j’abandonnais 30 ans de ma vie mais retrouvais ma liberté », explique-t-il. Le spécialiste des sports extérieurs lui doit beaucoup. En 1984, Philippe Joffard reprend celle qui est alors une PME en difficulté (20 M€ de CA), l’emmène à l’international, développe le multimarque et réussit son introduction en Bourse. À son départ en 2013, le groupe Lafuma réalise 250 M€ de CA.

À 64 ans aujourd’hui, s’il n’éprouve pas d’aigreur d’avoir dû passer la main de l’entreprise familiale au groupe suisse Calida, le petit-fils d’un des fondateurs nourrit, en revanche, une certaine incompréhension sur le rôle de certains actionnaires pendant la crise financière.

Vents contraires

Un désenchantement, mais pas seulement, qu’il raconte dans un livre paru en 2018, intitulé « Journal de bord d’un patron. Un entrepreneur dans la crise ». Un titre clin d’œil à sa passion pour la voile et la navigation. Chez Lafuma, le dirigeant a maintenu la barre au cours d’un périple mêlant son goût pour l’innovation et une appétence pour la découverte de nouveaux marchés. Millet, Oxbow, Eider, Le Chameau : les acquisitions se sont suivies en même temps que le groupe s’est implanté à l’international. « Diriger une entreprise, c’est mêler la stratégie, le mouvement et la recherche du progrès », confie le dirigeant. Et de préciser son rôle de chef : « Quand on dirige on est forcément seul, on concentre la réflexion, on arbitre, on décide et on engage. Mais un patron ne doit pas avoir de posture, c’est la solidité de ses convictions qui prime ».

Philippe Joffard (au centre) dirige depuis 2013 la start-up TopTexCube spécialisée dans les nouvelles technologies textiles
Philippe Joffard (au centre) dirige depuis 2013 la start-up TopTexCube spécialisée dans les nouvelles technologies textiles - Photo : DR

En 2007, dans Le Journal de l’École de Paris, il estimait d’ailleurs que pour réussir à l’international, un patron se devait d’être « suffisamment mégalo pour défier des concurrents mieux implantés et assez parano pour savoir que ça marchera plus mal que prévu ».

Souci du partage

Une ambivalence qu’il équilibre alors avec l’écriture. « J’écrivais tous les communiqués financiers, les plans de développement, les comptes rendus. Pour maîtriser un sujet, il faut le poser sur le papier, clarifier sa pensée et synthétiser », note-t-il. Son livre sera aussi un moyen de rester en prise avec la réalité.

Après avoir présidé Béaba, spécialiste en puériculture, de 2014 à 2016, Philippe Joffard est à la tête de TopTexCube, une start-up spécialisée dans le textile innovant. La taille du navire change, le goût pour l’entrepreneuriat reste le même : « J’aime l’entreprise, les produits et l’innovation. J’ai retrouvé cet attachement à l’industrie, au textile, au made in France et à mon ancrage régional », confie-t-il. Dans les nouveaux locaux de la société à Claveyson (Drôme), Philippe Joffard voit ressurgir les mêmes défis. « J’aime cette deuxième étape où je revis toutes les étapes de ma première carrière », observe-t-il. L’expérience et le recul en plus, il les met aujourd’hui à profit comme mentor. Et le dirigeant de mettre en garde : « Il faut veiller à dissocier sa vie d’entrepreneur de la vie de l’entreprise ».

Philippe Joffard
Après avoir dirigé de grosses entreprises, Philippe Joffard s'est lancé à la tête de la start-up TopTexCube. — Photo : DR

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