Lyon

Politique économique

Métro Lyon/Saint-Étienne : Le projet serait-il économiquement pertinent ?

Par Gilles Cayuela, le 04 avril 2014

Un métro qui placerait Saint-Étienne à moins de quinze minutes de Lyon, c'est l'idée émise par le candidat aux élections municipales à Saint-Étienne, Gaël Perdriau. Est-ce crédible et souhaitable ? Enquête.
Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Relier Saint-Étienne et Lyon par un métro qui permettrait de rallier les deux villes en une quinzaine de minutes, c'est le rêve un peu fou de Gaël Perdriau, candidat aux élections municipales à Saint-Étienne. Un rêve que le leader de la droite unifiée n'a pu s'empêcher de partager publiquement devant le Medef Loire, suscitant ainsi l'espoir dans les milieux économiques et l'indignation du côté de ses opposants politiques. Au-delà de l'effet d'annonce, la question est de savoir si un tel projet a un sens d'un point de vue économique. « Toute infrastructure qui favorise la mobilité entre Lyon et Saint-Étienne est une bonne idée. Pour une entreprise cela a du sens. Après, est-ce que c'est techniquement et économiquement faisable ? Je suis incapable de me prononcer », commente Pascal Nadobny, président du groupe Addev basé à Lyon et présent également à Saint-Chamond avec sa filiale Micel.

« Il y a sans doute une problématique de coûts. En tout cas, cela va dans le sens de l'histoire. Il ne faut pas s'interdire d'y penser et d'en débattre », estime de son côté Éric Le Jaouen, président du Medef Loire. Y penser, des étudiants de l'ENTPE (École nationale des travaux publics de l'État) l'ont déjà fait en 2008 en planchant sur le projet Lysette (Lyon Saint-Étienne en train express). Inspiré du « Swiss métro » imaginé par des équipes de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, Lysette se présente sous la forme d'un train à sustentation magnétique se déplaçant à plus de 350 km/h dans un tunnel où la pression de l'air est réduite pour limiter les frottements et la consommation d'énergie.




Saint-Étienne plus attractive ?

« Tant qu'à faire quelque chose autant faire un équipement du XXIe siè

cle. Un train à sustentation magnétique donnerait une image de modernité à Saint-Étienne. Et les touristes qui viennent à Lyon ajouteraient dans leur programme une étape à Saint-Étienne pour essayer un tel équipement. Il y aurait un effet Viaduc de Millau », commente Éric Le Jaouen. Sans aller jusque-là, un tel équipement permettrait sans doute de changer le devenir de Saint-Étienne. En bien ou en mal, telle est la question ! Pour le président du Medef Loire, Saint-Étienne aurait tout à y gagner en termes d'attractivité et de développement économique. « Cela permettrait de développer l'Eurométropole lyonnaise vers Saint-Étienne et de faire venir de nouveaux sièges sociaux et du tertiaire de haut niveau. Ce serait également un outil majeur pour attirer des cadres supérieurs chez nous. Je le vois bien avec mon cabinet de recrutement : l'un des freins à la venue de cadres supérieurs, notamment des cadres de haut niveau pour nos industries, ce sont les conjoints. Si le conjoint a la possibilité d'être à quinze minutes de Lyon pour aller travailler tout en résidant à Saint-Étienne, ce n'est plus la même chose », argumente le dirigeant du cabinet de conseil en ressources humaines Ginkgo. Cet argument du petit qui bénéficie du rayonnement du grand est contesté par Bruno Faivre D'Arcier, chercheur au Laboratoire d'économie des transports (LET) à Lyon. « Je ne vois pas l'intérêt pour Saint-Étienne d'être à quinze minutes de Lyon. Tous les Stéphanois vont venir travailler et faire leurs achats à Lyon et Saint-Étienne va se casser la figure. Penser qu'en améliorant l'accessibilité on va générer de l'activité économique, c'est du fantasme d'élus ! Quand on a fait le TGV entre Lyon et Paris, les études de suivi faites à l'époque par nos services ont rappelé la vieille loi gravitaire qui dit que c'est le gros qui attire le petit et pas l'inverse. Certes, cela a généré un peu plus de business pour les entreprises lyonnaises, mais cela a surtout permis aux entreprises parisiennes d'avoir un accès au marché lyonnais », développe Bruno Faivre d'Arcier. Un point de vue que partage Laurent Constantin, dirigeant d'Acti. « Il y a effectivement du sens à rapprocher nos deux villes ; mais là, le projet me semble farfelu et même risqué pour Saint-Étienne qui pourrait devenir une cité-dortoir. Et puis, dans un métro, on ne fait pas passer des camions et il me semble que Saint-Étienne souffre surtout d'un enclavement routier », expose le gérant de l'agence digitale lyonnaise.




Un projet pharaonique

Si la pertinence économique d'un métro entre Lyon et Saint-Étienne prête à débat, la question du coût pourrait bien être rédhibitoire. En 2008, le projet Lysette pour 54 kilomètres de tunnel avait été chiffré à 2 Md€ Un chiffre qu'il convient de réactualiser. « Pour un métro, il faut compter entre 100 M€ et 140 M€ par kilomètre. C'est donc un projet compris entre 6 et 8 Md€. Qui va payer une telle somme pour un métro entre Saint-Étienne et Lyon », questionne Bruno Faivre D'Arcier. « Amortir une telle somme paraît difficile pour une collectivité. Mais si cela se fait, il faut que j'achète des immeubles à Saint-Étienne en prévision d'une future flambée immobilière », ironise Laurent Constantin.

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