Lyon

Industrie

Interview Laurent Fiard (Visiativ) : "Le sac à dos des dirigeants est lourd à porter"

Entretien avec Laurent Fiard, coprésident de Visiativ et président du fonds souverain régional

Propos recueillis par Audrey Henrion - 20 septembre 2021

Laurent Fiard, coprésident de Visiativ, entreprise cotée en Bourse qui accompagne les PME-PMI dans la digitalisation de leurs process, sort de la crise renforcée. L’homme, aux premières loges pour sentir le pouls des entreprises du territoire, s’emploie aussi à contribuer à leur développement à travers la présidence d’un fonds souverain régional qui va entrer en action.

Laurent Fiard coprésident de Visiativ et président depuis janvier dernier d’un fonds souverain régional doté de 100 millions d’euros.
Laurent Fiard coprésident de Visiativ et président depuis janvier dernier d’un fonds souverain régional doté de 100 millions d’euros. — Photo : Florent Dubrayy

Visiativ a traversé la crise du Covid en connaissant, comme toute l’économie, un trou d’air. Comment cette fin d’année 2021 se profile-t-elle pour votre entreprise ?

2021 sera l’année record de Visiativ (les résultats semestriels sont publiés le 22 septembre, NDLR). Nous avons retrouvé la croissance à deux chiffres grâce à notre modèle récurrent qui représente 60 % du chiffre d’affaires. Cette récurrence nous donne de la résilience et permet de passer les périodes de crise plus facilement. Notre métier, c’est d’être à côté des dirigeants de PME. On les accompagne dans leur transformation digitale qui porte la stratégie, la croissance et la compétitivité des entreprises. La bonne nouvelle, c’est que la crise a donné une énergie et une impulsion à tous ceux qui se posaient encore la question d’accélérer leur digitalisation.

La Banque de France annonce une croissance du PIB à plus de 6 %, l’industrie repart, la crise est-elle derrière nous ?

Personnellement, je suis assez préoccupé par ce que vivent les dirigeants d’entreprise. Ils doivent gérer leur endettement, avancer vers la responsabilité sociétale de l’entreprise, creuser les sujets de performance extra-financière, jouer le sens du collectif avec les collaborateurs, leur donner du sens, gérer le télétravail mais aussi la cybersécurité qui impose des investissements supplémentaires et ajoute de nouvelles préoccupations, sans pour autant négliger la RGPD pour laquelle les entreprises sont clairement un peu en retard… Bref, le sac à dos des dirigeants est lourd à porter.

"Peu de dirigeants s’attellent à la rédaction d’une stratégie"

Ces contraintes pourraient-elles finalement freiner la digitalisation ?

Sur ce point, et donc concernant l’activité de Visiativ, je suis assez serein. Chacun a bien compris que la digitalisation est essentielle pour regagner de la souveraineté, de la compétitivité. Mais ensuite il faut combiner cet impératif avec le bilan carbone, la transition énergétique. Tout cela s’appelle écrire une stratégie. Dès lors qu’on la formalise, on a déjà fait un grand pas vers son exécution. Or, je vois peu de dirigeants s’y atteler.

"Le plan de relance est victime de son succès : trop de demandes et pas assez d'argent."

Vous êtes à la tête d’une entreprise de 1 000 collaborateurs (190 millions d’euros de chiffre d’affaires) et vous parlez des autres entreprises. Portez-vous toujours vos deux casquettes, dirigeant et vice-président du Medef Lyon-Rhône ?

La coopération, c’est ma culture. Visiativ signifie "vision collaborative", une entreprise-plateforme, ouverte vers son écosystème. Notre proposition de valeur différenciante, c’est d’apporter des conseils, des connexions, des solutions. Par exemple, nous avons récemment connecté un client qui avait un savoir-faire de convoyage avec un autre doté de compétences d’automatisation et de robot : ils ont co-créé ensemble un robot qui permet d’aller vers du convoyage automatisé.

Constatez-vous que les industriels se sont saisis du plan de relance ?

Les cartes sont redistribuées de façon positive, on parle de réindustrialisation de la France, cela ne s'est pas produit depuis 40 ans ! Le gros problème avec ce plan de relance, c’est qu’il a eu presque trop de succès, avec trop de demandes et pas assez d’argent. Le premier qui dépose un dossier décroche sa subvention. Au début, c’était large, 500 000 euros à l’un ou 600 000 euros à l’autre. Mais désormais, compte tenu du volume de dossiers, les montants alloués sont réduits et ça frustre les dirigeants. On attend les annonces de Bruno Le Maire (le ministre de l’économie, NDLR) d'ici quelques jours pour connaître le plan de relance II, pour répondre au nombre considérable de projets qui restent sur le bord de la route.

"Je souhaite un effet levier de 1 à 10 pour ce fonds souverain"

En janvier 2021, vous avez pris la présidence d’un fonds souverain régional doté de 100 millions d’euros pour soutenir les entreprises régionales à potentiel. Quelle est sa vocation ?

Son rôle sera de bien identifier où doit aller l’argent de la Région, comment il est ventilé pour provoquer un effet levier conséquent (doté à hauteur de 30 millions d’euros de la Région pour un objectif de levée de fonds de 100 millions d’euros confié à la gestion de Siparex, l’effet levier permettra d’avoir un impact d’environ 400 millions d’euros sur les entreprises régionales, NDLR). Le levier en termes de puissance financière est colossal. Un euro d’argent public pourrait selon moi avoir un effet de levier de 10. Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans un rapport d’un à cinq, ce qui est déjà pas mal.  La stratégie de ce fonds doit se lire assez simplement sur une matrice à trois composants. D'abord, identifier sur quel cycle de vie de l‘entreprise on interviendrait, de l’incubation à l’amorçage en passant par le capital développement et la transmission. Ensuite, il faut définir les domaines d’excellence soutenus, je pense par exemple à la santé, l’hydrogène… Et enfin, il faudra avoir le souci de l’équilibre des territoires. La gouvernance que l'on s'apprête à dévoiler sera, autour de moi comme président, composée de quatre élu(e)s régionaux et quatre dirigeant(e)s. Nous respecterons évidemment la parité public/privé, homme/femme et l’équilibre des territoires.

Laurent Fiard coprésident de Visiativ et président depuis janvier dernier d’un fonds souverain régional doté de 100 millions d’euros.
Laurent Fiard coprésident de Visiativ et président depuis janvier dernier d’un fonds souverain régional doté de 100 millions d’euros. — Photo : Florent Dubrayy

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail