Lafarge : Le béton du futur sera vert

Par la rédaction, le 05 novembre 2010

Lafarge a installé il y a vingt ans son centre de recherche à Saint-Quentin-Fallavier. C'est aujourd'hui un site d'innovations qui mise surtout sur la construction durable grâce aux réductions des émissions de CO2 avec des produits isolants et à hautes performances techniques. Mais l'innovation doit rester compétitive et ses surcoûts éventuels être compensés par les économies réalisées. Anne-Gaëlle Metzger
Le Journal des Entreprises
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«Ce centre de R & D est très important pour aujourd'hui et demain, affirme Bruno Lafont, P-dg du groupe Lafarge. La recherche donne des réponses aux clients de la chaîne de construction, de l'architecte au constructeur et à l'installateur.» À l'occasion des 20 ans de Lafarge centre de recherche (LCR) à Saint-Quentin-Fallavier, l'accent est mis sur l'avenir des matériaux de construction traditionnels. «Lafarge a été le premier à prendre la direction de la R & D.Notre centre est aujourd'hui le plus important et le plus avancé au monde dans les matériaux de construction.» Les recherches portent à 60% sur la construction durable grâce à laquelle tout le cycle de vie des bâtiments est pris en compte, de l'extraction et production des matériaux à leur recyclage, en passant par la construction, la vie du bâtiment et sa déconstruction. Lafarge travaille ainsi sur ses émissions de CO2. «Nous avons trois leviers pour agir dans nos usines, explique Pascal Casanova, directeur R & D de Lafarge: améliorer leur efficacité énergétique; utiliser des combustibles alternatifs; et utiliser des ajouts cimentaires. Sur la période 1990-2010, nous avons réduit de 10% les émissions brutes absolues de CO2 dans les pays industrialisés et de 20% les émissions nettes de CO2 par tonne de ciment dans le monde.»




Utilisation de micro-algues

Un des paris que Lafarge s'est lancé est de capter et valoriser le CO2 avec des micro-algues. Le principe est d'installer un élevage de micro-algues à côté des cimenteries. Ces algues absorberaient en croissance le CO2 émit par l'usine, puis elles seraient récoltées et séchées pour être transformées en biomasse réutilisée en source d'énergie pour alimenter les fours de l'usine. Un ?photobioréacteur? pilote a été installé l'an dernier sur l'usine du Val-d'Azergues, près de Lyon. «Le procédé n'est pas au point car le bilan énergétique n'est pas encore positif, admet Pascal Casanova. Mais c'est une innovation de rupture et le potentiel des micro-algues est confirmé.» Côté produit, la nouveauté s'appelle Aether. Ce nouveau clinker (un des composants de base du ciment) mis au point au LCR permet de réduire de 30% le taux de calcaire utilisé comme matière première, avec une température de cuisson réduite, une baisse de 25% des émissions de CO2 et de 15% de la consommation énergétique. Ce clinker a demandé cinq années de recherche. Dans le cadre du programme Life+, Lafarge a décroché une subvention de l'Union européenne de 3M€, correspondant à 50% du coût total, pour la validation industrielle et le développement d'une première application du produit en vue d'une mise sur le marché d'ici à trois ans, au mieux. «Si le développement est toujours en cours, cela reste l'innovation la plus compétitive car la plus proche de ce qui se fait aujourd'hui.»




Empreinte énergétique

Les autres innovations s'appellent Ductal (béton à ultra-hautes performances et à moindre empreinte globale), Thermedia (une gamme de bétons trois fois plus isolants qu'un béton standard, développé avec Bouygues), ou encore Pregymax (une plaque de plâtre aux propriétés d'isolation thermique et acoustique). L'objectif de tous ces matériaux est de «faire baisser l'empreinte énergétique et de CO2 de la construction, avec un impact global de la solution, pas seulement du matériau. La consommation d'énergie sur 50 ans d'un bâtiment utilisant 200kWh/m² se fait principalement durant sa phase d'usage (83%, contre 12% pour les matériaux, 1% pour la construction et la démolition et 3% pour la maintenance). L'objectif est de diviser par quatre cette consommation en France, sans faire exploser les coûts.» «La clé, selon Bruno Lafont, est d'être à la pointe. Nous avons inscrit l'innovation dans nos priorités stratégiques, pour atteindre 3Md€ de ventes grâce aux produits innovants d'ici à 2012, contre 1,8Md€ en 2009. Il faut confronter l'innovation à la réalité économique. Les coûts du ciment et de l'investissement doivent rester les plus faibles possibles pour garder un matériau économique. S'il y a un surcoût, il doit être compensé par la baisse de consommation énergétique. Il faut comparer le coût à l'application. Les aspects économiques et l'industrialisation ne sont pas encore tous au point pour toutes les innovations. Par exemple, le Ductal est formidable. Mais il s'est peu vendu pendant dix ans car il était beaucoup plus cher que le béton normal. Mais cette recherche a donné d'autres innovations. Et aujourd'hui, le Ductal redevient intéressant avec la baisse des coûts et l'évolution des contraintes.»

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