Auvergne Rhône-Alpes

Biotech

La santé a fait exploser le compteur rhônalpin en 2016

Par Stéphanie Gallo, Audrey Henrion et Pierre Tiessen, le 25 janvier 2017

En 2016, les plus grosses levées de fonds Rhône-Alpes ont été réalisées par des medtechs ou des biotechs. Structuration, diversification et internationalisation, l'écosystème local apparaît désormais sur les écrans-radars des plus gros investisseurs. Top 10 des success stories 2016.

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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Sur les dix plus grosses levées de fonds réalisées par des entreprises rhônalpines en 2016, plus de la moitié émane du secteur des medtechs (technologies médicales) et des biotechs. Parmi elles, Eye Tech Care (25 millions d'euros levés), Enyo Pharma (22 millions d'euros) ou encore MaaT Pharma (10 millions d'euros). Sans compter les impressionnantes entrées en Bourse de Poxel (26,5 millions d'euros) ou, tout récemment, d'Advanced Accelerator Applications (augmentation de capital de 172,5 millions d'euros).

Structuration de l'ecosystème local

« Depuis trois ans, nos adhérents lèvent en moyenne 70 millions d'euros par an (introductions en Bourse exceptées NDLR). Avant, nous étions aux alentours de 30 millions d'euros », indique Olivier Szynkowiak, directeur financier du pôle de compétitivité Lyonbiopôle, acteur majeur de l'animation du secteur de la santé en Rhône-Alpes. Une accélération liée probablement à la croissance du nombre d'adhérents du pôle, +45 % depuis trois ans (200 membres sur les 600 entreprises de la santé rhônalpine), mais pas seulement. « L'industrie de la santé est très capitalistique. Elle a besoin de beaucoup d'argent pour avancer. Et lorsque la mise sur le marché est réussie, les chiffres d'affaires explosent. Pour des capitaux-risqueurs qui se positionnent au bon moment, sur la bonne entreprise, les retombées peuvent être exceptionnelles ». Selon le directeur financier de Lyonbiopole, ex-DG d'un capital-risqueur, Rhône-Alpes semble aujourd'hui avoir fait son apparition sur les radars des gros investisseurs internationaux. « Eye Tech Care par exemple, a accueilli un fond chinois. Enyo aussi a réussi à attirer un fonds étranger ». Cet intérêt récent des fonds internationaux, s'explique notamment par la structuration de l'écosystème local avec la montée en puissance du pôle de compétitivité et la diversification du tissu économique. « Lyon et Rhône-Alpes de façon générale étaient très tournés, jusqu'à présent, sur les maladies infectieuses. Aujourd'hui, même si cela reste un point fort, nous avons aussi des dispositifs médicaux, du service..., c'est un très bon point », assure Olivier Szynkowiak. Karine Lignel, la directrice générale de CM-CIC innovation (venture capital filiale du Crédit Mutuel) et spécialiste des Sciences de la Vie, confirme. Cette année, à Lyon, elle a mené notamment l'investissement, dans la biotech lyonnaise Maat Pharma (levée de fonds de 10 millions d'euros) aux côtés de Seventure Partners, Biocoex et l'Inra. « Nous investissons entre 15 et 20 millions d'euros par an sur les Sciences de la Vie et nous gérons aujourd'hui 120 millions d'euros venant du Crédit Mutuel. Dans cette discipline, j'estime que les deux régions françaises les mieux organisées sont l'axe Lyon-Grenoble et Strasbourg. Depuis 2007, Lyon a structuré sa filière, réduit le nombre de portes d'entrées ce qui aide les dirigeants à se repérer plus facilement ».

Les dix plus grosses levées de fonds de 2016 Structuration, internationalisation, diversification... autant d'ingrédients qui ont donc fait de 2016 une année significative en terme de levées de fonds pour les biotechs et les medtechs. Voici le top 10 de ces réussites locales. Nous avons fait le choix de sortir les opérations boursières de ce classement, car relevant d'une autre démarche entrepreneuriale.

1 - Eye Tech Care : 25 millions d'euros

Cette biotech sise à Rilleux-la-Pape (30 salariés ; CA 2014 : 650.000 euros ; dirigeant : Dietrich Wolf) signe la plus importante opération de l'année en région avec 25 millions d'euros levés auprès du fonds chinois Everpine Capital. Spécialisée dans le développement et la commercialisation de dispositifs médicaux thérapeutiques non invasifs pour le traitements du glaucome, Eyetechcare s'ouvre les portes du marché chinois. Marché pour lequel elle a entamé en 2015 les procédures d'enregistrement de son dispositif EyeOP1.

2. Enyo Pharma : 22 millions d'euros

Fondée en 2014 à Lyon par des chercheurs de l'Inserm pour développer des traitements contre des infections virales aiguës et chroniques, Enyo Pharma (CA : NC ; Dg : Jacky Vonderscher) a procédé début 2016 à un tour de table de 22 millions d'euros. Cette opération a été menée par Sofinnova Partners, rejoint par l'américain Morningside Ventures et Bpifrance à travers son fonds Innobio. Elle doit permettre de lancer, précise son Dg « les premiers essais cliniques de Phase 1, avec en perspective, le traitement de patients atteints d'hépatite B chronique en phase 2 dès cette année ».

3. Uromems : 14 millions d'euros

La société grenobloise Uromems (5 salariés ; CA : NC ; dirigeant : Hamid Lamraoui), créée en 2011, a réussi en novembre dernier, à boucler une première levée de fonds de 14 millions d'euros auprès d'un pool d'investisseurs composé du fonds allemand Wellington Partners, de Bpifrance (via le fonds Accélération Biotechnologies Santé FABS), du CEA Investissement, de Cita Investissement et de b-to-v Partners. 2 millions d'euros proviennent du Concours Mondial de l'Innovation. La levée doit permettre à Uromems de finaliser les dernières étapes de développement de son sphincter urinaire artificiel pour les personnes souffrant d'incontinence sévère.

4. MaaT Pharma : 10 millions d'euros

MaaT Pharma (7 salariés ; CA 2015 : NC ; Dg : Hervé Affagard) a finalisé en mars dernier un closing à 10 millions d'euros. Une opération menée auprès de CM-CIC Innovation, leader sur ce nouveau tour de table, accompagné du fonds Seventure Partners, du laboratoire Biocodex et de l'Inra. Spécialisée dans la microbiothérapie, la jeune pousse entend amener en phase clinique son médicament candidat permettant de soigner les dysbioses (déséquilibre intestinal) consécutives aux traitements lourds contre le cancer et certaines infections.

5. Keranova : 4 millions d'euros

Créée en septembre 2015 par Fabrice Romano (fondateur d'Eye Tech Care) et une équipe de chercheurs stéphanois, Keranova a levé 4 millions d'euros en avril 2016 auprès de Merieux Développement, CEA investissements et Bpifrance. Objectif : développer des prototypes d'équipements destinés à automatiser certains gestes liés aux opérations chirurgicales des yeux. La start-up emploie 15 personnes actuellement, elle prévoit d'en embaucher 10 de plus en 2017, avec une entrée en phase préclinique en 2017 et clinique en 2018. « Une deuxième levée de fonds, trois à quatre fois plus importante, devrait avoir lieu dans les deux ans à venir », annonce Fabrice Romano.

5. PDCLine Pharma : 4 millions d'euros

PDCline Pharma, qui développe une plateforme en immuno-oncologie a levé début décembre 4 millions d'euros dont 2,6 millions d'euros en capital et 1,4 million d'euros en prêt bancaire, subventions et avances récupérables via Eric Halioua, qui a rejoint les fondateurs en tant que Dg et Pdt du Conseil d'Administration. Il annonce une seconde levée entre 13 et 20 millions d'euros d'ici 12 à 18 mois pour lancer une seconde étude clinique. Mauvaise nouvelle, la spin-off de l'EFS installe une partie de ses activités à Liège.

7. Surgivisio : 3,29 millions d'euros

À Grenoble, Surgivisio (11 salariés ; pas de chiffre d'affaires) développe un système mobile d'imagerie 2D/3D destiné aux chirurgiens. Son dirigeant, Stéphane Lavallée a levé 3,29 millions d'euros auprès d'investissers étrangers (identité confidentielle) dont 1,17 million d'euros auprès du concours mondial de l'innovation (1/2 subvention, 1/2 avance remboursable). Un second tour de table de 15 millions d'euros est dans les tuyaux.

8. Mathym : 2,2 millions d'euros

Cette spin-off de l'ENS Lyon - fondée par le chercheur Frédéric Chaput et Julien Alberici, (son Pdt)- met au point un produit radiopacifiant rendant visible les éléments dans lesquel il est incorporé, à destination du secteur dentaire par exemple. Après avoir levé 600.000 euros en amorçage, la société de 10 salariés a levé en octobre 2,2 millions d'euros auprès de Octafla, du Belge Innovation Fund et de deux business angels grenoblois. Objectif : installer une ligne de production à Champagne-au-Mont d'Or. Elle projette de réaliser un chiffre d'affaires d'1 million d'euros en 2017.

9. Neolys : 800.000 euros

Cette start-up (7 salariés ; CA : NC ; Dg : Julien Gillet-Daubon) a bouclé en juin dernier sa première levée de fonds auprès de Pulsalys, WiSeed et Health Angels Rhône-Alpes, seule association de business angels en région exclusivement consacrée aux sciences de la vie. « Avant cette levée, nous avions réussi à mobiliser environ 1,1 million d'euros en love money et auprès de leviers publics », précise le Dg. Cette ouverture va permettre à la jeune pousse de confirmer le marquage CE (en cours d'obtention) d'un de ses quatre tests de radiosensibilité. Tests qui permettent de mesurer l'intensité des effets secondaires dans le cadre d'une radiothérapie.

10. Sublimed : 700 000 euros

Un premier tour de table auprès de plusieurs sociétés d'investissement du réseau Angelor de Sébastien Bonte (Simba Santé², Angels for industrie, Angels for Tech), de Savoie Mont-Blanc Angels et de Business Angels individuels a permis à Sublimed, start-up grenobloise créée en octobre 2015 par Nicolas Karst, Simon Perraud, et le Docteur Jean-Pierre Alibeu, de lever 700.000 euros pour finaliser le développement de son dispositif médical de traitement de la douleur.

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