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Interview Coronavirus - Medef Auvergne Rhône-Alpes : « Nous acceptons d'ouvrir nos usines à condition de protéger nos salariés »

Entretien avec Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne Rhône-Alpes

Propos recueillis par Audrey Henrion - 20 mars 2020

Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne Rhône-Alpes, demande des clarifications pour que les entreprises qui ne peuvent garantir matériellement et physiquement la sécurité sanitaire de leurs salariés soient assurées d'être soutenues par la direction du travail dans leur demande de chômage partiel. Au risque, sinon, de créer une "France des cols blancs" protégés par le télétravail, et celle des "cols bleus" exposés à des risques sanitaires.

Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne Rhône-Alpes
Jean-Luc Raunicher, président du Medef Auvergne Rhône-Alpes, appelle les entreprises à « maintenir l’activité » mais, selon lui, le gouvernement doit clarifier son propos sur qui peut ou non travailler. — Photo : Denis Fabien Corlin

Le Journal des Entreprises : Quel regard, en tant que président du Medef Auvergne Rhône-Alpes, première région industrielle de France, portez-vous sur les requêtes des entreprises, du BTP notamment, qui demandent à leurs adhérents de stopper les activités quand la sécurité sanitaire des collaborateurs n’est pas assurée ?

Jean-Luc Raunicher : Comme président du Medef et chef d’entreprise (le fabricant de mobiliers métalliques Promedif à Thonon-les-Bains / 60 salariés / CA 2019 : 8 M€), j’affirme évidemment qu’il faut que toutes les entreprises puissent fonctionner. Mais la situation est schizophrénique : d’un côté, le chef de l’État et le gouvernement déclarent l’état de guerre, lancent un « appel aux abris », décrètent que le télétravail devient la norme et le « restez chez vous » la règle. De l’autre, une injonction « allez travailler » pour assurer la continuité économique de notre pays. J’entends cet appel et j'y souscris, mais à la seule condition que nous puissions matériellement et physiquement mettre nos équipes en sécurité sanitaire. Or, force est de constater que c’est rarement le cas et que la distanciation sociale est difficile à respecter en entreprise, le tout sans masque ni gel hydroalcoolique. Qu’est-ce que cela signifie ? Les cols blancs aux abris et les cols bleus sur le front ?

Vous lancez un appel à la clarification, à l’image de celui de Jacques Chanut, le président de la fédération du BTP ?

J.-L. . : Oui, parfaitement. Mon appel est « maintenons l’activité » mais en garantissant la sécurité sanitaire de nos salariés. Le gouvernement doit absolument clarifier sa position. Comment une TPE de 6 ouvriers pourrait-elle continuer son activité si elle juge que les conditions sanitaires ne sont pas suffisantes ? Les usines du groupe Seb, Staübli, Michelin, Renault, Peugeot et d’autres encore ont mis les ateliers à l’arrêt…

Placez-vous la sécurité sanitaire avant la continuité de l’activité ?

J.-L. R. : Absolument, c’est la responsabilité de tout chef d’entreprise. L’exemple de l’Italie, dont les industries fonctionneraient encore à 80 ou 90 %, est intéressant et inspirant. Malheureusement, la crise du Covid-19 ne semble pas s’enrayer…, Comme président du Medef en Auvergne-Rhône-Alpes, je suis ferme : toute entreprise qui peut mettre en sécurité sanitaire son personnel, en télétravail ou non, doit travailler. Mais si la sécurité sanitaire n’est pas assurée, elle doit arrêter.

Attendez-vous également une clarification de la part des autorités régionales, le préfet ou le président de la Région ?

J.-L. R. : De la part de Laurent Wauquiez, c’est extrêmement clair : il est aux côtés des entreprises pour les aider en débloquant des moyens très importants. Il nous annonce 100 millions d’euros à comparer avec un fonds total, déployé par l’ensemble des régions françaises, de 250 millions d’euros. Quant au préfet, je le sais totalement investi. Je comprends la difficulté de l’État vu la situation exceptionnelle que nous connaissons mais il n’a pas à se décharger de sa responsabilité sur les chefs d’entreprise.

Comment voyez-vous votre rôle de « patron » en cette période troublée ?

J.-L. R. : Je participe à la chaîne de décisions entre les services de l’état, les autorités régionales, les fédérations professionnelles, la Direccte. Nos Medef territoriaux nous rapportent à ce sujet que la direction du travail, en Haute-Loire et ailleurs, n’accepte pas tous les dossiers de chômage partiel, contrairement à la parole présidentielle…

En connaissez-vous les motifs ?

J.-L. R. : Il n’y aurait pas de rupture d’approvisionnement ou bien le carnet de commandes serait là. En conséquence, les salariés pourraient théoriquement travailler. Nous n’en faisons pas à ce stade une généralité, mais nous sommes vigilants car il ne faudrait pas que ces décisions créent un précédent. Que les choses soient dites : quand une entreprise se résout à faire cette demande, c’est par nécessité et non de gaîté de cœur. Ce ne serait pas une bonne idée de mettre des bâtons dans les roues d’entreprises déjà plus qu’éprouvées.

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