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Finance

Coronavirus : Les fonds entrepreneuriaux d'Auvergne Rhône-Alpes au chevet de leurs participations

Par Pierre Lelièvre et Audrey Henrion, le 08 avril 2020

Comment les fonds d'investissement entrepreneuriaux réagissent-ils face à l’arrêt brutal de l’économie ? Trois d’entre eux, Patrick Bertrand (Holnest), Sébastien Bonte (Angelor) et Céline Gascon Guénault (Eximium) décrivent leurs actions immédiates auprès des entreprises, l’état d’esprit du moment et leur vision du « monde d’après ».

Patrick Bertrand (fonds Holnest), Céline Gascon-Guénault (fonds Eximium) et Sébastien Bonte (fonds Angelor)
En ces temps de crise, les dirigeants lyonnais de fonds d'investissement privés Patrick Bertrand (Holnest), Céline Gascon-Guénault (Eximium) et Sébastien Bonte (Angelor) conseillent les dirigeants des entreprises dans lesquelles ils ont des participations. — Photo : DR

Les flux d’investissements privés sont à l’arrêt. Particulièrement ceux qui, jusque mi-mars, irriguaient la planète start-up. Faut-il s’en inquiéter ? « Il y a incontestablement une forme de ralentissement », constate Patrick Bertrand (ex-Cegid), à la tête de Holnest, fonds familial de Jean-Michel Aulas et premier actionnaire d’OL Groupe. « Je ne constate pas de sidération ni de peur », assure-t-il, cependant « nous nous consacrons à conseiller nos dirigeants ». Pour lui, comme pour Sébastien Bonte, le président fondateur de la société d’investissement lyonnaise Angelor (près de 15 M€ sous gestion), le capital-risque n’est pas à l’arrêt. Pas tout à fait… « L’étude de nouveaux dossiers est désormais en stand-by, et pour les 4/5 mois qui viennent », constate Sébastien Bonte. Les deux hommes dressent ces jours-ci, la liste des risques pour leurs participations actuelles.

Tout comme Céline Gascon Guénault, dont le fonds Eximium gère 500 millions d’euros d’actifs en compte propre. « Nous avons identifié trois risques majeurs, détaille celle-ci. La trésorerie, l’impact du confinement sur la production et l’organisation de l’entreprise avec la question de la rupture de la supply-chain. Le troisième risque concerne les impacts à moyen terme sur le chiffre d’affaires », indique la dirigeante basée à Romans-sur-Isère (Drôme).

Priorité à la trésorerie

Pour ces trois fonds, la priorité est de préserver leurs participations, les aider à franchir les mois qui viennent. Ainsi, « le travail autour de la trésorerie est fondamental », estiment d’une même voix Eximium (une vingtaine de participations dont OSE et Dickson PTL), Holnest (une quinzaine) et Angelor (200 business angels de la région, 34 participations). « Je n’identifie pas de danger immédiat mais il faut décaler tout ce qui est possible et actionner les aides », alerte Patrick Bertrand d'Holnest. « Nous les encourageons à se projeter dans les 6 à 12 mois qui viennent, sécuriser leur trésorerie en allant voir Bpifrance, et chercher les financements complémentaires même si le besoin n’est pas immédiat. Dans six mois, ce sera trop tard » prédit Céline Gascon Guénault d'Eximium.

Le (bon) choix du made in France

Pour le fonds Eximium, présidé par Michel Baulé, 203e fortune de France selon le classement Challenges, et historiquement dédié aux entreprises industrielles, pas question de « se retirer en pleine tempête ». Et sa directrice d’admettre un « point de contentement » : « Notre portefeuille, plutôt industriel avec quelques sociétés de services, est orienté vers des PMI qui produisent en France et exportent. Nous avions pris conscience des enjeux du made in France et de la relocalisation, y compris à l’échelle européenne. Certaines entreprises n’étaient pas compétitives par rapport au prix des produits chinois, mais le Covid-19 pourrait changer la donne ».

"Nous avancerons au compte-gouttes, en étant beaucoup plus sélectifs"

Pour les fonds gérés par Angelor, tourné vers les jeunes pousses, parfois fragiles, la situation est un peu différente. « Chez Angelor, nos investisseurs sont des entrepreneurs de tous secteurs dont certains viennent de l’agroalimentaire ou de l’hôtellerie, et qui investissent leur argent personnel, décrit Sébastien Bonte. Conséquences : leurs entreprises connaissant des chutes d’activités parfois importantes, les dirigeants préservent leur capacité de financement. « Nous avancerons au compte-gouttes, en étant beaucoup plus sélectifs » sur les futurs investissements, indique le dirigeant.

Le monde d’après

À quoi ressemblera le monde d’après pour ces fonds qui injectent de l’argent frais dans les technologies de demain ? Pour Patrick Bertrand, du fonds Holnest, « cette crise agit comme un révélateur. On se recentre sur le 'must have' (ce que l'on doit avoir, NDLR) plus que sur le 'nice to have' (ce que l'on aimerait avoir, NDLR) ».

Le Club Holnest, composé d’entrepreneurs lyonnais parmi lesquels Anne-Sophie Panséri (Maviflex), Pauline Duval (Groupe Duval), Cédric Bernard (Proov Station), Émilie Le Goff (Troops), Vanessa Rousset ou Lalée Pinoncély (Adopte le digital), vient par exemple de signer une prise de participation dans une société éditrice d’un logiciel de traçabilité des process à travers le suivi des logs, une façon de s’assurer que les procédures sont respectées. « Nous allons aussi investir dans une société qui automatise la production de support vidéo », indique l’ancien directeur général de Cegid. Certaines des participations d’Holnest, comme UV Boosting qui permet de réduire l’utilisation de fongicides dans l’agriculture ou les plateformes collaboratives Watcha, Addworking ou Workelo, sont même incitées à rester à l’affût des opportunités d’investissement, « si leur trésorerie est suffisante bien sûr », prévient tout de même Patrick Bertrand.

À l’avenir, pour Angelor, Sébastien Bonte parierait davantage vers la santé et la e-santé, mais aussi sur « l’industrie 4.0 et les projets de réindustrialisation de secteurs liés à l’indépendance stratégique de la France ». Mais le dirigeant prophétise aussi une contraction du cash. « Les investisseurs seront en position de force pour négocier des valorisations plus basses. Avec des PME en difficulté, nous assisterons à des opérations de consolidation industrielle autour de grands groupes et ETI, en quête de croissance externe, avec des cibles plus vulnérables ».

Patrick Bertrand (fonds Holnest), Céline Gascon-Guénault (fonds Eximium) et Sébastien Bonte (fonds Angelor)
En ces temps de crise, les dirigeants lyonnais de fonds d'investissement privés Patrick Bertrand (Holnest), Céline Gascon-Guénault (Eximium) et Sébastien Bonte (Angelor) conseillent les dirigeants des entreprises dans lesquelles ils ont des participations. — Photo : DR

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