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Coronavirus : les défis économiques qui attendent l’Olympique Lyonnais

Par Pierre Lelièvre, le 13 mai 2020

Au-delà des conséquences sportives pour l’Olympique Lyonnais de l’arrêt du championnat de France de football, la crise actuelle commence à peser lourd sur les finances d’OL Groupe. Le manque à gagner est d’ores et déjà estimé à 50 millions d’euros d’ici à la fin juin. Pour limiter les risques, le club de Jean-Michel Aulas fait des économies.

Le Groupama Stadium de l'Olympique Lyonnais
Pour pallier les pertes de revenus, l’Olympique Lyonnais est en train de recourir à un prêt garanti par l’État. Un montant de 93 millions d’euros est avancé par la presse locale. — Photo : Pierre Lelièvre

Printemps agité pour l’Olympique Lyonnais. Alors que le club termine la saison 2019-2020 à la septième place du classement de la Ligue 1, brusquement arrêtée au soir de la 28e journée pour cause d’épidémie de coronavirus, la fin de saison s’annonce pour le moins délicate économiquement pour le club de Jean-Michel Aulas.

Les conséquences de la crise liée au coronavirus sur l’activité d’OL Groupe (CA 2018 : 309 M€ / 450 salariés) sont déjà là. Au 31 mars, la crise aura coûté 9 millions d’euros au club lyonnais, pour quinze jours d’inactivité. Mais le manque à gagner d’ici au 30 juin 2020 est attendu à 50 millions d’euros, essentiellement dû à l’absence de revenus issus de la billetterie, des droits TV et marketing, et de l’annulation des événements. Une chute brutale des revenus alors que, trois mois plus tôt, le groupe annonçait relever ses perspectives de croissance de 20 à 40 millions d’euros supplémentaires en 2024, à 440 millions d’euros de chiffre d'affaires.

Pas de revenus depuis mi-mars

À l’exception de ceux issus de la vente en ligne de merchandising, le club ne génère aucun revenu depuis la mi-mars 2020. Une situation qui a notamment obligé OL Groupe à avoir recours au chômage partiel pour près de 300 des 470 salariés, dont l’effectif professionnel. Sur les émoluments des joueurs, l’État prend en charge 5 500 euros. Charge au club de payer le reste. Aucun accord n’a pour l’instant été signé avec l’équipe masculine concernant une baisse de leur rémunération, malgré la volonté de la direction. Les membres du Comité exécutif ont eux acté une baisse de 15 % de leurs rémunérations fixes, et le président Jean-Michel Aulas a renoncé à 30 % de la sienne, selon le club. Des mesures de réduction des charges d’exploitation qui doivent permettre au groupe de générer de 35 à 40 M€ d’économies d’ici au 30 juin.

Pour pallier ces pertes de revenus, l’OL est en train de recourir à un prêt garanti par l’État (PGE). Un prêt d’un montant de 93 millions d’euros est évoqué par Le Progrès. Les modalités de « mise en œuvre [du PGE] sont actuellement en cours », précise le club, sans s'avancer sur le montant. « Le prêt va permettre de passer l’échéance de mai et juin », fait savoir Jean-Michel Aulas au quotidien. D’autre part, un PGE contracté par la Ligue de Football professionnelle pourrait apporter un complément de revenus de l’ordre de 20,4 M€.

OL Groupe a perdu 30 % de sa valeur

Même du côté des marchés financiers, le ballon ne tourne plus très rond. Coté en Bourse depuis le 9 février 2007, la valeur de l’action OL Groupe vaut aujourd’hui 2,10 €, contre 3 € en début d’année. Le krach boursier survenu avec l’épidémie du coronavirus a accentué la chute de la valeur de l’action du groupe. En deux mois, l’action OL Groupe a perdu 30 % de sa valeur.

Malgré tout, il peut compter sur une situation financière saine. Dans son rapport d’activité du 3e trimestre de l’exercice 2019-2020, le groupe affiche une trésorerie globale de 90 millions d’euros au 30 avril, dont 30 millions de réserve en facilité de crédit. De même, son chiffre d'affaires global a progressé de 19,1 % sur neuf mois par rapport à l'année précédente. De quoi voir venir les prochaines semaines et surmonter les tourments actuels.

Une « catastrophe économique » pour les clubs ?

Reste que l’impact de la crise s’étendra sans aucun doute sur le prochain exercice. Si l’OL ne se qualifie pas pour une compétition européenne au mois d’août*, le club sera privé d’une prime de participation non négligeable (15 millions d’euros pour la Ligue des Champions, 3 millions pour une qualification en Ligue Europa). Tout cela, sans compter les revenus issus de la billetterie les soirs de matchs, des droits TV et des recettes annexes.

Jean-Michel Aulas a d’ailleurs déposé deux recours en justice contre l’arrêt anticipé du championnat. Le président du club anticipe une « catastrophe économique » pour les clubs français. Il craint aussi les conséquences pour les clubs sur le marché des transferts face à d’autres équipes européennes. Depuis quelques années, l’OL s’est fait spécialiste d’une politique de trading de joueurs visant à revendre à des prix élevés des joueurs issus de son centre de formation. Sur les trois premiers trimestres de l'exercice 2019-2020 en cours, le groupe voit ainsi le produit issu de la cession de contrats joueurs progresser de 133 % sur un an, à 90,6 millions d’euros. Un record !

Sponsoring en berne

D’autres enjeux financiers viennent s’ajouter à ce contexte sanitaire et économique particulier. Avec l’arrêt de ses activités, le groupe a décidé de revoir son objectif de réaliser entre 43 et 46 M€ de revenus issus du sponsoring pour le prochain exercice. Les prochaines semaines s’annoncent décisives alors que le contrat de naming liant l’OL à Groupama Auvergne Rhône-Alpes pour son stade de Décines arrive à son terme fin juillet. L’actuel contrat est estimé entre 4 et 7 millions d'euros par an depuis trois ans. Si des négociations sont en cours entre les deux parties, le club cherche à augmenter la valeur du contrat. Francis Thomine, directeur général de Groupama Auvergne-Rhône-Alpes, a de son côté fait savoir au Journal des Entreprises qu’il ne verserait pas davantage mais souhaiterait poursuivre le partenariat.

En parallèle, l’OL négocie avec d’autres partenaires potentiels pour valoriser le naming. « Le naming est un investissement dans le temps sur une enceinte. L’activation est différente et permet de se dissocier de l’actualité », fait remarquer Thierry Sauvage, directeur général du groupe dans un communiqué. Début 2020, l’OL a également signé l’arrivée d’un nouveau sponsor maillot principal avec la compagnie aérienne Emirates pour 20 millions d’euros par an pendant cinq ans, à partir de la saison prochaine.

L'événementiel à l'arrêt

Quid de l’événementiel, secteur vers lequel OL Groupe s'est tourné depuis un peu plus d’un an pour se diversifier ? Les prochaines semaines s’annoncent tout aussi incertaines avec l'impossibilité d’organiser des événements rassemblant plusieurs milliers de personnes dans l’immédiat. La première édition du festival Feylin, prévue les 19 et 20 juin et qui devait rassembler 80 000 spectateurs sur deux jours, a été reportée à 2021. De même, les concerts de Paul McCartney et de Rammstein, prévus en juin et en juillet, sont annulés ou reportés à des dates ultérieures. Autant de revenus qui n’entreront pas dans l’immédiat dans les caisses du groupe.


*Il reste deux chances à l’OL de disputer une coupe d’Europe en 2020-2021. Encore qualifié pour les 8e de finale de la Ligue des Champions (match retour face à la Juventus Turin prévu en août), le club peut être qualifié s’il remporte le titre. Autre solution : le club doit remporter la finale de la Coupe de la Ligue face au PSG, prévue normalement début août, pour espérer atteindre le tour préliminaire de la Ligue Europa.

Le Groupama Stadium de l'Olympique Lyonnais
Pour pallier les pertes de revenus, l’Olympique Lyonnais est en train de recourir à un prêt garanti par l’État. Un montant de 93 millions d’euros est avancé par la presse locale. — Photo : Pierre Lelièvre

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