Haute-Savoie

Industrie

Interview Coronavirus : les décolleteurs savoyards « mobilisés pour fabriquer les composants des respirateurs »

Entretien avec Lionel Baud, président de Baud Industries et du Syndicat National du Décolletage

Propos recueillis par Audrey Henrion - 27 mars 2020

Lionel Baud préside à Cluses (Haute-Savoie) Baud Industries, l’une des plus importantes entreprises de décolletage (CA 2019 : 90 M€ / 500 salariés, 4 sites en France). Il préside aussi le syndicat professionnel de ce secteur (SNDEC) pesant 2,3 milliards d'euros avec 500 entreprises en France dont les deux tiers en Haute-Savoie. La filière se mobilise dès maintenant pour produire des composants entrant dans la fabrication des respirateurs artificiels.

Siège de l'entreprise de décolletage Baud Industries en Haute-Savoie
L'entreprise de décolletage Baud Industries mobilise des machines pour produire les composants d’environ 1000 ventilateurs. — Photo : Baud Industries

Le Journal des Entreprises : Comment l’industrie du décolletage savoyarde peut-elle aujourd'hui participer à la production de respirateurs artificiels pour les hôpitaux ?

Lionel Baud : Grâce à l’Observatoire de la sous-traitance et au Syndicat national du décolletage, nous avons recensé toutes les entreprises de France et de Suisse capables de se mettre au service des entreprises qui fabriquent des respirateurs, au premier rang desquels Air Liquide. Celui-ci, et d'autres, sont à la recherche de fournisseurs dans le décolletage pouvant leur fabriquer des composants indispensables. Nous les avons mis en contact les uns avec les autres. Résultat, dès le début de la semaine, les entreprises de la Vallée de l'Arve (Haute-Savoie, NDLR) vont pouvoir fabriquer ces composants. Nous allons tenter de remédier à l’urgence, mais remonter une filière comme le demande Laurent Wauquiez (président du conseil régional d'Auvergne Rhône-Alpes, NDLR)… Mais ça prendra plus de temps.

Quel rôle va jouer Baud Industries dans cette mobilisation ?

L.B. : Aujourd’hui, 30 % de nos équipes sont en chômage partiel et 10 % en arrêt maladie pour garde d'enfants. Mais avec 60 % de nos effectifs, nous pouvons mobiliser des machines pour produire les composants d’environ 1 000 ventilateurs. Nous allons produire 20 références différentes sur un premier volume de commandes de 1 000 pièces, en restant sur nos tarifs habituels. En parallèle, l’entreprise a délivré 300 masques de chirurgiens à l’hôpital de Besançon et 5 000 charlottes et 50 blouses dans les hôpitaux de Haute-Savoie.

Comment organisez-vous l’entreprise pour poursuivre l’activité ?

L.B. : Nous avons mis en place des gestes barrières et des procédures. Par exemple nous prenons la température de tous les collaborateurs à leur arrivée le matin, les vestiaires ont été étendus pour respecter l’éloignement, et nous sommes équipés de masques et de gel.

Quelles sont vos perspectives ?

L.B. : En mars, Baud Industries fera 15 % de chiffre d’affaires en moins, et ce sera -50 % en avril. Je vais adapter nos effectifs en conséquence, utiliser les dispositifs d’aides. À la différence de 2008, les banques sont solides, elles apportent des solutions et c’est de nature à rassurer. Mais pour les entreprises les plus fragiles, les plus petites, l’emprunt bancaire, même à faible taux, même avec un remboursement différé dans le temps, ne suffira pas. Je pense aussi aux entreprises qui ne travaillent pas à l'international. Dans mon secteur, certains ont déjà perdu 80 % de leur chiffre d’affaires. Notre chance chez Baud Industries est de travailler avec l’Asie, qui reprend au moment où l’Europe se fige.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition