Auvergne Rhône-Alpes

Tourisme

Témoignage Coronavirus : « Il va y avoir de la casse dans le secteur du voyage » selon le dirigeant de Resaneo

Par Pierre Lelièvre, le 09 mars 2020

Alors que l’épidémie de Covid-19 touche de nombreux secteurs de l’économie, celui du voyage n’est pas épargné. Il est même en première ligne face à cette crise sanitaire, selon Yannick Faucon, directeur général de l'entreprise Resaneo, à Villeurbanne (Rhône), éditrice d'un moteur de recherche dédié au secteur aérien et ferroviaire pour les professionnels du voyage et les particuliers.

Jean-Pol Leclerq, directeur commercial, Raphaël Toro, président, François Garrabos, directeur transport et Yannick Faucon, directeur général de Resaneo.
L'équipe de la plateforme de réservation de voyages Resaneo a perdu la moitié de son activité depuis le début de la crise du coronavirus. — Photo : VLC Travel

Mardi 3 mars, Raphaël Toro, président de VLC Travel (47 M€ de volume d’affaires en 2019 / 33 salariés), et Yannick Faucon, son directeur général, devaient dévoiler la nouvelle stratégie du groupe de Villeurbanne, qui détient plusieurs marques dont Resaneo, un moteur de recherche pour trouver un vol ou un train, SpeedMedia, qui créé des sites de réservations pour les voyagistes et Quartier Libre, une agence de voyages spécialiste des pays du Nord de l’Europe.

Une annonce annulée quelques heures avant. En cause évidemment, l’épidémie de coronavirus. Un épiphénomène révélateur de l’inquiétude qui s’est emparée des spécialistes du voyage depuis l’apparition en Chine du virus en décembre 2019 et s’est depuis diffusé dans le monde entier. De nombreux secteurs sont touchés, à commencer par celui du voyage.

La moitié des voyages d’affaires impactée

« L’ensemble du secteur du voyage est impacté aujourd’hui », note Yannick Faucon. Aucune typologie n’est épargnée. « Depuis début février, le voyage d’affaires a perdu entre 40 et 50 % de ses réservations en raison des directives des entreprises de limiter ou d’arrêter les déplacements de leurs salariés », constate-t-il.

De même, les voyages liés aux salons et congrès souffrent des récentes directives gouvernementales, à l’image de l’interdiction des événements rassemblant plus de 5 000 personnes, et, depuis peu, de plus de 1 000 participants. « Les événements professionnels attirent de nombreux étrangers, en particulier originaires d’Asie. Avec cette interdiction, le manque à gagner sera conséquent pour les organisateurs de salons mais aussi pour notre écosystème qui subit de plein fouet ces annulations », ajoute-t-il.

Les voyages scolaires et linguistiques n’échappent pas à cette tendance. Alors que 80 % du chiffre d’affaires annuel des spécialistes du secteur est réalisé entre février et juin, « les conséquences sont énormes puisque presque tous sont annulés », explique Yannick Faucon, également président du syndicat Entreprises du Voyage Rhône-Alpes Centre Est. « Les tour-opérateurs dans leur ensemble constatent une baisse de l’ordre de 60 % de l’activité depuis février, et ça monte à 80 % pour les voyages depuis ou vers la Chine ».

Réduction du temps de travail et chômage partiel

Au sein de Resaneo, le directeur général n’est pas plus optimiste. « Notre métier consiste à faire voyager nos clients à l’étranger. Or depuis février, nos réservations sont deux fois moins importantes que l'année dernière à la même période, déplore-t-il. Sur les 500 à 600 passagers qui réservent habituellement chaque jour via le site Resaneo pour un panier moyen de l’ordre de 350 à 400 euros, notre volume d’affaires aujourd’hui est divisé de moitié. »

« Quand Thomas Cook a fait faillite, ça a touché à la crédibilité des agences de voyages. Mais en comparaison, la crise actuelle est beaucoup plus forte »

Un cas de force majeure qui l’oblige à s’adapter. Les 33 salariés de l’entreprise de Villeurbanne ont vu leur temps de travail se réduire. « On est passé de 39 à 35 heures depuis quelques jours, et on ne s’interdit pas de recourir au chômage partiel dans les prochains jours », admet-il, fataliste.

Pour autant, s’il appelle à « savoir raison garder », Yannick Faucon craint que les entreprises du secteur du voyage ne payent cher les conséquences de l’épidémie. « Quand Thomas Cook a fait faillite, ça a touché à la crédibilité des agences de voyages. Mais en comparaison, la crise actuelle est beaucoup plus forte. Il va y avoir de la casse », alerte-t-il.

Adaptation de l’offre

Pour compenser et rassurer ses clients, Resaneo a mis en place depuis début mars, avec son assurance partenaire, une nouvelle garantie, intitulée CoronaProtect. « Pour toutes les réservations, nous remboursons le billet en cas d’annulation du vol et nous nous chargeons de trouver un nouveau vol à ceux qui auraient été retardés par des mesures sanitaires sur le lieu de leur destination », détaille-t-il.

Une démarche qui s’adresse directement aux clients qui ne craignent pas de voyager. « Il y a une crise sanitaire qui crée un climat anxiogène, mais la psychose est catastrophique pour l’économie. C’est justement le moment parfait pour voyager et profiter des destinations avec beaucoup moins de touristes », ajoute, malin, le directeur général.

Après avoir connu d’autres crises dans sa carrière, le dirigeant veut garder de l'optimiste : « J’ai connu des crises comme la Première guerre du Golfe, le 11-septembre, l’épidémie du SRAS ou l'éruption du volcan islandais. L’impact a toujours été très fort mais l’activité est toujours repartie ».

Jean-Pol Leclerq, directeur commercial, Raphaël Toro, président, François Garrabos, directeur transport et Yannick Faucon, directeur général de Resaneo.
L'équipe de la plateforme de réservation de voyages Resaneo a perdu la moitié de son activité depuis le début de la crise du coronavirus. — Photo : VLC Travel

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