Lyon

Santé

Interview Coronavirus - Genoway : « L'infectiologie va s'ajouter à nos marchés historiques »

Entretien avec Alexandre Fraichard, directeur général de Genoway

Propos recueillis par Audrey Henrion - 31 mars 2020

Le lyonnais Genoway produit des modèles de recherche (souris, rats et cellules génétiquement modifiés). Fondée en 1999 par Alexandre Fraichard, l’entreprise cotée a orienté son activité vers l’activité de modèles « à façon », concevant des souris répondant à un cahier des charges pointu. Alors que certains laboratoires ont besoin à très court terme de modèles pour tester des hypothèses vaccinales, l’entreprise lyonnaise sera concernée par ce nouveau « marché ». Mais pas dans l’urgence de la crise sanitaire liée au Covid-19. Explications.

Chercheuse qui regarde dans un microscope
L'entreprise lyonnaise Genoway pourrait consacrer entre un tiers de son catalogue à l’infectiologie si ce domaine devient une priorité de santé publique. — Photo : GenOway

Le Journal des Entreprises : Genoway (100 salariés, 10 millions de chiffre d’affaires) est-il capable, dans un contexte d’urgence, de produire des modèles pouvant être utilisés par la recherche pour la vaccination contre le Covid-19 ?

Alexandre Fraichard : J’entends les commentaires indiquant que les chercheurs manqueraient de « souris ». La réalité est plus compliquée. Dans le cas du Covid-19, il existe un modèle développé il y a plus de dix ans par un laboratoire américain mais, comme les souris ne sont pas naturellement sensibles au Covid-19, il a fallu modifier leur code génétique pour introduire une porte d’entrée au virus. Problème : le modèle développe des pathologies très différentes de celles trouvées chez l’humain : pathologies cérébrales et non pulmonaires, car la porte n’a pas été mise au bon endroit. De plus, les laboratoires ne disposent plus que d’embryons congelés dont il a fallu partir pour fournir quelques souris dans les semaines et les mois qui viennent.

L’institut Pasteur dit vouloir procéder à des tests. Pouvez-vous lui fournir un modèle plus adapté ?

A. F. : Dans les jours et les semaines qui viennent, non. Mais si l’on se projette à horizon d’un an, absolument. Nous pourrions étendre notre catalogue pour répondre aux recherches en infectiologie sous l’hypothèse que cela devienne une priorité de santé publique. Notre premier marché est l’immuno-oncologie, le second concerne les maladies liées à l’inflammation. En infectiologie, nous sommes relativement prêts grâce à l’immunologie, nous pourrons adapter nos modèles et adresser efficacement ce type de recherches.

Alexandre Fraichard, directeur général de la biotech lyonnaise Genoway
Alexandre Fraichard, directeur général de la biotech lyonnaise Genoway - Photo : GenOway


Quel est le pourcentage de modèles dédiés à l’infectiologie chez Genoway ?

A. F. : Proche de zéro. Nos modèles permettent d’étudier le fonctionnement du système immunitaire et voir comment on peut jouer avec ce système pour aller attaquer des tumeurs. L’infectieux reste très faible car ce n’est pas un axe de recherche majeur pour les laboratoires. Là, il se trouve que cela fait trois fois que l’on voit arriver des pandémies aussi larges, après le SRAS, la grippe H1N1, Ebola et maintenant Covid-19. Les choses vont probablement changer. Ce marché de la réponse immunitaire à des infections virales s’ajoutera à nos marchés historiques.

Comment avez-vous organisé le plan de continuité de l’entreprise ?

A. F. : Le confinement complet à domicile concerne 50 % du personnel, la R & D interne est complètement suspendue, mais les projets de nos clients chercheurs ne sont pas à l’arrêt. Notre domaine, la recherche en biologie, est reconnu par l’État et considéré comme prioritaire. Un arrêt de quelques heures de nos laboratoires impliquerait plusieurs semaines ou mois de retard, ça serait extrêmement long de redémarrer. Pour poursuivre notre activité, nous avons mis en place des équipes qui ne se rencontrent pas, nous avons réorganisé les locaux pour rajouter de la distance. Notre site est par ailleurs sur un niveau d’hygiène et de traitement de l’air extrêmement élevé, notre air est ultra-filtré, les pièces en surpression, et conçues pour protéger le matériel biologique et éviter de façon générale les contaminations bactériennes, virales. Ce dispositif aujourd’hui nous facilite la vie.

Allez-vous demander le chômage partiel ?

A. F. : Peut-être. Pour l’heure nous avons du mal à avoir une vision claire de ce qui est autorisé ou pas. Nos avocats travaillent, attendent les décrets, mettent les dossiers à jour. On a compris qu’il n’y aurait pas de dates couperets, on a reçu pour consigne de bien construire le dossier avant de l’envoyer, sans se précipiter.

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