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Interview Coronavirus - Chazelle : « La santé de nos salariés prime avant tout »

Entretien avec Valérie Chazelle, directrice générale de Chazelle

Propos recueillis par Gilles Cayuela - 27 mars 2020

Valérie Chazelle, directrice générale de Chazelle, spécialiste ligérien du gros œuvre et tous corps d’état (154 salariés ; 35 M€ de CA en 2019) explique comment son entreprise, à l’arrêt depuis le 18 mars, tente de mettre en place toutes les mesures de protection possibles pour permettre à ses salariés de retrouver en toute sécurité le chemin des chantiers dits « urgents ».

Valérie Chazelle codirige avec son mari Jean-Noël l'entreprise familiale Chazelle.
Valérie Chazelle codirige avec son mari Jean-Noël l'entreprise familiale Chazelle. — Photo : Gilles Cayuela

La semaine passée, la Fédération française du bâtiment s’est opposée au gouvernement qui demandait aux entreprises de reprendre le chemin des chantiers. Où en êtes-vous chez Chazelle ?

Valérie Chazelle : Tous nos chantiers sont à l’arrêt depuis le 18 mars. Pour ce qui est des chantiers publics, cela nous a été demandé par les maîtres d’ouvrage. La grosse problématique, c’est au niveau de nos marchés privés qui sont des industriels, des marchés importants, qui représentent aujourd’hui 40 % de notre activité. Cette part-là est problématique car ces chantiers concernent souvent des agrandissements, de nouvelles unités de production qui font tourner le pays. Quand on travaille chez des O-I Manufacturing (embouteillage), des Badoit, des Nexter… Ce sont des industriels qui produisent pour la France mais aussi l’étranger. Et si nous ne reprenons pas les chantiers, nous les empêchons de remettre en route des chaînes de production.

Est-ce le cas aujourd’hui ?

Valérie Chazelle : Depuis une semaine, nous essayons de trouver des solutions pour remettre en route ces chantiers privés, mais c’est très compliqué car l’OPPBTP (Organisme professionnel prévention bâtiment travaux publics, NDLR) et la fédération nous imposent de prendre toutes les mesures de protection nécessaires pour assurer la sécurité de nos salariés. Nous avons reçu le 20 mars un premier guide pratique qui n’est pas définitif. Il nous permet d’appréhender d’une certaine manière la reprise du travail, mais il y a encore beaucoup d’autres paramètres à prendre en compte. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous avons des métiers de co-activités. Quand la ministre dit que les salariés doivent respecter une distanciation d’un mètre, ce n’est pas possible dans nos métiers. Nos salariés fonctionnent en équipe, ce qui implique de fait une certaine promiscuité. Par ailleurs, on nous demande de fournir à nos salariés des masques, des gels hydroalcooliques, des gants… Nous sommes parfaitement d’accord avec ça. Le problème, c’est que nous n’arrivons pas à nous fournir en matériel de protection. Les masques sont réservés pour le personnel hospitalier et c’est normal. Le gel hydroalcoolique, nous avons réussi à en trouver des petites quantités mais quand vous avez 150 personnes qui travaillent sur des chantiers, ce n’est pas suffisant. Après, il y a aussi la désinfection permanente des cabanes de chantiers et des lieux où les salariés peuvent se retrouver à plusieurs. Tout ceci est assez lourd à mettre en place.

Depuis une semaine, vous essayez donc de mettre en place des process et de vous approvisionner pour redémarrer l’activité ?

Valérie Chazelle : Chez les clients pour qui il n’y a pas d’obligation de reprise immédiate, pas d’impératif de délais et de problématique de pertes d’exploitation importantes, nous suivons la logique de confinement. Mais pour les clients qui sont sur des métiers stratégiques, nous essayons effectivement de trouver des solutions pour reprendre. Cela étant, il faut aussi comprendre que la reprise des chantiers ne repose pas sur la seule volonté de la direction. Ce sont nos gars qui sont aussi décisionnaires. Nous sommes là avant tout pour les protéger et cela restera notre priorité. S’ils estiment que nous ne sommes pas capables de mettre en place toutes les mesures de protection pour qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions, nous ne reprendrons pas. Nous refusons de les mettre en danger.

Même si cela signifie aller à l’encontre des injonctions du gouvernement ?

Valérie Chazelle : Parfaitement. Nous avons aujourd’hui une fédération importante qui se bat pour nous et qui nous dit de ne pas reprendre le travail. Après, cette fédération arrive aussi à comprendre que lorsque l’on travaille pour des activités essentielles à la survie du pays, il est de notre devoir de trouver des solutions. Mais cela implique aussi de travailler différemment, d’avoir des espaces dédiés, de n’avoir peut-être qu’une personne qui travaille dans cet espace… Et du coup, il est certain que nous serons beaucoup moins productifs.

Finalement, l’idée n’est-elle pas d’assurer une forme de service minimum ?

Valérie Chazelle : Nous sommes effectivement dans une logique de service minimum pour permettre à nos clients qui œuvrent dans des secteurs stratégiques de pouvoir poursuivre leur activité. Sur l’ensemble de nos salariés, il n’y en a peut-être que 30 % qui seront amenés à reprendre le chantier. Pour l’instant, nous sommes en train de lister avec mon mari les entreprises qui sont considérées « en urgence ». Et puis au-delà de ça, nous avons aussi des urgences à gérer en matière d’urbanisme. Nous avons des permis de construire qui arrivent en fin de validité et où il peut y avoir une obligation de vite démarrer le chantier pour que le permis en question ne soit pas rendu caduc.

N’avez-vous pas la possibilité de demander à l’administration une prolongation de permis dans ce cas-là ?

Valérie Chazelle : Nous attendons d’un jour à l’autre une ordonnance qui doit aller dans ce sens. Cette ordonnance précise qu’il y aura une prorogation de la durée de validité des permis de construire.

Sous quelle échéance envisagez-vous un redémarrage des chantiers dit « urgents » ?

Valérie Chazelle : Nous n’avons pas encore reçu tout le matériel de protection dont nous avons besoin mais nous pensons faire redémarrer une ou deux équipes aux alentours du 6 avril pour répondre à ces situations d’urgence. Mais si demain l’État nous annonce un durcissement au niveau du confinement, nous ne prendrons pas de risques. La santé de nos salariés prime avant tout et il est hors de question de les mettre en danger.

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