Isère

Agroalimentaire

Comment Pierre Martinet pilote l’avenir de l’écurie familiale

Par Pierre Lelièvre, le 07 juin 2019

Pierre Martinet, dirigeant du groupe éponyme spécialisé en salade traiteur, orchestre l’avenir de l’entreprise familiale de 700 salariés en accueillant au capital deux nouveaux investisseurs. Une suite logique pour développer et asseoir le leadership du groupe agroalimentaire sur les marchés français et européen.

Pierre Martinet, PDG du groupe agroalimentaire isérois éponyme
Pour soutenir le développement en France et à l'étranger du groupe Pierre Martinet, l'entreprise ouvre 16 % de son capital à deux sociétés d'investissement spécialisées en agroalimentaire. — Photo : Pierre Martinet

À 71 ans, Pierre Martinet, l’"intraitable" traiteur isérois, est toujours à la manœuvre du groupe industriel d’agroalimentaire éponyme fondé en 1977. Pilote automobile sur son temps libre, l’homme est aussi à l’aise aux commandes de son entreprise qu’au volant d’une voiture de course. Il est d’ailleurs le premier à faire l’analogie : « Diriger une entreprise ou piloter une voiture sont deux exercices similaires. Il faut aller vite et fort tout en étant précis, mais surtout il faut travailler en équipe ». Une ligne de conduite qui a mené ce patron d’une charcuterie, reprise en 1968, à la tête d’une entreprise industrielle de l’agroalimentaire de 700 salariés.

Investir dans les pays limitrophes

S’il regarde peu dans le rétroviseur – il sortira un livre au printemps sur ses cinquante ans de vie professionnelle, Pierre Martinet garde un œil attentif sur l’avenir de son entreprise. Celui qui a bâti son succès sur son célèbre taboulé vient d’accueillir au capital du groupe deux sociétés d’investissement (Sofiprotéol et AgroInvest) spécialisées dans l’agroalimentaire, leur octroyant 8 % chacune. « C’est un prolongement logique, avoue-t-il, lui qui reste majoritaire, avec 84 % du capital. Cela nous apporte des capacités d’investissement pour les années à venir. »

Un moyen également de soutenir l’innovation produit, de poursuivre l’investissement dans la communication et d’accélérer à l’export. Réalisant aujourd'hui 5 % de l’activité à l’international, il veut rapidement atteindre les 10 % en investissant dans les territoires limitrophes. « La croissance externe est plus qu’une piste. Cela nous permettrait d’arriver plus vite dans les pays que nous visons », confirme Pierre Martinet.

En parallèle, il travaille à l’agrandissement de l’usine de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) de près de 4 500 m². Objectif ? Augmenter ses capacités de production de 35 000 à 45 000 tonnes par an, ainsi que l’espace dédié au stockage (900 tonnes supplémentaires). « Notre marché est en pleine croissance, notamment celui des salades à base de graines », précise le dirigeant. En plus d'une enveloppe de 14 M€ dédiée à ces travaux, il mobilise 5 M€ supplémentaires dans la modernisation de ses autres sites de production en France (deux en Vendée, un dans le Loiret et un dans le Rhône).

Miser sur le bio et le végétal

Car le leader de la salade traiteur se porte bien. Fort de 168 M€ de CA en 2018 (+3,7 % sur un an), le patron vise 8 % de croissance supplémentaire cette année. Une réussite que l’entreprise a bâti au fil des années, notamment grâce à une solide assise permise par les acquisitions de Randy en 1997 (Rhône), pour la charcuterie et les pâtisseries salées, et de La Belle Henriette (Vendée), en 2010, pour les salades océanes. Au total, le groupe décline 92 recettes sur 320 références.

Une diversification suivie, plus récemment, d’un recentrage de la commercialisation en marques propres. « Nous avons arrêté la commercialisation de 8 000 tonnes de produits sous marques distributeurs en 2017, car ce n’était pas rentable », fait remarquer Pierre Martinet. Résultat : une rentabilité retrouvée, notamment via la grande distribution (91 % du CA) et la restauration collective (4 % du CA).

Cette position de leader n’évite pas tous les écueils. La diversification entreprise en 2012 sur le segment de la boisson « a été un échec ». La faute à une concurrence coriace, selon le dirigeant. Pour rebondir, il se recentre sur son cœur de métier et saisit le virage du bio, puis du végétal. « Nous répondons aux demandes des consommateurs sur le "bien manger" et le flexitarisme (mode alimentaire visant à consommer moins de viande et de poisson, NDLR) », explique-t-il. L’entreprise propose chaque année jusqu’à sept nouveaux produits, conçus avec le chef étoilé Guy Savoy et le cabinet en nutrition SPRIM.

À 71 ans, Pierre Martinet (au centre) est toujours à la tête de l'entreprise qu'il a fondé en 1977 mais espère transmettre l'entreprise à sa fille Sélin Martinet (à droite) dans quelques années.
À 71 ans, Pierre Martinet (au centre) est toujours à la tête de l'entreprise qu'il a fondé en 1977 mais espère transmettre l'entreprise à sa fille Sélin Martinet (à droite) dans quelques années. - Photo : Pierre Martinet

Incarner sa propre communication

Sur un marché de la salade traiteur estimé à près de 200 000 tonnes par an, le groupe Martinet en produit 73 000, dont 32 000 pour son célèbre taboulé. Une position que l’atypique patron cultive par une communication très incarnée, pour laquelle il n’hésite pas à mettre en scène femme et enfants. « Depuis 1994, je fais moi-même la publicité de mes produits à la télé. Créer des produits sans en faire la promotion ne sert à rien », lance Pierre Martinet, qui a signé avec M6 pour sponsoriser la météo des chaînes du groupe en juin.

Une nouvelle feuille de route qui assoit à plus long terme l’avenir de l’entreprise. S’il dit ne pas être prêt pour la retraite, le dirigeant songe malgré tout à transmettre. Sa fille, Selin Martinet, 20 ans, vient d’intégrer le conseil d’administration du holding familial. « Elle est intéressée. On verra d’ici à dix à ans », confie-t-il. Un relais déjà en piste.

Pierre Martinet, PDG du groupe agroalimentaire isérois éponyme
Pour soutenir le développement en France et à l'étranger du groupe Pierre Martinet, l'entreprise ouvre 16 % de son capital à deux sociétés d'investissement spécialisées en agroalimentaire. — Photo : Pierre Martinet

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