Haute-Savoie

Commerce

Comment l'enseigne de jardinerie Botanic cultive sa différence

Par Audrey Henrion et Marie Paturel, le 06 juin 2021

Tandis que le marché du jardinage a connu une croissance sensible en raison des confinements, l’enseigne familiale haut-savoyarde Botanic trace son sillon. Le "petit Poucet" des réseaux de jardineries n’a jamais bifurqué et son passage comme société "à mission" le distingue désormais plus nettement de ses concurrents.

Confinés, les Français ont pris soin de leur jardin et consommé des semences (+ 21 % de ventes chez Botanic), en particulier de légumes.
Confinés, les Français ont pris soin de leur jardin et consommé des semences (+ 21 % de ventes chez Botanic), en particulier de légumes. — Photo : Botanic

Elles sont désormais près de 200 en France : l’enseigne de jardineries et animaleries Botanic rejoint à son tour la communauté des sociétés "à mission", un statut créé par la loi Pacte de 2019 qui permet aux entreprises de se fixer des engagements sociétaux et environnementaux contraignants. "La société à mission […] s’engage à contribuer à l’intérêt général du mieux possible dans les domaines dans lesquels elle est compétente ou capable d’anticiper des problèmes à résoudre ou d’inventer des solutions nouvelles", décrit ainsi l’Observatoire des sociétés à mission.

Difficile d’accuser Botanic, société familiale fondée dans les années 1970 à Archamps, en Haute-Savoie, réalisant 383 millions d’euros pour 2 300 salariés dans 73 magasins, de surfer sur une tendance et de prendre la vague de la RSE par opportunisme. "Ce changement de forme juridique engendre à la fois beaucoup et peu d’évolutions pour l’entreprise car nous avions déjà une politique axée sur les thématiques environnementales et sociales", explique Luc Blanchet, fils de l’un des trois fondateurs et PDG de Botanic depuis 2002.

Une posture de pionnier

Depuis sa naissance en 1995, la marque Botanic cultive les valeurs du bio et du respect de l’environnement. Une posture de pionnier. En 2005, les pesticides sont pointés du doigt parmi les causes de la mortalité, entre autres, des abeilles. Botanic conduit alors un audit précis des formulations de produits en vente dans ses enseignes. Résultat : 90 % sont toxiques et écotoxiques. "Sur nos 50 magasins de l’époque, les supprimer revenait à rayer de nos comptes un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros", rapporte Stéphane D’Halluin, responsable développement durable de l’enseigne depuis 2007. Pourtant, la main de Luc Blanchet, président, et celle d’Eric Bouchet, directeur général, ne tremblent pas. Pesticides et désherbants disparaissent des rayons.

Mais ce changement de cap engendre de sacrées contraintes. En première ligne, les vendeurs, qui sont sérieusement chahutés par les clients. "Nous avons mis sur pied un programme de 30 000 heures de formation au centre écologique "Terre Vivante", dans le Vercors (Isère). Les salariés partaient s’y former par cars entiers", se remémore le responsable développement durable. Au total, il faut deux ans pour former les 500 salariés. Dans le même temps, l’enseigne ne se fait pas d’amis parmi ses concurrents - Truffaut, Jardiland, Gamm vert.

"Supprimer les pesticides de nos rayons signifiait perdre un chiffre d'affaires de 2 millions d'euros"

"Ce choix nous a donné de la légitimité pour proposer des nouveautés", tempère Stéphane D'Halluin. Pour désaisonnaliser son marché et compenser les pertes des ventes de pesticides, Botanic se lance sur le marché du bio. "En 2007, nous avons rendu public nos 25 engagements en faveur de l’environnement et acquis une légitimité sur les produits bio".

Depuis l’automne 2020, Botanic propose à ses clients de recycler les pots horticoles, lesquels sont récupérés par Veolia et traités et recyclés par le plasturgiste Anvi Plasturgie (156 salariés, CA 2020 : 20 M€), spécialiste de la transformation de matières plastiques en Saône-et-Loire. Depuis le lancement de l’opération en 2020, 12 tonnes ont été récupérées et utilisés à la fabrication de nouveaux pots.

Un chiffre d'affaires en hausse

"L’interprofession du végétal annonce un plan environnemental d’ici 2022. Nous pouvons sans fausse modestie soutenir que nous sommes précurseurs, voire trublions en la matière", sourit Stéphane D’Halluin, soulignant que les géants tels que Scotts, Bayer ou Monsanto avaient prédit la fin de Botanic.

C’est presque tout le contraire. "Certains de nos clients ont fait part de leurs mécontentement, ce sont tournés vers Gamm Vert ou Jardiland pour trouver leurs marques de désherbants ou insecticides habituels. Mais nous en avons gagné d’autres". De fait entre 2015 et 2020, le chiffre d’affaires de l’enseigne de Haute-Savoie est passé de 320 millions d'euros en 2015 à 383 millions d'euros en 2020.

Et cette année encore, le confinement d’avril 2021 ayant classé les jardineries parmi les commerces essentiels, tous les espoirs de croissance sont permis. "Depuis le déconfinement de mai 2020, nous avons pu ouvrir la majeure partie de nos rayons", décrit Luc Blanchet. "Nous avons profité du pouvoir d’achat des Français qui ne s’est pas dépensé ailleurs, faute de voyages, de sorties touristiques, de restaurants… Les Français se sont recentrés sur leur maison et le jardin. Si nous n’avons pas connu de croissance en 2020 en raison des périodes de fermeture conséquentes, tout le marché du jardin devrait se développer en 2021."

Un plan d'investissement quinquennal de 15 à 18 millions d'euros

Et heureusement. Car parallèlement aux objectifs inscrits dans ses nouveaux statuts de société "à mission", Botanic poursuit ses velléités de croissance. Et lance un plan d’investissement quinquennal de 15 à 18 millions d’euros destiné à remodeler et agrandir des magasins, transformer les outils numériques, dématérialiser les process ou encore acquérir de nouvelles jardineries indépendantes sur l’ensemble du territoire français. Sans oublier l’environnement. Ainsi, les actionnaires dédient une enveloppe de 10 millions d’euros sur cinq ans pour l’installation de panneaux solaires destinés à l’autoconsommation et à la revente d’énergie. La société basque Optera a été choisie pour "solariser" une quarantaine de magasins pour un total de 10 mégawatts-crête (plus de 40 000 m2), avec un suivi des consommations énergétiques à la minute près et un système d’alerte quand la consommation atteint un niveau anormalement élevé. Ce dispositif sera en œuvre en septembre 2021.

Le groupe entend aussi sensibiliser les salariés à un sujet connexe hautement pointu, celui des flux thermiques en magasin. "La température de l’espace animalerie ne doit pas être celle de la zone des orchidées, ni celle des serres, de la zone déco ou du marché bio", appuie le responsable développement durable.

Optimiser la logistique pour économiser du rejet carbone

Dans le même temps, la filiale logistique du groupe, Auxine, pilotée par Fabien Bessette (ancien du groupe japonais et savoyard Pilot) engage une refonte de la logistique de Botanic en s’appuyant sur l’organisation "Fret 21", issue d’un partenariat entre l’Ademe et l’association professionnelle des chargeurs. Enjeu : diminuer les émissions de CO2 liées au transport des marchandises et des livraisons en magasins. "Le schéma sera déployé en 2022 et sera piloté à vue grâce, là encore, à des indicateurs de suivi précis", décrit Stéphane D’Halluin. Lesquels indicateurs, et les autres, passeront ensuite à la moulinette de l’audit conduit par un organisme tiers indépendant pour vérifier l’exécution des objectifs sociaux et environnementaux fixés par les statuts.

Confinés, les Français ont pris soin de leur jardin et consommé des semences (+ 21 % de ventes chez Botanic), en particulier de légumes.
Confinés, les Français ont pris soin de leur jardin et consommé des semences (+ 21 % de ventes chez Botanic), en particulier de légumes. — Photo : Botanic

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