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Comment le cofondateur d'Inokufu a surmonté son handicap pour devenir entrepreneur

Par Audrey Henrion, le 02 décembre 2021

À l’occasion de l’événement "Uniq, les conférences singulières" organisé par le Medef Auvergne Rhône-Alpes le 16 décembre 2021, Benjamin Parmentier, élève dyslexique qui a surmonté son handicap et a cofondé la jeune entreprise "Inokufu", spécialisée dans l’agrégation de ressources pédagogiques, interviendra pour évoquer son parcours.

De gauche à droite, Benjamin Parmentier, Pascal Blain, directeur régional Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes, et Matthieu Sonnati, lors de la signature du contrat Becomino.com début 2021.
De gauche à droite, Benjamin Parmentier, Pascal Blain, directeur régional Pôle Emploi Auvergne-Rhône-Alpes, et Matthieu Sonnati, lors de la signature du contrat Becomino.com début 2021. — Photo : Inokufu

Combien de chance y avait-il pour que Benjamin Parmentier et Matthieu Sonnati, les deux cofondateurs d’Inokufu, "la plus grande base de données de ressources pédagogiques du monde", se rencontrent ? Presque aucune, tant leurs parcours respectifs évoluent dans des mondes parallèles. Ce qui les rapproche ? Le gaming mais surtout le goût de la pédagogie et… la dyslexie.

Benjamin Parmentier affiche un parcours aussi chaotique que celui de son associé est rectiligne. L’homme est aujourd’hui le C-3PO d’Inokufu (comme "Chief people/pedagogie/product officer" un titre aussi ironique qu’un droïde de Star Wars). Mais il est longtemps resté dans l’ombre. Ancien élève dysorthographique, le quadragénaire "décroche" en 1re S et devient vendeur de jeux vidéo. "À la Fnac, à Darty, puis dans mon propre magasin". Animateur de jeux de rôle et de tournois, il rêve de devenir formateur, "mais il me fallait le bac".

À 30 ans, Benjamin Parmentier valide ce sésame en VAE et poursuit un BTS "Management des unités commerciales" en alternance, reprenant ensuite la clientèle d’un cabinet spécialisé dans la formation des managers. Lafarge, Saint-Gobain, Airbus, Siemens seront pendant plus de 10 ans les clients fidèles de celui qui ne veut pas masquer son handicap invisible. "Faire un million de fautes par mail, j’ai fini par l’assumer, au point de commencer par cela quand je me présente. Ça me libère tout autant que mes interlocuteurs d’ailleurs !" L’homme lutte aussi contre le cavalier noir – et méconnu — de la dyslexie : une importante fatigabilité. "Après deux heures de formation, je suis épuisé, et il me reste 8 heures à tenir", glisse-t-il. Un thème dont Benjamin Parmentier parlera le 16 décembre 2021 lors de "Uniq, les conférences singulières" du Medef Auvergne Rhône-Alpes mettant en avant la résilience et dont Le Journal des entreprises Auvergne-Rhône-Alpes est partenaire. Parcours sans faute.

Comment a donc lieu la rencontre improbable entre Benjamin et Matthieu Sonnati ? Elle s’opère dans une salle de jeux de figurines type Wargames, il y a 6 ans. Pour Matthieu Sonnati, c’est parcours sans faute et carrière ascensionnelle : docteur en chimie, MBA, multi-entrepreneur, directeur d’une usine de liants biosourcés Ecoat dans l’Isère et lauréat d’un prix du prestigieux MIT. L’homme s’intéresse de près à la pédagogie, notamment Montessori, lui qui a vu ses deux frères dyslexiques avoir des difficultés dans leur parcours scolaire. La confrontation de ces trajectoires d’apprentissage les rapproche. Les deux amis fondent en décembre 2020 Inokufu (titre issu d’une scène de Matrix).

Début 2021, la jeune pousse Inokufu, qui compte aujourd’hui une petite dizaine de salariés, remporte l’appel à projets du PIC, le plan d’investissement dans les compétences dont l’objet est d’accompagner le retour et l’accès à l’emploi des infra-bac. Une manne d’un million d’euros sur trois ans qui débouche sur la création de Becomino.com, un outil digital développé avec le soutien de Pôle Emploi et dédié à la découverte et à la formation aux métiers en tension adaptés à tous. Dans sa V2 sortie le 1er décembre, Becomino.com propose un site adapté aux handicaps visuels (changer les contrastes, lettres pour les dys, etc.).

Et pour la suite ? La demande est là. "Aujourd’hui chez Inokufu, nous sommes davantage dans la problématique de savoir à qui dire oui que de trouver des contrats, s’amuse Benjamin Parmentier. La curation de contenu pédagogique tout le monde en demande, mais il n’existe pas beaucoup de solutions applicables à grande échelle". La plateforme pourrait, d’ici fin 2022, proposer une base de données de quelque 250 millions de ressources.

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