B : Bonnell : «Ne ratons pas l'opportunité de la robolution »

Par la rédaction, le 04 juin 2010

Le fondateur et ex-dirigeant d'Infogrames, aujourd'hui à la tête du leader national de la distribution de robots, Robopolis, vient de signer ?Viva la robolution!?, aux éditions JC Lattès. Convaincu que les robots constituent un axe de développement phénoménal pour la France, il plaide pour une prise de conscience collective de l'intérêt de ce marché. Conséquences sur l'emploi, sur notre relation au travail ou encore sur le renouveau de l'économie: le charismatique dirigeant lyonnais, président du syndicat professionnel Syrobo, nous livre ses convictions. Propos recueillis par Claire Pourprix
Le Journal des Entreprises
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Comment expliquez-vous la méfiance des hommes à l'égard des robots ?

Les gens ont peur des robots parce qu'ils pensent qu'ils vont prendre de l'emploi. Mais il s'agit d'emplois soit pénibles, soit répétitifs, soit abrutissants. Je souhaite qu'il y ait moins de mecs sur des chaînes, dans des cabines de peinture, qui fassent moins de tâches inutiles et techniques, tout comme on l'a déjà connu pour l'informatique. L'aspect parano des gens vis-à-vis des robots existe car ils imaginent qu'ils vont même les remplacer dans des fonctions plus nobles, mais ce n'est pas le cas.


Quels sont les principaux domaines d'application?




Il y a trois domaines lourds: le nettoyage qui est par définition pénible, la domotique et la gestion de la maison, l'assistance de la personne et, en transversal, la formation à la robotique. Comme il y a eu le plan informatique pour tous dans les années 80, je prône un plan robotique à l'école. Pour apprendre aux enfants cette nouvelle relation à la machine pour ne pas qu'ils soient étonnés des bouleversements qu'ils vont connaître plus tard, qu'ils apprennent à leur faire confiance, à en comprendre les défauts, à ne pas être caricaturaux comme ils ne l'ont jamais été devant un ordinateur car ils ont eu cette initiation à l'époque. Dès l'école, la robolution va nous forcer à tirer la société vers le haut. Ce que je crains le plus pour nos sociétés, ce n'est pas du tout la destruction de la planète ou le CO2... c'est le manque de formation. On ne peut pas continuer à conserver un poids social de gens qui ne sont pas formés avec la montée en puissance des automatisations et d'autres pays qui n'arrêtent pas d'investir là-dedans. Car il faut bien comprendre que la robotisation de notre monde n'est pas un choix: comme la révolution industrielle, l'informatique ou l'internet, c'est une vague de fond.

C'est ?le? marché du XXIesiècle?
Je parle dans mon livre d'une nouvelle étape pour l'humanité. Le marché du XXIesiècle est le marché de la réinvention: tous les objets, toutes les infrastructures, tous les moyens énergétiques qui nous entourent vont fondamentalement se transformer. Nous sortons de la révolution industrielle, où l'on avait simplement amplifié la force de l'homme par des machines et trouvé des sources d'énergie, pour basculer dans une nouvelle forme, la robolution, qui va apporter de l'intelligence aux machines en plus de la force. On va sophistiquer les objets qu'on utilise tous les jours et leur donner de la valeur ajoutée. C'est un marché sur lequel les pays qui, traditionnellement, ont vendu de l'intelligence peuvent avoir un rebond. C'est pour cela que je crois à la France dans la robotique. Il n'y a pas de prix à un robot s'il rend vraiment un service, on peut retrouver des marges de manoeuvre économiques importantes. Mais il y a plein d'autres marchés du XXIesiècle: le marché du biocomputing, de la fusion froide... Encore faut-il qu'on se réveille: la Chine produit plus d'ingénieurs par an que l'Europe tout entière...





Pourquoi sortez-vous ce livre maintenant?

L'intégration de l'informatique dans les entreprises a mis à peu près dix ans. L'internet a mis cinq ans. Il ne faudra peut-être que deux ans à la robotique. On va être surpris de l'accélération, et on va se réveiller et se dire, ah mais les Chinois, les Coréens, les Japonais fabriquent déjà tous les robots. Moi je dis qu'il n'y a aucune raison de leur laisser le monopole. Ce livre est composé de trois grandes parties. La première est une réponse à plein de questions sur les robots, ce sont des observations pédagogiques. La deuxième est constituée d'exemples: qu'est-ce qui se passe aujourd'hui dans le monde de la robotique. Et la troisième est une partie manifeste, qui consiste à dire «ne ratons pas l'opportunité de la robolution, comme on a pu rater celle de l'internet en France». Ce n'est pas qu'on n'a rien fait en internet, mais on a raté la constitution d'un écosystème qui nous aurait permis par exemple d'exporter des connaissances qu'on avait accumulées avec le minitel, de développer une alternative européenne à des Google et autres outils... On a raté la constitution d'une des industries du futur, et là on en a une qui a un potentiel encore bien plus important que celui de l'internet. Je ne pense pas que ce soit une question d'argent. C'est une question de volonté. Le gouvernement coréen a dit voilà, on croit à la robotique, on met 500M$ pour la robotique. Ce n'est pas beaucoup à l'échelle d'un gouvernement. La robotique est un marché à croissance à trois chiffres. En 2008 il était d'environ 1Md$, en 2015 il est estimé à 18Md$. En Corée il y a 8.000 personnes qui travaillent dans la robotique aujourd'hui, en France nous sommes à peu près 2.000, et ils estiment qu'ils seront 80.000 en 2015! Parce qu'ils ont désigné la robotique comme étant un secteur majeur dans lequel ils veulent être leader dans les prochaines années.


Vous pouvez initier ce mouvement en France?

Le syndicat professionnel Syrobo, qui regroupe une trentaine d'acteurs de ce métier, a la volonté de continuer une évangélisation et d'avancer. Nous organiserons notamment le premier salon de la robotique en mars 2011, à Lyon. Aujourd'hui, nous avons une convergence de technologies (miniaturisation, science de l'intelligence artificielle, internet...) qui nous permet de dire que ce n'est plus des rêves de science-fiction: il y a des produits qui se vendent, des réalités économiques qui font qu'il y a un marché sous-tendu.



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