Textile

Ain Fibres : Des ruines de Damas à la Plastics Vallée

Par Pierre Tiessen, le 04 novembre 2016

Cette nouvelle filature, fondée par un entrepreneur syrien, propose une production de fils en polypropylène à la demande.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Becher Al Awa a la voix d'un homme posé. « Tous les jours, en Syrie, les gens meurent fauchés par les bombardements et les combats de rues », rappelle-il calmement. « Il est tout simplement devenu impossible de vivre à peu près normalement et de travailler. Le pays est un gigantesque Stalingrad. L'appareil de production syrien est à terre ». Témoin : son ancienne entreprise, baptisée Baco qu'il avait créée en 1986. Une belle filature sise à Damas qui embauchait avant la guerre jusqu'à 120 personnes, traitant jusqu'à 12 tonnes de fils chaque jour et dégageant un CA annuel de 6 à 7 millions d'euros (dont plus de 80 % à l'export). Structure dont il ne reste aujourd'hui - hormis les murs - plus rien. « Moins d'un an après le début du conflit, je n'avais plus que trois clients réguliers contre 1 100 jusqu'alors et seules quatre personnes continuaient à travailler avec moi. Les autres salariés étaient soit morts, soit terrés chez eux, soit en fuite. » Fuite qu'il décide lui aussi de prendre en 2015. Direction la France, à Oyonnax où Becher Al Awa avait été formé il y a plus de 30 ans. « J'y ai passé un BTS matériaux plastiques au milieu des années 80 avant de faire un master au CNAM ». Avec son épouse Habiba, il décide alors de repartir à zéro, fait venir de Damas deux filatures en pièces détachées et crée Ain Fibres, hébergée au sein de la Plastics Vallée.

Marchés de niche

Son positionnement : la possibilité de fournir des productions en petites quantités. « J'ai décidé très vite - après étude de l'offre française - de me positionner sur des marchés de niche en proposant des produits à base de fils polypropylène qui possèdent des propriétés fonctionnelles bien spécifiques », explique-t-il. Comme celle de résister au feu ou à l'eau. « Nous sommes également en capacité de mettre un antibactérien dans nos fils, ce qui intéresse en particulier l'industrie paramédicale et celle du vêtement sportif. » Et de revendiquer un mode de travail basé sur la réactivité et la flexibilité. « On ne fait plus les mêmes fils qu'il y a 10 ans. L'industrie a changé : les donneurs d'ordres veulent des produits très spécifiques sur des quantités plus réduites », analyse Becher Al Alwa. Pour répondre à cette demande, l'homme a alors développé en interne un système de coloration permettant des nuances à l'infini quand la concurrence achète généralement ces couleurs à des prestataires. Résultat : « nous pouvons produire la quantité de couleurs que nous voulons sans affecter notre business model ». Ain Fibres, jusqu'alors en phase test, prévoit six à sept nouvelles embauches début 2017.

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