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Dans la Meuse, la papeterie Stenpa cherche un repreneur, neuf mois après son rachat par le fonds Accursia Capital
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Dans la Meuse, la papeterie Stenpa cherche un repreneur, neuf mois après son rachat par le fonds Accursia Capital

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Cédée par le groupe papetier finlandais Ahlstrom au fonds de retournement allemand Accursia Capital il y a moins d’un an, la papeterie de Stenay, dans la Meuse, vient d’être placée en redressement judiciaire.

La papeterie de Stenay (Meuse) a été reprise par le fonds Accursia Capital en octobre 2023. Et vient d'être placée en redressement judiciaire début juillet — Photo : Stenpa

Le dirigeant est optimiste car certain de trouver le "bon repreneur". Matej Kurent, le directeur général de Stenpa (120 salariés), la papeterie de Stenay, dans la Meuse, se dit "optimiste" grâce au "savoir-faire de l’équipe" et au potentiel de la "machine à papier", capable de produire jusqu’à 50 000 tonnes de papiers couchés, soit des étiquettes imprimées. "Aujourd’hui, c’est mon job principal : trouver un repreneur, que ce soit un papetier ou un transformateur", martèle Matej Kurent.

Pénalisée par la stratégie de son ancien propriétaire et de son actionnaire actuel ?

Le 2 juillet dernier, l’industriel est pourtant allé déclarer l’état de cessation de paiements de Stenpa devant le tribunal de commerce de Bar-le-Duc, déclenchant la mise en redressement judiciaire de l’entreprise pour 6 mois, prononcée lors de l’audience du 5 juillet. "Il peut sembler étonnant que seulement neuf mois après la reprise, la société se trouve à nouveau en difficulté, concède le directeur général de Stenpa. Cependant, l’entreprise est victime à la fois de l’ancien actionnaire Ahlstrom, qui s’est désengagé du site pendant des années, et du nouvel actionnaire, qui n’a pas eu de projet industriel ni les moyens pour soutenir la société."

Une vente et des turbulences

En octobre 2023, le site papetier meusien était sorti d’une période de turbulence ouverte en mars par son ancien propriétaire, le papetier finlandais Ahlstrom (7 000 salariés, 3 milliards d’euros de CA). Évoquant des surcapacités sur le marché de l’emballage, de l’ordre de 100 000 tonnes à l’échelle de l’Europe, le groupe finlandais avait indiqué son intention de vendre le site, avant de céder au fonds de retournement allemand Accursia Capital, non sans avoir déclenché des craintes pour l’emploi à l’échelle de l’ensemble du bassin de Stenay, où la papeterie est le principal employeur.

Trois ans pour retrouver le chemin de la rentabilité

"Aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir si Stenpa est victime d’un non-respect de la loi Florange par Ahlstrom", lance le directeur général de Stenpa. Promulguée en mars 2014, la loi dite "Florange" oblige toute entreprise de plus de 1 000 salariés qui veut fermer un site en France à chercher un repreneur. "Et oblige le cédant à s’assurer de la pérennité du site", insiste Matej Kurent.

Lors de la reprise, le fonds Accursia Capital avait validé un business plan sur trois ans, visant à rendre le site rentable. En 2022, lors du dernier exercice complet mené sans turbulence, la papeterie avait terminé sur un chiffre d’affaires de 86 millions d’euros. Mais le dernier exercice à l’équilibre date de 2016. Depuis, le site accumule les pertes : 41,5 millions d’euros en 2018, 19,7 millions en 2019, 6,4 millions en 2020 et 10,3 millions en 2021. Sur les six premiers mois de l’exercice 2024, le site a enregistré un total de 12 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Des embauches pour devenir "indépendant"

"Nous avons besoin de temps pour mener le plan de transformation", souligne Matej Kurent. Le directeur général évoque une période de trois ans, pendant laquelle il aurait fallu investir "de 10 à 12 millions d’euros" pour retrouver le chemin de la rentabilité.

Une partie de la transformation a pourtant été engagée : "la première partie du plan, c’était de faire de Stenpa une entreprise indépendante", précise le directeur général de la papeterie de Stenay. Auparavant dépendante du groupe Ahlstrom, l’entreprise n’avait pas de force commerciale ni d’équipe dédiée aux finances. "Nous avons embauché 12 personnes pour remplir ces missions", indique le directeur général.

Effrayés par les annonces du groupe Ahlstrom lors de la reprise par Accursia Capital, les clients historiques de la papeterie ont rapidement trouvé des solutions de repli : résultat, en octobre 2023, le carnet de commandes était vide. "Non seulement nous avons su retrouver nos clients historiques, mais aujourd’hui, nous avons deux fois plus de clients", assure Matej Kurent, en évoquant la production de papiers couchés innovants, qui ont su convaincre d’autres clients, notamment dans le BTP. "Mais tous ces efforts consomment du cash. Et notre actionnaire n’a pas soutenu financièrement l’usine", retrace le directeur général de Stenpa.

Un actionnaire peu concerné

En avril 2024, le CSE a ainsi tiré la sonnette d’alarme auprès d’Accursia et a demandé un réel soutien financier, en vain. Les représentants syndicaux ont alors décidé de se déplacer jusqu’à Munich pour obtenir des réponses : "Les dirigeants d’Accursia n’avaient rien préparé, ils n’avaient rien à nous dire", raconte un représentant du CSE de Stenpa, décrivant une réunion "lunaire" avec des dirigeants "même pas concernés". Au total, depuis la reprise, le fonds Accursia a mis un peu moins d’un million d’euros pour mener quelques travaux urgents de mise en sécurité du site.

Au désengagement du fonds allemand se conjugue le comportement de l’ancien propriétaire de Stenpa. "Le groupe Ahlstom devait se retirer du marché des papiers couchés. Or, il n’en est rien", précise le directeur général de Stenpa. Selon lui, le groupe finlandais aurait concurrencé l’entreprise "malgré des engagements écrits", et semble donc avoir cherché à se séparer du site de Stenay à moindres frais. Sollicitée la société Accursia n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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