Strasbourg

Logistique

Strasbourg durcit sa réglementation sur les livraisons urbaines en cœur de ville

Par Adelise Foucault, le 03 septembre 2018

À partir de ce 1er septembre, l’Eurométropole durcit sa réglementation concernant les livraisons urbaines en cœur de ville. Une politique incitant commerçants et logisticiens à revoir leurs tournées et à s’orienter vers des transports propres pour les livraisons du dernier kilomètre. Isolée pour le moment, cette initiative pourrait s’étendre demain à d’autres villes du Grand Est.

A partir de septembre, les conditions de livraisons en cœur de ville de Strasbourg se durcissent.
A partir de septembre, les conditions de livraisons en cœur de ville de Strasbourg se durcissent. — Photo : Adelise Foucault

Interdit aux 7,5 tonnes (sauf dérogation), le cœur de ville strasbourgeois - ce périmètre qu’on appelle la Grande Île - est désormais fermé aux véhicules de livraison diesel sans pastille Crit’Air ou en Crit’Air 5. Plus de livraisons après 10h30 (contre 11h auparavant), à l’exception des véhicules électriques ou GNV (gaz naturel compressé), qui pourront, eux, circuler une heure de plus.

L’objectif de l’Eurométropole : « atteindre 100 % des livraisons en véhicules "propres" en septembre 2022 », afin de favoriser l’attractivité touristique du centre-ville, y améliorer la qualité de l’air ou encore préserver son patrimoine architectural. Mais aussi faire face à l’augmentation massive des livraisons liées au e-commerce.

Un dialogue entamé depuis 2012

« Nous voulons inventer la "green logistics" de demain », annonce Jean-Baptiste Gernay, adjoint en charge des mobilités urbaines et des nouvelles mobilités à l’Eurométropole. Officialisée en octobre 2017, cette mesure n’est pas tombée du ciel, la ville rappelant qu’un dialogue avait été entamé dès 2012 avec les acteurs concernés.

Une étude des flux logistiques a été réalisée mettant en évidence une moyenne de six tournées par jour et par commerce, soit un taux de rotation élevé qu’elle souhaiterait réduire. L’idée étant d’inciter logisticiens et commerçants à revoir leurs flux et à mutualiser davantage, notamment en matière de produits frais. Durcir les modes d’entrée est, selon la Ville, le seul moyen de modifier les comportements.

Les logisticiens montrent patte verte

50 % des livraisons en cœur de ville sont réalisées par les professionnels du transport, qui s’organisent, à l’instar de Stef Transport, pour apporter une solution à la problématique du dernier kilomètre.

« Nous sommes volontaires pour investir dans des solutions propres et réorganiser nos flux », assure Jean-Philippe Leclerc, directeur régional Est du groupe logistique (environ 1 000 salariés, dont 450 en Alsace). Le groupe a entamé une réflexion sur les problématiques de livraisons urbaines en 2016, avec des expérimentations de triporteurs à assistance électrique pour la logistique des produits alimentaires sous température contrôlée, menées à Rennes et Bordeaux.

Le logisticien Stef a noué un partenariat avec son concurrent DB Schenker, pour rendre économiquement viable l’usage de véhicules propres.

Le site logistique de Bischheim, « inauguré il y a quatre ans avec la volonté de développer la logistique urbaine dans l’Eurométropole », rappelle Jean-Philippe Leclerc, disposera ainsi d’un premier triporteur de ce type. A partir de ce site sont livrées quotidiennement quelque 300 tonnes de marchandises par jour, lors de trois tournées dans le centre-ville strasbourgeois. La plate-forme de Bischheim avait également fait l’acquisition, en juillet, d’un camion roulant au GNV.

Stef a noué un partenariat avec son concurrent DB Schenker, afin de rendre économiquement viable l’usage de véhicules propres, tels que le triporteur. Une association inimaginable il y a quelques années, mais qui va dans le sens souhaité par la ville d’une mutualisation renforcée entre les acteurs du secteur. Les logisticiens aimeraient aujourd’hui disposer d’entrepôts de proximité en cœur de ville pour pousser plus loin la démarche.

Des marchés à prendre pour les spécialistes du dernier kilomètre

Pour autant, la problématique du dernier kilomètre n’étant pas leur cœur de métier, ils sembleraient surtout plus enclins à sous-traiter cette problématique à des spécialistes. À l’instar de Novea 67 (48 personnes, CA 2017 (Alsace) : 3,50 M€) dont les mesures prises par la ville devraient faire les beaux jours ces prochains mois.

Cette entreprise spécialisée dans les livraisons express – conventionnée entreprise d’insertion – a depuis 2008 fait de la livraison à vélo cargo l'une de ses spécialités. Elle en compte aujourd’hui 10 à Strasbourg. Son logiciel permettant d’organiser rationnellement les tournées, tout en assurant une traçabilité très fine à toutes les étapes, est un autre atout. Connaissant une croissance forte ces dernières années, elle vient de déménager au Marché gare, le marché alimentaire des professionnels de l’Eurométropole, d’où elle sera en mesure de développer encore son panel de clientèle. Les anciens bureaux, rue de Haguenau, sont conservés et vont devenir un hub pour les livraisons du dernier kilomètre.

Tandis que les logisticiens s’organisent, les commerçants, eux semblent, pour le moment, tentés de continuer comme avant. Plusieurs restaurateurs contactés n’ont pas pris de mesures particulières en prévision de cette échéance et n’ont pas eu vent de mutualisation éventuelle entre leurs différents prestataires. L’expérimentation menée par Strasbourg n’a pour le moment pas d’équivalent dans le Grand Est, mais pourrait, dans un avenir plus ou moins proche, être dupliquée dans d’autres villes, à l’instar de Mulhouse. La ville se montre déjà très intéressée par la démarche.

A partir de septembre, les conditions de livraisons en cœur de ville de Strasbourg se durcissent.
A partir de septembre, les conditions de livraisons en cœur de ville de Strasbourg se durcissent. — Photo : Adelise Foucault

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