Mulhouse

Industrie

Mulhouse fait de la Fonderie une locomotive numérique

Par Adelise Foucault, le 05 décembre 2019

De la réhabilitation du quartier de la Fonderie, à Mulhouse, émerge un véritable couteau suisse de l’économie 4.0. L’ancien site industriel, qui abrite déjà un campus universitaire, accueille également depuis le début de l’année le Cnam et le KM0, lieu destiné à accueillir les acteurs de l’écosystème de la start-up et du numérique. D’autres projets viendront ces prochains mois compléter l’offre de ce quartier qui retrouve ainsi une vocation économique.

Le KM0 a ouvert ses portes en début d'année.
Le KM0 a ouvert ses portes en début d'année. — Photo : © Adelise Foucault

On l’appelle la « Manchester alsacienne ». Mulhouse porte encore dans son urbanisme les traces de cet âge d’or industriel qu’elle a connu au 19e siècle. Longtemps, les quartiers de la Fonderie et de DMC ont fait figure de « cités interdites », en cœur de ville. Des cicatrices mal refermées témoignant des difficultés économiques ayant secoué la ville, suite à la disparition progressive de ses usines textiles et mécaniques. Pourtant, Mulhouse semble avoir trouvé le remède pour panser ses blessures du passé. L’agglomération fait précisément de ces quartiers le fer de lance d’une économie 4.0 qui promet d’offrir à l’industrie locale les ingrédients de son virage numérique et de faire à nouveau rayonner Mulhouse.

La réhabilitation du quartier de la Fonderie est en ce sens « exemplaire », selon Marc Buchert, vice-président de Mulhouse Alsace Agglomération en charge de l’aménagement de l’espace communautaire. En 2005, l’installation de MHI Equipment Alsace (une filiale de Mitsubishi) puis, en 2007, d’un nouveau campus – extension de l’Université de Haute-Alsace – a marqué le point de départ d’une mutation profonde de ce site de 75 000 m² situé en cœur de ville. Siège de la SACM – qui participera à la création d’Alstom - à partir de 1826, il a abrité une usine de constructions mécaniques d’où sont sorties les premières locomotives alsaciennes. L’activité de la fonderie a cessé en 1962 et le site a été fermé au public durant de longues années.

L’industrie du futur, pilier de la Fonderie

« La question de la destination des bâtiments vides s’est posée, témoigne Marc Buchert. Il n’était pas envisageable d’y faire du remplissage sans cohérence. La Ville et l’agglomération mulhousienne, dans un travail collaboratif avec les acteurs économiques du territoire, ont décidé d’y générer une nouvelle dynamique autour de la formation et de l’industrie du futur. » L’ouverture en ce début d’année du KM0, « un centre de l’innovation, du numérique et des technologies », selon ses fondateurs, conforte cette vocation.

Cinq entrepreneurs mulhousiens se sont associés pour donner vie à ce projet lancé il y a cinq ans : Patrick Rein (fondateur d’Activis), Gérald Cohen (membre fondateur de l’association e-nov campus), Guillaume Delemazure (gérant de DEA Architectes), Michel Lévy (expert-comptable) et Olivier Zeller, (fondateur et gérant de l’agence de marketing digital Première Place). Destiné à accueillir les acteurs de l’écosystème de la start-up et du numérique, le KM0 abrite déjà le centre de formation professionnel Cnam, un incubateur privé - le Village By CA - et quelques jeunes entreprises.

80 % du KM0 déjà loué

D’ici à la fin de l’année, le Semia, l’incubateur public régional, y aura également pris ses quartiers. L’implantation d’une École 42, école de développeurs lancée en 2013 par l’entrepreneur Xavier Niel, est « en discussions avancées ». Un restaurant a ouvert en novembre. « 80 % de l’espace – de 11 000 m² - est déjà loué », se félicite Patrick Rein.

À terme, le lieu devrait accueillir « une trentaine d’entreprises, espère l’entrepreneur. Un éditeur d’ERP industriels allemand, devrait prochainement y implanter son siège France », annonce-t-il.

Le lieu intéresse particulièrement les entreprises du territoire. Certains groupes mulhousiens ont déjà installé au KM0 des antennes, à l’instar de Sauter, ProEvolution ou encore Clemessy. Clemessy (5 200 personnes ; CA 2018 : 800 M€), filiale d’Eiffage Énergie Systèmes (EES) spécialisée en génie électrique et mécanique, y déploie une plateforme « big data » de surveillance d’actifs et de gestion d’objets connectés. « EES-Clemessy n’a pas besoin de KM0 en soit pour ses activités du quotidien, explique Pierre Guilleminot, directeur général d’EES-Clemessy. C’est une grande entreprise, nous avons nos propres structures d’innovation, d'investissement, etc. Mais nous avons besoin d’un territoire dynamique, avec des gens formés. KM0 fait partie des initiatives que je juge capable de faire grandir le territoire ».

« D’autres industriels sont également en discussion avec nous », pointe de son côté Patrick Rein. Une quinzaine a déjà rejoint le « club des locomotives ». Ce club vise à détecter les besoins des entreprises industrielles engagées dans la digitalisation de leur process, en leur apportant des solutions numériques, grâce à une mise en réseau avec les acteurs du KM0.

Bientôt un CFAI et un technocentre

« Le KM0 a donné une visibilité importante au site Fonderie, en réaffirmant sa vocation industrielle », estime Marc Buchert. Depuis l’annonce de son implantation les projets se sont succédé. L’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) va y implanter un nouveau centre de formation des apprentis l’année prochaine, dans un nouvel espace de la Fonderie qui prendra le nom de « Maison de l’Industrie ». La première pierre vient d'y être posée. Et le Cetim Grand Est, structure de soutien technologique aux entreprises, envisage d’y réunir l’ensemble de ses activités au sein d’un technocentre qui sera mis à disposition des PME et PMI. Le site de la Fonderie fabriquait des locomotives. Il en devient aujourd’hui une pour les industriels du territoire qui dans son sillage, vont pouvoir se doter des compétences humaines et technologiques nécessaires pour aborder sereinement ce virage numérique qui s'impose aujourd'hui à eux.

Le KM0 a ouvert ses portes en début d'année.
Le KM0 a ouvert ses portes en début d'année. — Photo : © Adelise Foucault

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