Bas-Rhin

Industrie

Mecatherm automatise le secteur de la boulangerie

Par  Charlotte Stiévenard, le 15 décembre 2021

Mecatherm s’intéresse de plus près à l’industrie 4.0. Le bas-rhinois fabrique des lignes de production automatisées pour les boulangeries industrielles. Alors que sa holding, TMG, a acquis le canadien Abi Auto-Bake Industries LTD en 2021, un pionnier de la robotique adaptée à ce secteur, il veut rendre les lignes de ses clients plus intelligentes.

Selon Marc Ville, le directeur général de Mecatherm, les fournisseurs et sous-traitants du groupe se trouvent à moins de 100 kilomètres des deux sites de Barembach et de Montilliers.
Selon Marc Ville, le directeur général de Mecatherm, les fournisseurs et sous-traitants du groupe se trouvent à moins de 100 kilomètres des deux sites de Barembach et de Montilliers. — Photo : Charlotte Stiévenard

Caché au cœur de la vallée de la Bruche, entre deux flancs de collines verdoyantes, Mecatherm produit des têtes de ligne, des étuves, des fours, des refroidisseurs et des surgélateurs pour les boulangeries industrielles. Son site qui s’étend sur 17 000 m2 a été installé à Barembach, dans le Bas-Rhin, en 1964. L’industriel réalise entre 100 et 120 millions d’euros de chiffre d’affaires chaque année pour 420 collaborateurs. Alors que la crise du coronavirus a confirmé l’importance de rester en contact avec ses clients situés aux quatre coins du monde, Mecatherm, qui compte également un deuxième site à Montilliers, dans le Maine-et-Loire (environ 120 collaborateurs) mise sur une automatisation toujours plus grande afin de faciliter le passage à l’industrie 4.0 de ses clients.

Une nouvelle gamme automatisée

"Nous avons investi plusieurs millions d’euros dans un nouveau four, une nouvelle diviseuse et une étuve-refroidisseur pour une plus forte mécanisation des lignes de nos clients", indique Marc Ville, le directeur général de la société. Avec cette nouvelle gamme dédiée à la fabrication de baguettes et commercialisée depuis le printemps 2020, Mecatherm veut remplacer petit à petit les lignes existantes chez ses clients, "notamment en Europe. Il s’agit d’un marché de remplacement", assure le dirigeant qui ne communique pas sur les chiffres mais précise toutefois que "le groupe alsacien réalise entre 30 et 40 projets par an qui valent chacun plusieurs millions d’euros". Ces lignes de production sont installées dans le monde entier ce qui permet à Mecatherm de réaliser 90 à 95 % de son chiffre d’affaires grâce aux exportations. L’Europe au sens large et l’Amérique du Nord sont les deux marchés où le groupe réalise la majorité de son chiffre d’affaires. Suivent l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Australie.

Une filiale canadienne pour la robotique

Pour poursuivre l’automatisation des lignes de Mecatherm, TMG (Together means greater), sa holding installée Paris, a réalisé un investissement "important" (montant non communiqué) début 2021. Depuis 2018, elle est détenue à hauteur de 99 % par Unigrains, un fonds d’investissement français spécialisé dans l’agroalimentaire et à hauteur de 1 % par les cadres de la société. L’actionnaire précédent était la société d’investissement lorraine Wendel depuis 2011. Ainsi, au début de l’année qui vient de s’écouler, le groupe TMG a pris une participation majoritaire au capital d’Abi Auto-Bake Industries LTD. Le canadien est spécialisé dans les équipements de fabrication de bagels et de bretzels pour la boulangerie industrielle. En collaboration avec la société bas-rhinoise, il avait déjà lancé à l’automne 2020, la ligne Mecabagel, une solution complète pour la production de bagels, de la tête de ligne à la surgélation. Pour Mecatherm, cette acquisition est une occasion, à la fois, de se renforcer sur ces marchés qui lui permettent d’être moins dépendant du secteur du pain croustillant (baguettes) et de conforter son implantation commerciale en Amérique du Nord, mais surtout, cette acquisition va permettre à Mecatherm d’accéder à une nouvelle technologie sur laquelle Abi Auto-Bake Industries LTD travaille depuis déjà depuis plusieurs années déjà : les robots.

"Nous voulons automatiser les tâches faites par le personnel peu qualifié, notamment dans les régions où nos clients rencontrent une pénurie de main-d’œuvre. Pour cela, il y a les solutions mécaniques et les solutions robotiques. Ces dernières ont l’avantage d’être plus flexibles dans les trajectoires, d’être plus proches de ce que l’homme peut faire", explique Olivier Sergent, le président de Mecatherm, également à la tête de la holding. Selon lui, la robotique représente environ un tiers du chiffre d’affaires d’Abi Auto-Bake Industries LTD qui s’élève à 20 millions d’euros pour 80 collaborateurs.

Deux projets de robotisation

Aujourd’hui, Mecatherm travaille sur deux projets de robotisation de ses lignes. Le premier concerne la scarification des pains, c’est-à-dire la coupe légère sur la face supérieure qui leur permet de gonfler sans éclater. "Les pains n’ont pas toujours exactement la même taille et la même position. Abi propose des systèmes de robotisation qui reconnaissent précisément la position du pain, et sa hauteur. C’est important pour la qualité et l’homogénéité attendue par nos clients", explique Olivier Sergent.

Le deuxième projet concerne les fins de ligne. "Il s’agit d’un regard intelligent sur les produits qui permet de faire le tri, de repérer ceux qui sont trop grands, trop petits, qui n’ont pas assez de graines", détaille le président de Mecatherm. Ce système ayant recours à l’intelligence artificielle fonctionne grâce à des caméras. Selon lui, la position géographique de la société canadienne à Toronto est stratégique : "il s’agit d’une ville universitaire avec de hautes compétences en vision et en robotique. C’est ce qui a permis à Abi d’engager ce type de programme".

Développer les services connectés

Par ailleurs, toujours pour accélérer la transition de ses clients vers l’industrie 4.0, Mecatherm a également décidé de se lancer dans les services connectés. "Ce besoin a été identifié il y a trois ou quatre ans. Nous souhaitions trouver comment rester proche de nos clients éloignés qui travaillent 24 heures sur 24 sur tous les continents", explique Olivier Sergent. Selon le directeur général, Marc Ville, la crise sanitaire a renforcé ce besoin. "La crise sanitaire nous a obligés à capter plus d’information à distance, pour aider les clients à diagnostiquer ce qu’il se passe sur leurs machines, comme l’usure de la chaîne ou de pignons."

Mecatherm a ainsi lancé le développement d’applications métiers qui doivent guider les opérateurs, leur donner une marche à suivre selon le type de signal repéré par des capteurs. Selon Marc Ville, il était nécessaire de développer ces outils en interne. "L’intensité d’un moteur peut, par exemple, augmenter. Il faut savoir si c’est grave ou pas. Ces intensités varient et nous proposons, de plus, une centaine de moteurs. Nous sommes les seuls à connaître nos machines et à pouvoir interpréter ces signaux." Une version bêta de ces outils est utilisée depuis un an par certains clients de Mecatherm. Leur développement a pris un temps justifié selon le président Olivier Sergent. "Ces outils sont extrêmement puissants. Il faut les dimensionner de façon efficace. Il faut veiller aux impacts managériaux et sécuritaires".

Tout en développant l’industrie 4.0 pour ses clients, le groupe poursuit ses investissements. En 2021, Mecatherm a investi plusieurs millions d’euros dans la rénovation de son centre de démonstration de 400 m2 à Barembach et dans le réaménagement de son site de Montilliers. Il continue de miser sur une production locale pour un développement à l’international.

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