Strasbourg

Agroalimentaire

Les Grands Moulins de Strasbourg en redressement judiciaire

Par Adelise Foucault, le 04 septembre 2018

La holding des Grands Moulins de Strasbourg (400 salariés ; CA 2017 : 220 M€) - groupe qui compte 11 moulins en France et en Allemagne - et sa filiale GMS Meunerie, principal site de production du groupe, également basé à Strasbourg, ont été placées en redressement judiciaire ce lundi.

GMS Meunerie, à Strasbourg, est le principal moulin du groupe Les Grands Moulins de Strasbourg.
GMS Meunerie, à Strasbourg, est le principal moulin du groupe Les Grands Moulins de Strasbourg. — Photo : Nis&For

Les Grands Moulins de Strasbourg (400 salariés ; CA 2017 : 220 M€), un des principaux groupes meuniers de France, ont été placés le 3 septembre en redressement judiciaire. La procédure ne concerne que la holding, GMS, et sa filiale strasbourgeoise GMS Meunerie (108 M€ de CA en 2017), principal site de production du groupe et l’un des plus grands moulins d’Europe.

GMS Meunerie est notamment le principal fournisseur de farines pour le réseau de boulangeries Banette dans l’Est de la France. Les Grands Moulins de Strasbourg comptent par ailleurs huit autres moulins en France et trois en Allemagne, logés dans des entités juridiques distinctes.

2010-2012, années noires

Les difficultés du groupe tirent leur origine des années 2010-2012. Dans un contexte économique tendu dans le secteur de la meunerie (renforcement de la guerre des prix, hausse du cours du blé) ayant dégradé la rentabilité de la société, les Grands Moulins de Strasbourg ont dû faire face à une condamnation de l’Autorité de la concurrence pour participation supposée à une entente anticoncurrentielle sur les prix avec les autres principaux producteurs de farine français et allemands. « Une condamnation que nous avons contestée, mais cette procédure n’a pas encore abouti », indique Vincent Thiry, directeur juridique du groupe, alors condamné à s’acquitter d’une amende de 29 M€ « dont près de 10 M€ ont déjà été réglés ».

Une autre affaire aura, sur cette période, contribué à fragiliser la trésorerie de l’entreprise. Les GMS étaient alors le principal exportateur de farine français. Son plus gros client à l’export, l’homme d’affaires Imad Bakri, l’avait mis en relation avec diverses sociétés libanaises et angolaises et avait même engagé des discussions pour la reprise progressive des GMS. Or, après plusieurs retards de paiement significatifs, « aggravés à compter de 2010 », l’homme a fini par rompre toutes discussions avec les GMS en 2012, déplore le directeur juridique. L’encours généré à la date de rupture s’élevait à 58,7 M€. « À partir de là, nos partenaires bancaires ont pris peur et durci leurs conditions de remboursement », regrette Vincent Thiry.

2018, la situation s’enlise

L’entrée au capital d’Advens, opérateur agro-industriel spécialisé sur l'Afrique, fin 2012, puis de G6M, qui regroupe un consortium de coopératives françaises opérant notamment dans le domaine des céréales, en mai 2013, offre au groupe une bouffée d’oxygène, mais de courte durée. La cession du contrôle du groupe GMS aux sociétés Advens et G6M,  convenue à l'occasion de ces deux levées de fonds, achoppe en 2015. « Malgré les impayés », rappelle Vincent Thiry, le tribunal de commerce de Paris juge inopérante la résiliation des accords avec Imad Bakri et prononce en conséquence la caducité des protocoles conclus avec Advens et G6M. Nouveau coup dur.

La chute brutale de l’activité export au premier semestre 2018, « liée à une concurrence étrangère croissante rendant la farine française moins compétitive, associée à cet héritage très lourd, une mauvaise exploitation et une nouvelle envolée du cours du blé, ont précipité le dépôt de bilan », analyse le directeur financier. En cessation de paiements, l’entreprise, cotée en Bourse, a suspendu le 27 août sa cotation et sollicité, auprès du tribunal de grande instance de Strasbourg, l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire.

« Cette période doit nous permettre de souffler un peu, de nous concentrer sur l’exploitation, avec la mise en œuvre d’un plan de réorganisation et la recherche de repreneurs », commente Vincent Thiry. Une période d’observation de six mois s’ouvre à compter d’aujourd’hui.

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